Oui, pourquoi pas moi ?
Vous avez vu la liste : chaque jour il pleut des noms de candidats à l’élection présidentielle comme des boules sous le sapin de Noël.
Il y a les favoris, les obligatoires, les putatifs, les imaginaires, les recasés, les déclassés, les ex, les possibles, les improbables. On y trouve de tout comme à la Samaritaine : ceux qui veulent gagner, ceux qui ne veulent surtout pas qu’un autre gagne, ceux qui n’ont aucune chance mais veulent se faire entendre, ceux qui pensent que c’est leur moment, ceux qui se doutent que ce n’est pas leur moment mais qui craignent qu’après ce soit trop tard.
D’habitude ils sont dix ou onze sur la ligne de départ. Mais, là, ça promet d’être un festival. On ne peut pas dire que ce soit le concours Lépine de la vertu.
Vous avez ceux qui sont officiellement candidats : Nathalie Arthaud, Delphine Batho, Xavier Bertrand, Jérôme Guedj, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, Édouard Philippe, Florian Philippot, Bruno Retailleau.
Il faut y ajouter tous ceux qui sont dans les starting-blocks et qui se préparent : Clémentine Autain, David Lisnard, Benjamin Lucas, François Ruffin, Marine Tondelier sans oublier Gabriel Attal, Michel Barnier, Gérald Darmanin, Olivier Faure, Raphaël Glucksmann, François Hollande, Sarah Knafo, Éric Zemmour, Robert Ménard, Fabien Roussel, Jordan Bardella, Aurore Bergé.
Et puis, vous avez les anonymes dont vous n’entendrez jamais parler : Clara Egger,de Solution démocratique, ou Lydie Massard, de l’Union démocratique bretonne.
Les candidats à la Jean-Claude Dusse, qui se disent que, sur un malentendu, ça peut toujours marcher, comme Ségolène Royal ou Michel-Édouard Leclerc. Vous avez enfin de véritables obsessionnels de la chose comme Dominique de Villepin ou Mathieu Pigasse qui sont certains de leur destin. Ou encore les loufoques comme Patrick Sébastien ou Jean Lassalle.
Oui, je sais : tous ne le seront pas et, pour la plupart, ils n’ont pas vocation à être candidats. Si vous voulez savoir comment un régime s’effondre, eh bien exactement comme cela.
Chacun a intérêt à pousser son avantage, sans regarder ce qui se passe autour.
Le morcellement favorise structurellement les extrêmes, car ce sont les candidats les mieux installés dont plus personne ne questionne la légitimité.
Pour notre plus grand malheur, cette configuration délétère place les Français juifs en position centrale.
L’extrême droite comme l’extrême gauche ont un rapport à l’antisémitisme franchement inquiétant : qu’elles en viennent ou qu’elles y aillent.
Jean-Luc Mélenchon comme Marine Le Pen ou Jordan Bardella instrumentalisent la question juive et utilisent les Français juifs soit comme cible à attaquer, soit comme cible à conquérir dans un cynisme absolu par rapport au sort des Juifs eux-mêmes.
Il n’y a pas de signe d’égalité entre eux. Mais il y a clairement une tenaille en train de se refermer.
Et l’horreur de notre situation tient à ceci : plus il y a de candidats qui font mine de dire qu’ils rejettent les extrêmes LFI et RN, et plus, par éparpillement, ils renforcent ces deux partis et leurs candidats.
On aimerait qu’ils s’allient, qu’ils se parlent au lieu de se crier dessus. On attendrait d’eux, peut-être pas un surcroît d’âme ou de courage, mais au moins un peu de dignité ou de lucidité. Mais rien ne vient à part de nouvelles candidatures.
« Non mais, tu comprends, c’est pour peser dans le débat! » Non, je ne comprends pas ! Au rythme où vont les choses, il n’y aura plus de débat. « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs », disait Chirac sur l’écologie. C’est exactement ce qui se passe à un an des présidentielles.
La République est sciée par les deux bouts et risque de s’effondrer en mille morceaux. Mais rien n’empêche quarante-cinq nombrils de se dire « et pourquoi pas moi? ». À ce jeu d’ego, rien ne va plus et tout se perd.
Alors, mesdames et messieurs les trop nombreux candidats, si, effectivement, vous ne voulez pas disparaître, balayés par votre inconséquence et par les conséquences de l’Histoire, c’est peut-être le moment de dire : ce ne sera pas moi !
