Le premier long-métrage de Jordan Peele a obtenu depuis sa sortie il y a un an un considérable succès critique et commercial. On lui prédit déjà son lot de nominations aux Oscars et ce d’autant plus qu’il vient de remporter trois prix aux Gotham Awards, qui célèbrent chaque année le cinéma indépendant.

L’histoire se présente comme un remake cruel de Devine qui vient dîner : une jeune femme blanche, Rose Armitage, présente à ses parents son amoureux Chris, un photographe reconnu, noir, et les deux vont subir la maladresse et les préjugés de sa famille. Dans l’un et l’autre films, les Blancs en question sont pourtant éduqués et se veulent même «libéraux» : incarnés, on s’en souvient, par Katharine Hepburn et Spencer Tracy, les parents de Joanna, la future femme du médecin John Prentice – joué par Sidney Poitier –, avaient élevé leur fille dans l’esprit des droits civiques, pour lesquels ils s’étaient battus toute leur vie ; dès leur premier entretien, le père de Get out, un neurochirurgien féru d’art primitif, apprend au jeune homme – qui ne lui a pourtant rien demandé – qu’il voterait pour Obama une troisième fois s’il le pouvait.

Progressivement, le film passe de l’idylle à la satire, puis à l’horreur. Devine qui vient dîner laisse place au Locataire, voire à Suspiria ou aux Yeux sans visage de Franju, auquel la fin du thriller peut en effet faire penser. Mis à part quelques mots déplacés de Jeremy, le frère de Rose, le premier dîner se passe encore à peu près correctement : au cours du séjour, Chris va néanmoins faire part de ses angoisses. Il soupçonne Mrs Armitage, qui est thérapeute, de l’avoir hypnotisé ; les domestiques, noirs eux-mêmes, ont avec lui une attitude étrange ; les amis de la famille, invités à l’occasion de la sauterie annuelle des Armitage, ne cessent de lui faire des remarques gênantes, balourdes ou carrément racistes, qui pourraient n’être que ridicules si elles n’étaient pas aussi nombreuses. En outre, un autre Noir, le gigolo de l’une des convives, se montre hostile à son égard et après qu’il a tenté de le photographier, lui hurle même, comme saisi de folie : «Get out !» Lorsqu’il découvre que, contrairement à ce qu’elle lui avait affirmé, il n’est pas le premier homme noir que Rose ait fréquenté, qu’elle en a même eu toute une flopée, Chris décide de partir : elle et sa famille se jettent alors sur lui et l’immobilisent avant de le séquestrer au sous-sol. Il s’agit d’un véritable complot : l’artiste apprend qu’il a été choisi, comme le gigolo Logan avant lui, comme Walter et Georgina, les deux domestiques, et comme l’ont certainement été tous les amants de Rose. Choisi pour prêter son corps, plus puissant, ses yeux en l’occurrence – et son sexe évidemment – aux besoins de Blancs faibles, envieux, moribonds : Dean Armitage, le père de Rose, veut se livrer sur lui à une opération chirurgicale consistant à lui dérober ses facultés pour les donner à un autre, le galeriste Jim Hudson, devenu aveugle. La seule solution qui s’offrira à lui : l’autodéfense, le massacre pur et simple des Blancs.

Sur la question des rapports entre art et morale, ma position oscille depuis longtemps entre l’esthétisme implacable professé par Oscar Wilde – et plus près de nous par un Harold Bloom – et l’idée qu’une œuvre soit là au contraire pour changer, existentiellement, le spectateur ou le lecteur, en mettant en jeu la morale, si ce n’est en moralisant : c’était notamment la position de Bataille et de Borges, c’est encore aujourd’hui celle de Milan Kundera. Dans la mesure où c’est esthétiquement que le spectateur prend ainsi conscience de lui-même et en vient à questionner ses valeurs, et où, inversement, l’effet recherché par l’artiste le plus esthète qui soit est toujours en fait existentiel, en dernier recours ces deux positions s’avèrent identiques. Elles s’opposent en revanche l’une et l’autre au plat didactisme voulu par les critiques conservateurs comme par les insensibles tenants d’un art révolutionnaire, une chose étant en effet de dire qu’une œuvre pose une question morale, autre chose d’exiger qu’elle y réponde. Par conséquent, je n’attends pas d’un film qu’il s’accorde à mes propres conceptions philosophiques et quelles que soient celles qui y transparaissent, je sais l’apprécier pour l’œuvre visuelle et sonore qu’il est avant tout. Toutefois, comment dissocier le film de son «message» quand c’est à une allégorie que l’on a affaire ? C’est le cas de Get out, et c’est la raison pour laquelle je vais parler ici de ses enseignements, pour partie recevables et pour partie douteux.

Le film de Jordan Peele évoque la condescendance de cette gauche qui se croit quitte parce qu’elle s’est choisi un président noir et parce qu’elle écoute du rap – comme naguère certains devaient écouter Armstrong pour se donner bonne conscience. On a envie d’ajouter : qui va voir Get out, ou même qui le produit. Le jugement de Peele est donc sans appel. Cette bourgeoisie blanche et libérale est condamnée, et elle ne l’est pas moins que jadis les tenants de la Ségrégation. Get out se veut la destruction en acte de son règne anachronique.

Au fond, on peut l’approcher comme une sorte de réparation, un tikkun : le cinéma offre ici au Noir, et ça n’est pas si fréquent, un rôle actif et même héroïque, subjectif. Le spectateur s’identifie à Chris parce que ce sont ses yeux qui occupent la première place dans l’économie spéculaire de l’œuvre. Pour mesurer le caractère, sinon exceptionnel, du moins nouveau, moderne, de cette démarche, que l’on songe par exemple à un autre film d’horreur, à l’immense Shining, où Dick Hallorann, le chef cuisinier du Overlook Hotel, n’est apparemment là que pour venir en aide à Wendy et Danny – et pour mourir en premier : Get out nous signifie une fois pour toutes qu’il s’agit d’en finir avec le sympathique Magical Negro des «films pour Blancs».

En même temps, il nous propose une fable sur l’appropriation culturelle, une fable brillante mais aussi profondément désespérante – et à mon sens dangereuse. Plus précisément, Peele vise, comme le dit Ta-Nehisi Coates, cette forme d’appropriation culturelle exercée par des Blancs «color-blind», daltoniens, aveugles ou se prétendant tels, à la couleur de peau : Jim Hudson respecte l’art de Chris, au point de vouloir posséder ses yeux ; ce faisant, il se montre étonnamment peu soucieux de son intégrité physique et morale, de sa dignité, de ses droits.

Le thème est annoncé dès le début. Lorsqu’il lui fait visiter la maison, Dean montre à Chris quelques œuvres d’art achetées aux quatre coins du monde et l’on ne peut que sourire face à la gaucherie avec laquelle il se sent ainsi obligé de proclamer à quel point il est ouvert d’esprit. Chris n’est pas à ses yeux son futur gendre seulement, c’est un Noir, irrémédiablement, un homme de couleur, un étranger qu’il cherche à rassurer ou à flatter. Un autre. Or comme les yeux du jeune homme, dont les Armitage voudraient faire cadeau à un Blanc dégénéré, ces œuvres ont bien dû à un moment être dérobées : appropriées. Peu de gens ont vu que c’était cette dénonciation, devenue habituelle, de la «cultural appropriation», qui sous-tendait toute l’intrigue de Get out, dénonciation qui nous met du coup devant un dilemme insolvable : pour l’idéologie qui la promeut, le Blanc est en effet coupable, qu’il méprise les autres cultures, ou qu’il les apprécie.

Le problème est qu’on ne peut pas à la fois dénoncer l’européocentrisme de la culture américaine et son caractère métissé ; qu’entre ces deux reproches, il faut choisir : la contradiction n’a cependant pas l’air d’effrayer Peele, ni plus d’ailleurs qu’une foule de critiques. Jerry Saltz ne s’offusquait-il pas de ce que dans La La Land, le héros, un jazzman, soit blanc ? Que ce «paradoxe» corresponde à la réalité du jazz (aujourd’hui plus que jamais, mais cette musique a toujours été métissée) ne change rien à l’opinion du doctrinaire : Saltz boycotterait certainement Benny Goodman et Dave Brubeck, censurerait Strange Fruit, chantée par Holiday mais composée par le Juif russe Meeropol ; il ne ferait surtout qu’une bouchée de Porgy and Bess – quoique l’ethnicité de Gershwin n’ait pas à l’époque embarrassé Armstrong ou Miles Davis. Le théoricien radical Cornel West, fort apprécié des cercles identitaristes américains, n’hésite d’ailleurs pas, reprochant à Goodman d’avoir «colonisé» l’art noir ! Pour moi, le combat d’une Marian Anderson pour que les voix noires puissent aussi être entendues à l’opéra aurait dû désigner pour ce qu’elle est la frivolité de cette obsession identitaire : l’opéra est l’un des cadeaux de l’Occident chrétien au monde entier et non aux seuls Blancs, le jazz celui de la diaspora africaine à tous les hommes, non aux seuls Noirs. Que répondrait-elle aujourd’hui à ceux-là qui se réclament de sa souffrance pour piétiner son universalisme ?

Il y a dans la construction de Get out quelque chose du délire paranoïaque. L’appropriation qu’il cherche à mettre au jour est avant tout libidinale. Rose «aime» les Noirs. Un plan nous la montre, seule dans sa chambre, «matant» les corps de futures proies dont elle espère une satisfaction sensuelle. Alors que le début du film laissait déceptivement croire qu’elle aimait sincèrement Chris et était prête à le défendre aussi bien contre les préjugés de la police, qu’envers les amis «so White» de sa famille, on comprend à ce moment qu’il ne pourra jamais en être ainsi : aimer les Noirs ne peut que revenir à les désirer comme corps, et donc à les objectiver. On sait l’importance de la domination sexuelle – d’ordinaire masculine – des maîtres sur leurs esclaves : l’amour purement physique, mais surtout allégorique, de Rose pour Chris, est un vestige de cette époque.

Seulement, comme pour le thème de la culture dont celui de la libido est pour ainsi dire le substrat, on se retrouve alors coincé. Aimer un homme noir en confessant son goût pour sa différence physique, pour son caractère étranger, autre, relèverait du racisme ; mais être «color-blind» aussi ! Ne parlons même pas de ceux qui ne sont sexuellement attirés que par leurs semblables : j’estime qu’il n’y a pas là matière à jugement moral mais on pourrait penser que les idéologues de l’antiracisme, eux, s’en offenseraient… A moins qu’en fait telle ne soit la leçon, s’il y en a une, à tirer du film ? Blancs, ne sortez pas avec des Noirs, Noirs, ne sortez pas avec des Blancs, et que chaque race reste bien sagement chez soi ! L’utopie obamienne du discours de Philadelphie, l’espoir incarné il y a dix ans par ce fier rejeton d’une union «mixte» est donc enterré. Si la victoire de Trump marque le retour politique de l’Amérique blanche et suprématiste, le discours de Get out exprimerait de son côté le séparatisme croissant d’une partie de l’élite intellectuelle afro-américaine ayant tout bonnement renoncé, à peu près comme les trumpistes, au rêve post-racial.

De même qu’un certain féminisme semble vouloir mettre fin au sexisme en prohibant de facto les rapports entre hommes et femmes, de même l’antiracisme de Jordan Peele semble donc cacher le dessein d’une stricte endogamie raciale. Une Ségrégation à l’envers dont le fantôme hante en effet depuis plusieurs années l’Amérique libérale. Notons d’ailleurs que ces deux radicalismes surviennent non pas en un temps d’oppression maximale mais d’égalité politique et de vigilance accrue contre les discriminations. Une égalité qui pousse à la métaphore : le viol ne consiste plus nécessairement en une pénétration forcée, mais peut commencer à un regard trop insistant ; tandis que l’appropriation culturelle devient le résumé, à la fois la métaphore et la métonymie, d’une oppression raciale séculaire, l’équivalent contemporain ou même le substrat métaphysique – et le comble – de l’esclavage. Un rapport hyperbolique au mal qui a en vérité de quoi inquiéter, quoiqu’il vaille peut-être mieux, au fond, le tourner en ridicule.

Par ailleurs l’exotisme libidinal – pour choquant qu’il puisse nous paraître – est-il dans la réalité l’apanage des Blancs ? L’homme noir ne peut-il pas lui aussi éprouver du désir pour la femme blanche en ce qu’elle est justement différente de lui ? Le Juif pour la shikse ? Le «Jet» Tony pour Maria la Portoricaine ? L’antiracisme version PIR et Obono répondrait sans doute à cette objection que le racisme «systémique» vient des Blancs, qui sont toujours les maîtres, et non des Noirs, et que par conséquent le désir plus ou moins objectivant d’un «racisé» envers une «Blanche» ne pose pas problème – ni plus que l’amour, ou la haine, entre groupes minoritaires. En d’autres termes, que si un Noir «objectifie» une femme blanche, il se contente d’exercer sa liberté d’opprimé. Avec un tel raisonnement cependant, le viol même, d’une Blanche par un Noir, ne pourrait-il pas équivaloir à une forme de radical empowerment ? Le meurtre certainement, et c’est d’ailleurs ce que suggère Peele, tout au moins de manière fantasmatique. Mais sans aller chercher du côté des conséquences, un principe, trop oublié ces derniers temps, mérite d’être ici rappelé : c’est ne rien comprendre au désir que d’imposer à ces différentes configurations amoureuses je ne sais quelle structure préétablie de domination ou d’égalité. Le désir est essentiellement apolitique, inégalitaire et ennemi de toute idéologie.

Dans Devine qui vient dîner, les deux regards étaient mis en avant. Et les préjugés de chaque «camp» également : la famille noire ne voyait pas d’un meilleur œil que la famille blanche cette union qui, dans une Amérique à peine sortie de la Ségrégation, ne pouvait leur attirer que des ennuis. Et contre les uns comme les autres, contre la morale, contre les intérêts et contre les vieilles institutions politiques se dressait l’amour, seul sujet du film, de John et Joanna. Peele, lui, ne veut pas croire à cet impératif passionnel : Get out est l’anti-Roméo et Juliette. Pis, il choisit de retourner historiquement en arrière : malgré la fin de Jim Crow, malgré la discrimination positive, malgré les huit ans qu’a duré la présidence d’Obama, Chris doit encore prendre le pouvoir, il n’est toujours pas, au début du moins, un sujet de plein droit, acteur de sa propre vie, maître de son corps et de sa force créative. Que cela témoigne de pulsions revanchardes ou d’une horreur sociale bien réelle, on ne peut que craindre pour l’avenir du pays dont un tel film nous parle : le tikkun qu’il aurait pu constituer me semble un échec.

En 1968, soit un an après Devine qui vient dîner, sortait un film d’horreur qui devait faire date : La Nuit des morts-vivants. Soudain revenus à la vie, des dizaines de cadavres mangeurs de chair humaine y sont défaits par le courage d’un jeune homme noir, Ben, dont, plus d’une décennie avant Shining (ce qui pourrait amener à relativiser ce que je disais plus haut de ce chef-d’œuvre et du genre même), la place dans le film – y compris sa relation avec l’héroïne blanche – possède un degré d’évidence absolument désarmant : elle n’est pas, pas directement du moins, questionnée par les autres protagonistes, il est là, un point c’est tout, et il sauve la collectivité non en tant qu’adjuvant mais comme sujet. Dans un premier temps, l’amour et le courage auraient donc le pouvoir de triompher des monstres du passé. La fin tragique de Ben, tué par erreur après la l’élimination des zombies, outre qu’elle faisait à l’époque écho à l’assassinat de Martin Luther King, pourrait infléchir le sens d’abord optimiste du film. L’Amérique de Trump, où l’on tue encore des Noirs pour le seul crime de l’être, nous confirme que cette peur était fondée.

Je ne crois pourtant pas que les leçons de Peele soient appropriées à la situation, sauf à vouloir en finir, non seulement avec l’universalisme, mais encore avec le projet démocratique américain : quel pays pourrait survivre à tant de haine et de ressentiment partagés ? Heureusement, je ne crois pas non plus que l’art doive soigner ou donner espoir. Qui doute qu’un artiste ait le droit de dire ses angoisses, ses haines, de dépeindre la violence qui l’habite ?

Seulement, il faut alors prendre son œuvre pour ce qu’elle est, et ne pas se tromper quant à ce qu’elle exprime : lorsque je lis les rêveries morbides de Baudelaire, je ne me raconte pas d’histoires et je sais que pour une part du moins, c’est bien un désir de meurtre, de viol et de torture, qu’un poème aussi beau – d’une beauté proprement satanique – qu’Une Martyre nous met sous les yeux. Le sadisme existe et il fallait qu’un grand poète lui prêtât ses rythmes : Baudelaire n’est pas un auteur de chansonnettes et si je ne peux que constater, le lisant, toute la trouble violence qui vit en lui, loin de moi de m’en offusquer. L’art n’a-t-il pas, par la catharsis, partie liée avec le mal ?

Ce que je refuse toutefois, c’est de voir un film comme Get out porté au pinacle du combat pour la dignité humaine : c’est d’un antiracisme raciste qu’il fait l’éloge, mieux, de ce racisme antiraciste prôné naguère, dans ces termes, par Jean-Paul Sartre. Je ne veux donc le célébrer que pour ce qu’il est, conscient et de sa beauté et de la déclaration de guerre qu’il constitue à mon humanisme. Voilà un film qui nous raconte les tourments d’un peuple divisé, les affres d’un pays qui semble incapable d’échapper à la malédiction raciale : sans doute qu’il le fait parce qu’il le devait. Mais constatons honnêtement que Jordan Peele, et cela n’ôte rien à son talent, est bien le dernier à vouloir y échapper.


Get out
Date de sortie : 3 mai 2017 (France)
Réalisateur : Jordan Peele
Avec : Daniel Kaluuya, Allison Williams, Catherine Keener, Erika Alexander…

Un commentaire

  1. Ces « statements » filmés contemporains me semblent aussi noirs et blancs comme le suject de ce film-ci, sans réciprocité dialectique, sans les interdépendances de la vraie vie … C’est beaucoup plus simple de reduire le monde à des noirs et des blancs et des bons (Obama et « moi ») et des mauvais (Trump et « pas moi») au lieu de voir les cohérances entre les deux … Sommes-nous tellement politiquement corrects que nous n’avons plus le courage – ou la capacité – de differencier, de nuancer ? J‘adore ce bonmot américain selon lequel nous sommes devenus « so open-minded that our brain falls out » ! Et bien sûr, je crois que les arts doivent toujours être « édifiants » et positifs tout comme l’évolution ne peut qu’être positive parce qu’elle est la vie … Je ne crois pas à l’art pour l’art mais plutôt à l’art pour tikkun olam.
    Chag sameah de la Suède enneigée !

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