Avez-vous vu cette vidéo de Ben-Gvir montrant des militants, arrêtés après avoir voulu forcer un blocus maritime israélien, menottés, exhibés, humiliés devant les caméras, tandis qu’Itamar Ben-Gvir lui-même jubile comme s’il assistait au tournage d’une émission de téléréalité ?

Cette séquence est une tragédie. Elle est tellement grave que même Benjamin Netanyahou a pris ses distances, jugeant cette mise en scène contraire aux valeurs d’Israël. Et quand Netanyahou trouve que ça va trop loin, c’est que l’alarme commence à sonner sérieusement.

Remettons les choses dans l’ordre. En droit, Israël a raison d’arraisonner. Oui, un État souverain a le droit de faire respecter ses frontières. Oui, la police et l’armée israéliennes avaient le droit d’intervenir, d’arrêter ces militants et de faire respecter leurs frontières. Mais, justement parce qu’Israël est censé être un État de droit, cela ne lui donne pas tous les droits sur les personnes interpellées – et notamment pas celui de les humilier. Car, dans un État de droit, un ministre n’a rien à faire au milieu d’une opération de police. Il n’est pas là pour se mettre en scène au milieu de ces arrestations, ni pour fabriquer des images virales destinées à son électorat.

Ce que l’on a vu, ce n’est pas la force de l’État : c’est son affaiblissement, c’est son appropriation.

Et, au fond, qui est Ben-Gvir ? C’est cet homme qui, trois semaines avant l’assassinat d’Yitzhak Rabin, paradait à la télévision avec l’emblème arraché de la voiture du Premier ministre et lançait cette phrase : « On a eu sa voiture, on atteindra l’homme. ». C’est cet homme jugé tellement extrémiste et dangereux qu’il avait été déclaré inapte au service militaire en Israël – alors qu’il est aujourd’hui ministre de la Sécurité. C’est ce personnage qui célèbre comme une victoire politique, en sabrant le champagne, l’extension de la peine de mort aux Palestiniens.

Les amis d’Israël ont laissé cet homme-là grandir sous nos yeux. Ils ont laissé former un groupe politique raciste et extrémiste. Ils ont laissé ce personnage dangereux et marginal entrer au gouvernement, s’arroger de plus en plus de pouvoirs, et appeler à des exactions quotidiennes contre les Palestiniens. Ils ont même inventé cette théorie qui nous convenait bien, selon laquelle ce ministre ne représenterait finalement que lui-même, et non le gouvernement dans son ensemble – ce qui est politiquement et juridiquement absurde. Le soutien à Israël, même après le 7-Octobre, ne peut pas et ne doit pas devenir un chèque en blanc à tous les pyromanes de la classe politique israélienne.

Il faut de plus en plus de voix capables de rappeler que la fidélité à un pays ne consiste pas à applaudir ses dérives, mais à refuser qu’il s’y abandonne.

Ben-Gvir ne protège pas Israël, il abîme Israël. Il abîme son image, son gouvernement, ses institutions. Il abîme cette idée fondamentale selon laquelle la démocratie israélienne vaut précisément parce qu’elle est différente de ce qu’elle combat. Et si Israël était l’État irréprochable qu’il devrait être, alors Ben-Gvir aurait dû partir immédiatement. Il devrait même avoir des comptes à rendre de l’utilisation politicienne d’une opération de police, et de l’atteinte portée à la dignité des personnes interpellées. Cela suffit.

À un moment, le sionisme deviendra incompatible avec cette dérive religieuse fascisante commise en son nom.

Je le dis gravement : que Dieu nous garde de nous forcer à avoir à choisir entre Israël et ses principes fondateurs.

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