Qui a peur du devoir d’ingérence ?
Longtemps, il fut admis que “charbonnier était maître chez soi”. Sous le nom tendancieux de statu quo, la communauté internationale semblait s’être résignée à ce que les tyrans du monde entier sadisent à loisir leurs populations. Il y a une vingtaine d’années, le renversement de perspective induit par la théorisation du “devoir d’ingérence” déclencha une révolution copernicienne : révolution contre le fatalisme des tenants du “bon sens” et du “cynisme” en matière de relations internationales. Pour la première fois dans l’histoire, le droit des personnes était placé au-dessus de la souveraineté des Etats. Et l’idée d’humanité, cette idée kantienne enfin incarnée dans un principe, devait remporter dans une brève séquence des victoires décisives, jusqu’en mars dernier, avec la décision conjointe de la France et de la Grande-Bretagne d’intervenir militairement pour mettre fin aux exactions du régime de Kadhafi en Libye, et pour protéger ses populations civiles. Victoires fragiles, toutefois : guettées, d’un côté, par le scepticisme des “réalistes” et menacées, de l’autre, par l’idéologie de l’exportation au forceps de la démocratie, sur le modèle irakien de 2003.
On aurait pu espérer que la légitimité morale, politique et juridique (c’est-à-dire onusienne) de la guerre contre le régime homicide de Kadhafi convainquerait durablement les détracteurs de l’ingérence que, dans certaines situations, la non ingérence équivaut à de la non assistance. Alors qu’en Syrie, Bachar al-Assad réprime et massacre impunément sa population, c’est hélas le sentiment inverse qui semble prévaloir dans les opinions européennes. Le scepticisme à l’endroit de l’ingérence se mue en attentisme résigné. Surtout ne rien entreprendre qui puisse troubler un ordre inique, préférable au désordre et à l’inconnu, s’époumone la sagesse des nations. Comment expliquer cette défiance croissante envers une conquête récente du droit des gens ? Quels arguments faut-il lui opposer ? Convient-il de refonder la belle idée d’ingérence sur de nouvelles bases théoriques, plus multilatérales, moins eurocentriques ? L’heure est-elle venue, en d’autres termes, de réinventer l’ingérence ?
Alexis Lacroix
Séminaire de ce dimanche 3 juillet en présence de :
Rony BRAUMAN, médecin, spécialiste de médecine humanitaire, ex-président de Médecins sans frontières
Pierre HASSNER, spécialiste des relations internationales, chercheur émérite au Ceri-Sciences Po et professeur à l’université John Hopkins (Bologne)
François HEISBOURG, président du Conseil d’administration de l’International Institute for Strategic Studies (IISS) (sous réserve)
Safia OTOKORE, vice-présidente (PS) de la Région Bourgogne
Dimanche 3 juillet 2011 à 11:00
au Cinéma Saint-Germain-des-Prés, Paris VIè
Entrée libre
renseignement-réservation : redaction@laregledujeu




J’y étais. Des questions importantes ont été soulevées.
Un débat de très haut niveau.
Et gratuit merci à vous…