C’est la saison du rejet.

Un incident. Puis un autre. Comme des feuilles qui tombent. D’abord une par une, puis en cascade. 

C’est une tornade qui emporte tout, souvenirs heureux et principes intangibles.

Au théâtre de La Scala Paris, les élèves juifs qui s’apprêtaient à donner une représentation théâtrale de fin d’année sont hués : « Cassez-vous ! », « On veut pas de vous ici ! », « On va tous vous génocider ! ». Certains élèves se sont fait cracher au visage.

Ils ont dû quitter la scène et le théâtre.

Oui, c’est la saison du rejet. Et elle bat son plein ! Voyez Joann Sfar, figure de la gauche Charlie, dessinateur qui se dit et se vit juif et arabe : sa venue à Marseille est ciblée et menacée.

Et voulez-vous un autre exemple ?

Le cinéaste Nadav Lapid s’est, selon ses propres termes, exilé en France pour des raisons tenant à son opposition à Netanyahou. 

Il a dû renoncer à participer à un festival de cinéma à Marseille en raison du retrait d’autres cinéastes. Il a choisi de se retirer avant d’être annulé.

Voilà la folie du boycott à son comble. Lapid est maudit d’être israélien, et il n’y pourra rien.

On dirait une farce. On aimerait que ce soit une anecdote. 

Mais c’est un drame, et il fait système.

Le plus incroyable c’est que cette saison du rejet, qui ne semble jamais devoir finir, acommencé après le 7 octobre, quand des Juifs, dans le pays dont ils se sont dotés pour fuir l’antisémitisme, ont subi un pogrom.

La solidarité que nous attendions s’est transformée en hostilité qui nous a surpris.

Celles et ceux qui se trouvent dans un environnement public, culturel et progressiste sont menacés d’être taxés de « génocidaires » et d’être bannis s’ils sont Juifs. Quoi qu’ils pensent de ce prétendu génocide et de la situation réellement dramatique à Gaza.

L’expulsion sera parfois silencieuse, plus rarement revendiquée, mais on trouvera toujours une bonne excuse pour la mener à bien.

Le professeur Gérard Bensussan, auteur d’un livre sur le vieillissement, s’est ainsi vu déprogrammé d’une conférence sur le grand âge au CHU de Strasbourg pour des raisons de « sécurité » au motif « du contexte actuel ». 

Il est vrai que l’auteur avait, dans un précédent ouvrage, dénoncé les nouvelles formes de haine qui visent les Juifs.

Ce rejet qui nous guette lors des manifestations culturelles et des festivals devient au fur et à mesure un festival du rejet. 

Ne l’appelez pas antisémitisme. Il se nomme progrès. N’allez pas invoquer la haine, on vous répondra que c’est de la solidarité. 

Il est, comme toute discrimination, la forme première de l’injustice. 

Mais, quand il vise des Juifs, il sera présenté comme un acte de justice. 

On pourrait, bien sûr, pour se rassurer, qualifier ces actes d’incidents isolés. Mais, comme devant une toile impressionniste, cessons de fixer le point pour contempler l’ensemble. 

La réalité est qu’il n’y a pas un lieu qui serait épargné, pas une personne ou une personnalité qui soit préservée. A fortiori si elle est de gauche. 

La réalité c’est le rétrécissement de notre espace public, comme les murs d’un ghetto qui se forme sous nos yeux dans le premier pays émancipateur des Juifs.

Ne soyez pas inquiets.

Il faut donner l’alerte et sonner l’alarme. 

D’aussi loin que les Juifs sont Juifs, ils ont subi des mesures de persécution dont ils gardent la mémoire. D’aussi loin que la France est République, elle a combattu ces mesures infâmes. 

Le moment est venu d’élever la voix contre ceux qui, au nom de la paix au Proche-Orient, provoquent à la haine en France. 

Le moment est venu d’exiger que cessent ces scènes de bannissement contre des Français juifs dans leur pays. 

Si ces mots veulent dire quelque chose, c’est à la gauche, en premier lieu, qu’il revient de le dire, et c’est à la République, à la fin, de le garantir. 

3 Commentaires

  1. Les propos rapportés ci-avant auraient été tenus, avant d’aller assister au procès d’Alfred Dreyfus, par le peintre Edgar Degas, qualifié par Camille Pissarro d’« antisémite sauvage ». À noter que, sous la Troisième République, des artistes de l’envergure de Pissarro se montraient infiniment plus courageux et aptes à défendre leurs droits fondamentaux que ne le sont aujourd’hui les enfants gâtés, au sens propre, d’un Occident qui préfère injecter des centaines de milliards sur le marché de dupe auquel se prête le Quatrième Reich des Aryens pur sucre, plutôt que de risquer la vie d’un seul soldat américain ou européen en envoyant des troupes au sol qui seraient capables de neutraliser l’une des pires menaces ayant jamais pesé sur le monde libre.
    Un régime dont l’ADN combine tueries de masse et tuerie à la chaîne est un régime avec lequel on ne peut et ne doit pas normaliser nos relations.
    Les proxys d’un régime millénariste doivent être combattus sans relâche.
    Aucune solution politique n’est envisageable avec les rejetons d’Adolf Hitler, qu’ils sévissent à Gaza, à Ramallah, à Beyrouth, à Bruxelles, à Ankara ou à Doha.
    S’il paraît sans doute plus aisé de s’incriminer soi-même, a fortiori par PM interposé, fachisé de surcroît, cela n’apporte aucune solution, sinon Finale, sur le terrain et bien au-delà.
    Mais avant tout, la soumission au diktat culto-culturel Du fleuve à la mer, se traduit par l’injuste lynchage d’un gouvernement israélien duquel l’Occident des pleutres a encore beaucoup à apprendre s’il est dans son intention de ne pas jeter le bébé de l’humanisme, de l’universalisme, de la démocratie et du progrès avec l’eau des thermes romains et des termes latins.

  2. La grande faiblesse de W était de croire à la possibilité d’une exportation des droits de l’homme en Barbarie, prélude à l’instauration d’États de droit partout où le mépris que ces derniers inspirent aux fils et filles du Déchéant, les empêchera toujours de mettre leurs différends en veilleuse et leur communauté de destin en ordre de bataille pour amorcer un processus de recouvrement des attributs originels appartenant à leur propre génome.
    La grande naïveté d’Obama se chevillait à un désir tripal et quelque peu tribal de restaurer l’amour propre des provinces d’Empire de Panarabia, laquelle restauration était censée procéder de l’instauration d’un rapport de force inversé entre les Nations racisées et l’Inconnu du Nord-Express.
    La grande arrogance de Trump consiste à s’autodéclarer vainqueur d’une course-poursuite dont il semble tout faire pour la perdre en beauté en se prenant les pieds dans le tapis volant qu’on lui refourguera pour trente deniers, à quelques mètres de la ligne d’arrivée.
    On se souvient des semaines cruciales qui avaient précédé le Rugissement du Lion, semaines minables, interminables, où l’opposition démocratique iranienne en exil s’indignait que l’Oncle Sam eût abandonné et sa mission universaliste et ce grand peuple perse réclamant la justice, la liberté et, j’allais dire, un futur potable au sein d’une communauté humaine ayant tenu sa promesse, hélas inorthodoxe, de rédemption terrestre, projet sublime, probablement trop beau pour être avérable.
    Le grand perdant de cette aventure avortée est, d’après les médias, le Premier ministre israélien et unique allié des États-Unis lors de cette guerre dont l’Iran s’est autoproclamé vainqueur. À ce qu’il paraît, l’avenir politique de Benyamin Netanyahou serait gravement compromis par la signature de l’accord de Versailles, lequel désaccord abyssal n’est pas sans rappeler une époque où l’on dénonçait des cabales à tout-va sous le règne d’un Sol aussi brûlant qu’avait pu l’être l’avènement terroriste du père de Louis XIV, — ou quand l’hôpital détourne la colère légitime des peuples en les incitant à se foutre de la charité. Non mais franquement ! occupez-vous de vos prochaines échéances électorales, Mesdames, Messieurs le G-Septistes, et laissez l’État juif des Juifs assurer dignement et valeureusement la défense de ses intérêts vitaux.
    En cette époque extravagante où il ne se passe plus une semaine sans qu’Edgar Degas puisse s’extraire de son cercueil et se frotter les mains en s’exclamant : « Chouette ! aujourd’hui, je vais me faire un Juif ! », gageons que la condamnation à mort pour juiverie de la maréchale d’Ancre Leonora Dori, ex-dame d’atour de la Régente et nourrice de Louis XIII, savoir sa décapitation suivie du brûlement des deux parties de son corps, inhiberont les pulsions agressives de nos France fracassées, en sorte que l’étoudissant appel européen à la Déculottée ne se révèle pas trop vite avoir été l’augure d’un nouvel Holocauste, à l’endroit même où l’assassinat de Concino Concini à l’occasion d’un guet-apens sous une porte du Louvre, orchestré par le duc de Luynes, puis requalifié en coup de majesté, entraînerait le traînement par attelage de son seyant cadavre dans l’île de la Cité où un peuple assoiffé de vengeance le débiterait, de rue en rue, morceau par morceau, avant qu’On ne Se le servît en offrande hérétique sous la forme d’un méchoui prérévolutionnaire.

  3. Merci Patrick, enfin les masques tombent. De tout temps les juifs ont été méprisés et ce depuis plusieurs siècles, il n’y avait ni Israel ni Palestine, c’est une simple haine des juifs sans aucun prétexte.
    Aujourd’hui on nous invoque Gaza, Palestine et toutes autres farces et attrapes.
    Merci pour votre article éclairant.