Impossible à la veille des fêtes de Pessah (pâque juive) de ne pas voir l’actualité israélienne chahuter la tradition juive.
Le récit de la sortie d’Égypte s’arrête sur un cliffhanger terrible : guidés par Moïse, sauvés par les accomplissements divins, les Hébreux se délivrent de Pharaon, et puis… rien !
Toujours est-il que les Hébreux d’il y a 5 000 ans forment désormais 7 000 000 de Juifs libres et font face aux défis inimaginables laissés par cette liberté chèrement acquise.
C’est l’injonction paradoxale formulée par Levinas : Difficile liberté.
Difficile liberté et surtout difficile souveraineté quand, en Cisjordanie, les exactions se multiplient contre les Palestiniens au mépris de la loi et de la morale dans un sentiment d’impunité totale. Souviens-toi que tu as été esclave en Égypte… lit-on dans la Haggada : rien qu’au mois de mars 2026, huit Palestiniens qui défendaient leur bien ont été sauvagement tués par des Israéliens.
La situation est « moralement et éthiquement inacceptable ».
Ce ne sont pas là les mots de Delphine Horvilleur, qui relaie cette semaine un appel de la London Initiative au président Herzog visant à mettre un terme à ce scandale, mais ceux d’Eyal Zamir, le plus haut gradé de Tsahal, qui dénonce les colons radicalisés qui s’en prennent à la fois aux Palestiniens et aux soldats israéliens qui servent dans les territoires.
Le scandale n’est pas qu’humanitaire. Il est aussi sécuritaire. Il force Tsahal déjà sur la corde raide à mobiliser de plus en plus de soldats en Cisjordanie quitte à dégarnir en pleine guerre les fronts de Gaza et du Liban. Le bureau du Premier ministre Benjamin Netanyahou vient d’ailleurs d’ordonner à l’armée et à la police israéliennes de réprimer la violence des colons contre les Palestiniens en Cisjordanie.
Après le chef d’état-major, le président de l’État, qui a fait part de sa vive préoccupation, et maintenant le Premier ministre, on cherchera en vain à comprendre où serait la traîtrise à s’alarmer d’une situation qui heurte autant la conscience que la loi et qui porte autant atteinte à la sécurité d’Israël qu’à la population palestinienne.
Le risque c’est que si Israël laissait se développer en son seing des zones où chacun mettrait son voisin sous le joug et n’en ferait qu’à sa tête, il n’y aurait plus d’État juif et plus d’État de droit car à terme il n’y aurait plus d’État tout court.
Difficile liberté aussi, quand tout à son ivresse, Itamar Ben Gvir, regrettable ministre de la Sécurité sabre le champagne lors de l’adoption d’une loi qui fait honte : celle qui établit pour la première fois en Israël la peine de mort, et encore pour les seuls Palestiniens qui se rendraient coupables d’actes de terrorisme.
Israël avait seul cette distinction singulière voire unique parmi les nations : n’avoir jamais admis la peine capitale, hors le cas tout à fait exceptionnel du procès Eichmann. À rebours des valeurs juives, il l’introduit maintenant et à rebours du droit, il l’applique de manière discriminatoire.
On s’interrogera sur l’effet dissuasif d’une telle mesure quand les personnes visées par cette punition rêvent pour la plupart de mourir en « martyr ».
« L’impossibilité de tuer n’est pas réelle. Elle est morale ! » écrivait Levinas justement dans Difficile liberté. Avant d’ajouter : Le « Tu ne tueras pas » inaugure la démarche spirituelle de l’homme.
Que l’on comprenne bien, je n’ai aucune tendresse pour le terrorisme et encore moins pour ceux qui s’y adonnent.
Mais c’est à Israël que j’ai mal en voyant une grande démocratie tourner le dos à ses principes et à ses préceptes.
Espérons que la Cour suprême désormais saisie viendra laver cet affront et remettre le droit à l’endroit. C’est l’exigence de liberté et liberté exigeante que nous laissent ces fêtes de Pessah.

Maître,
Dans cette période très difficile que traverse le peuple Israélien, il est très important d’être factuel sur les informations communiquées par des avocats connus comme vous l’êtes, c’est pourquoi je me permets de rectifier votre article sur la peine de mort avant 2026
La formulation juridiquement exacte est la suivante : la peine de mort existait déjà dans l’ordre juridique israélien avant 2026, mais dans un champ exceptionnel et extrêmement restreint. Ce qui a été voté par la Knesset le 30 mars 2026 n’est donc pas l’introduction de la peine capitale dans un système qui l’ignorait, mais l’extension de son champ d’application à de nouvelles hypothèses liées au terrorisme.
Il convient de rappeler que :
Israël a aboli la peine de mort pour les crimes de droit commun dès 1954 ;
cette peine est toutefois demeurée prévue, antérieurement au vote de 2026, pour certaines infractions exceptionnelles, notamment en matière de génocide, de crimes contre l’humanité et pour certaines atteintes majeures à la sûreté de l’État ;
elle n’était, en pratique, presque jamais mise en œuvre, au point qu’Israël n’a procédé à aucune exécution depuis 1962.
Dès lors, soutenir que la peine de mort « n’existait pas » avant 2026 revient à confondre deux propositions pourtant distinctes :
l’existence d’une peine dans l’ordonnancement juridique ;
l’élargissement ultérieur de son domaine d’application.
Or, sur ce point, les faits juridiques sont clairs : avant 2026, la peine capitale existait déjà en droit israélien ; après le vote du 30 mars 2026, son périmètre a été modifié et étendu.
Dans un débat aussi sensible, chacun est naturellement libre de critiquer cette évolution législative. Encore faut-il que cette critique repose sur une base factuelle exacte. La liberté d’expression n’autorise pas l’approximation sur l’état du droit positif.
Il ne s’agit donc pas ici d’approuver ou de désapprouver la loi en question, mais simplement de rappeler une réalité juridique élémentaire : le vote de 2026 n’a pas créé la peine de mort en Israël ; il en a modifié l’usage.
Je tenais à apporter cette précision, dans un esprit de rigueur et de fidélité aux faits.
Veuillez croire, Maître, en l’expression de ma considération distinguée.