Claudio Magris
Écrivain et universitaire italien
Repères biographiques
Né le 10 avril 1939 à Trieste, l’ancienne capitale de l’Italie habsbourgeoise, Claudio Magris, comme nombre de ses concitoyens, s’inscrit résolument dans la tradition mitteleuropéenne en devenant un grand spécialiste de littérature de langue allemande. Il a suivi des études de langue et de littérature germaniques à l’université de Turin. Sa thèse est consacrée à la littérature autrichienne. Dans les années 70, il vit en Autriche et en Allemagne ; puis il retourne en Italie, enseignant à Turin et à Triste. Il écrit des chroniques pour le Corriere della sera. Son travail de commentateur et d’universitaire franchit rapidement les limites du public savant pour lui assurer un très grand succès international.
Danube
Le livre qui a valu à Magris sa réputation planétaire est, sans conteste, Danube. Cette longue promenade littéraire, géographique, historique, depuis les sources du fleuve jusqu’à son embouchure, est une profonde méditation sur un monde de haute civilisation, tout à la fois raffiné et poussiéreux, détestable à certains égards et admirable à d’autres, et qui, politiquement, a été associé à la vieille dynastie des Habsbourg – dont les Triestins, on le sait, tentèrent, dans un dix-neuvième siècle gagné par la fièvre nationaliste, de rejeter le lourd fardeau. An meine Völker, disait François-Joseph lors de ses vœux annuels « à ses peuples » : c’est ce supranationalisme, produit des hasards et des cynismes de la gestion d’un empire, qui a été l’une des plus grandes expériences de pacification politique de l’Histoire. On sait que c’est la France, par l’intermédiaire d’un Clémenceau furieusement antimonarchique, qui a tenu au démantèlement de l’empire aux nombreuses nations. Restent des souvenirs, de vie, d’écriture, de culture, de théâtre ; des souvenirs aussi de ce qui a suivi la dislocation de l’empire austro-hongrois, le déchaînement nationaliste, l’humiliation autrichienne, et, plus tard, la nazification… Les persécutions… C’est cette mémoire d’un monde que le promeneur érudit qu’est Claudio Magris tente de ressusciter dans son livre. L’universitaire triestin puise ici aussi bien à la source humaniste qui donne sa couleur si particulière aux grands savants italiens, qui évoluent dans la culture et les siècles avec une élégance et un naturel aristocratiques, qu’à cette source germanique dont le voisinage en avait fasciné tant d’autres, jusqu’à Joyce qui voyait, dans cette Trieste danubienne et son lourd empire de tutelle, une forme idéale d’organisation politique.
Oeuvres
En italien :
Il mito absburgico nella letteratura austriaca moderna, Einaudi, Torino, 1963.
Itaca e oltre e Trieste. Un’identita di frontiera, Garzanti Libri,1982.
L’anello di Clarisse, Einaudi, 1984.
Danubio, Garzanti Libri, 1986.
Stadelmann, Garzanti Libri, 1988.
Un altro maro, Garzanti Libri, 1991.
Le voci, Il Nuovo Melangolo, 1996.
Microcosmi, Garzanti Libri, 1997.
Utopia e disincanto, 1999.
L’infinito viaggiare, Mondadori, 2005.
Alla cieca, Garzanti Libri, 2005.
Lei dunque capira, Garzanti Libri, 2006.
Traduites en français :
Le Mythe et l’empire dans la littérature autrichienne moderne, Gallimard, 1963.
Trieste : une identité de frontière, Seuil, 1991.
L’Anneau de Clarisse. Grand style et nihilisme dans la littérature moderne, Esprit des Péninsules, Paris, 2004.
Danube, Gallimard, 1988 (prix Bagutta).
Stadelmann, Scandéditions, 1993.
Une autre mer, Gallimard, 1993.
Les voix, Descartes & Cie, 2002.
Microcosmes, Gallimard, 1998.
Utopie et désenchantement, Gallimard, 2001.
Trois Orients. Récits de voyages, Payot et & Rivages, 2006.
À l’aveugle, Gallimard, 2006.
Vous comprendrez donc, Gallimard, 2008.



