La Règle du jeu a mis en garde dès le premier jour contre l’ascension du magnat américain. Voici comment cette critique s’est construite au fil des ans… Anatomie d’une ligne éditoriale.

Quelles catégories, avec quels procédés, dans quels domaines, et selon quelle dynamique la revue fondée par Bernard-Henri Lévy a-t-elle mené ce combat jusqu’à aujourd’hui ?

Alors même que le président américain semble se croire investi d’une toute-puissance mondiale, les mises en garde d’hier de la revue apparaissent aujourd’hui comme des avertissements au goût amer.

Mais l’anti-trumpisme de la revue n’est ni conjoncturel ni purement partisan : il est structurant, et devient même un fil rouge permettant d’articuler une conception globale de l’Occident, des jeux d’alliance géopolitique et de la démocratie.

Une défiance originelle : Trump comme rupture

L’alerte a été antérieure aux « preuves ». Dès janvier 2017, la mise en garde de Bernard-Henri Lévy porte déjà sur la tentation de « faire alliance » avec Trump, fût-ce tactiquement : l’enjeu n’est pas l’efficacité, mais la corrosion morale qu’implique l’accommodement avec un pouvoir intrinsèquement vulgaire et cynique[1].

Cette posture intellectuelle est fondatrice. Elle signifie que Trump n’est pas un accident susceptible d’être corrigé par la normalisation institutionnelle, mais une figure de désordre dont la présence au sommet suffit à dégrader le cadre démocratique américain… et occidental ? mondial ?

Trump incarne la figure du grotesque politique. Ubu devient alors une clé d’interprétation. La comparaison à Ubu (Le Père Trump et sa « merde » par BHL) instaure une grammaire particulière : Trump n’est pas seulement dangereux, il est d’autant plus dangereux que grotesque. Ubu n’est pas un tyran classique. Il est ridicule et brutal, et c’est précisément cette combinaison qui rend la violence plus imprévisible et contaminante[2]La Règle du jeu avait identifié ce qui semblait n’être qu’un trait de « style » – vulgarité, outrance, scatologie…  –  comme un principe politique à part entière. Trump ne s’est, depuis, nullement désavoué, comme en témoigne son utilisation récente de l’IA. C’est le passage du comique de foire graveleux au tragique.

Et c’est ce tragique qui suicide une dramatisation assumée. L’idée qu’abdiquer son jugement face à Trump pourrait s’apparenter à un « suicide[3] » est un choix lexical du philosophe qui n’est pas neutre. Il installe la thèse selon laquelle la compromission avec Trump n’est pas une erreur tactique mais une autodestruction – morale d’abord, politique ensuite. 

Bernard-Henri Lévy avait auparavant publié trois textes majeurs, tous animés par la même inquiétude. Le premier, paru le 15 août 2016 sous le titre Pourquoi Trump va perdre, revenait sur les attaques de Donald Trump contre l’armée américaine et contre John McCain. Lévy en tirait la conclusion – à tort, hélas… – qu’une victoire électorale était impossible. Alors simple candidat à la Maison-Blanche, Trump avait en effet offensé les parents d’un soldat mort en Irak et relativisé le sacrifice des militaires en mettant en avant ses propres succès financiers, allant jusqu’à plaisanter sur la Purple Heart, la plus haute décoration militaire. Il se heurtait ainsi à une valeur centrale de la culture politique américaine, fondée sur le respect des soldats, et bafouait « l’honneur des héros ».

Un deuxième texte, initialement publié dans le New York Times sous le titre Trump, Dioclétien et le gardien de cochons, analyse le rapport méprisant et changeant de Trump aux Juifs. Le philosophe y décrit ses gestes pro-israéliens comme des « cadeaux empoisonnés », dans la mesure où « il voit les juifs comme la caricature de cet establishment new-yorkais qui l’a toujours tenu pour un bateleur vulgaire et sans âme. Et on est là dans la configuration type de ce mépris d’autodéfense – les juifs apparaissant comme les représentants d’une élite qui vous a pris de haut et dont il convient, maintenant qu’on en a le pouvoir, de se venger. »

Enfin, Lévy livre un récit à la fois drôle et inquiétant de l’investiture du président élu, observée depuis l’appartement du romancier Philip Roth, et avec lui. Le Complot contre l’Amérique de Roth apparaît alors comme une troublante préfiguration du moment trumpien. Les deux hommes perçoivent la montée d’un populisme vulgaire et dangereux, saturé de symboles, de mots et d’alliances réactivant des imaginaires fascisants, en particulier autour du slogan « America First ». Pour BHL, le cœur du danger réside dans un « nihilisme sans mémoire » : répéter des mots chargés d’histoire sans en assumer le sens. Le texte s’achève sur un nouvel avertissement adressé à Israël : se méfier de l’amitié de Trump, jugée aussi toxique que celle de ses ennemis. 

David Isaac Haziza s’inquiète en 2016 : « La perspective d’un Trump président des États-Unis effraie à raison. En vérité, il n’est pas même à démontrer que cette élection serait une catastrophe. Il n’est d’ailleurs pas à démontrer non plus que ses positions extrêmes le disqualifient[4] ». Trump comme accélérateur de décomposition… 

La méthode Trump : « stratégie du fou » et politique-spectacle

Baptiste Rossi (en janvier 2020) propose une lecture comparative avec Nixon : Trump incarnerait une version dégradée d’une doctrine de dissuasion psychologique (« faire croire qu’on est prêt à tout[5] »). Mais l’argument crucial est la différence de nature : Nixon jouait, Trump est. Le jeune écrivain suggère que l’imprévisibilité trumpienne n’est pas une stratégie maîtrisée mais un état – ce qui transforme l’outil diplomatique en facteur de chaos. Ainsi disqualifiait-il le président américain sur la scène politique, scène étant le mot qui convient.

Plus tard, l’argument se précise : Trump produit des annonces. Alla Poédie, militante de la cause ukrainienne décrit un style fait de déclarations tonitruantes, mais déconnectées du rapport de force réel sur le terrain en Ukraine[6]. On retrouve ici un motif constant : la diplomatie trumpienne est un spectacle fait de volte-face et de chausse-trappe, où l’acte est secondaire par rapport à l’effet médiatique. Un goût de l’effet qui se perpétue aujourd’hui avec, après la capture de Maduro, les effets d’annonce sur la Colombie, le Groenland, l’annonce d’une « aide en route » pour soutenir la Révolution iranienne de janvier 2026.

Ce que la revue critique n’est pas la négociation en soi, mais l’élévation du deal au rang de principe politique. Pour BHL, la logique transactionnelle trumpienne devient le signe d’une dégradation de l’idée d’Occident : l’alliance n’est plus une communauté de principes mais un contrat renégociable[7]. Le philosophe articule alors l’argument suivant : Trump n’est pas seulement un président différent, il est un président qui désenchante l’idée américaine, en la réduisant à l’intérêt immédiat. Sa vision du monde est celle de la transaction – une réminiscence de ses années à Manhattan, son côté présentateur de TV Show ?

Dans un article récent – L’Iran, l’histoire universelle et ses ruses, 19 janvier 2026 –, Bernard Henri Lévy évoque la théorie de la « ruse de la raison » hégélienne pour laisser la porte ouverte à une intervention américaine en Iran. Les États-Unis restent la plus puissante démocratie du monde : puissent-ils, quels que soient leurs motifs, aider à triompher celles et ceux qui, dans les rues des villes Iraniennes, crient « Femme, Vie, Liberté ». Il s’était réjoui, de même, de la contribution américaine au retour des otages israéliens détenus par le Hamas. Mais avec Trump, il ne faut jurer de rien…

La Règle du jeu insiste sur ce mécanisme d’instabilité performée.

Menteur, menteur

Le trumpisme, La Règle du jeu a souvent appuyé ce point, n’est pas seulement un programme politique, c’est une attaque contre les organes de représentation et de contre-pouvoir comme la presse.

En décembre 2025, Bernard Attali évoque une mutation : le mensonge n’est plus accidentel, il devient méthode structurelle visant à dissoudre l’idée même de vérité[8]. Trump produit un brouillard où la vérification devient impossible. Le nébuleux engendre l’opacité. Attali décrit une dynamique où parler plus vite que le démenti, créer de la surabondance narrative, rendre toute correction dérisoire devient la stratégie gagnante. Ces éléments rejoignent l’intuition « Ubu » : le grotesque n’est pas que décoratif, il est fonctionnel. Le rire gras du début de l’ère Trump qui fait de la politique comme on rote à table, puis l’outrance-spectacle, et enfin la provocation servent à épuiser l’adversaire et à rendre sa rationalité inopérante.

Toutefois la revue suggère, toujours grâce à aux contributions de Bernard Attali, que la croyance dans le mensonge devient une preuve de fidélité, c’est un « test de loyauté ». Ce n’est plus seulement « les gens se trompent », c’est « les gens prouvent leur appartenance ». Dès lors le trumpisme devient une structure quasi-tribale. Attali insiste : les réseaux sociaux ne « veulent » pas le mensonge, ils veulent l’attention – et l’indignation est leur carburant. Ils sont un amplificateur, un porte-voix faussé, corrompu, l’infrastructure qui porte l’ère de la post-vérité. Trump n’est pas seulement un menteur, il est le premier à exploiter pleinement une architecture informationnelle où la viralité prime sur le vrai. Le danger n’est pas qu’on pense mal, mais qu’on ne pense plus ensemble car le trumpisme n’est pas uniquement anti-démocratique par ses décisions, il l’est par sa capacité à casser les conditions de possibilité du débat. C’est un régime qui instaure un règne de vérité alternative, où l’émotion et l’attaque des organisations médiatrices épuisant la démocratie.

Trump est-il antisémite ?

Il y a chez Donald Trump un paradoxe central : pro-Israël, mais laissant s’installer une atmosphère antijuive.

La journaliste Louise Nogara identifie que Trump affiche (du spectacle, encore !) un appui à la communauté juive et à Israël, mais souligne simultanément ses « flirts » avec des clichés antijuifs, sa tolérance envers des suprématistes blancs et ses ambiguïtés[9] (Cf. Charlottesville). 

Bernard-Henri Lévy va quant lui bien plus loin en soutenant que l’élection de Donald Trump a libéré un antisémitisme d’extrême-droite latent aux États-Unis – ainsi le rappelle Emily Hamilton dans un texte publié quatre jours avant les élections américaines de 2020, intitulé Quand BHL mettait les juifs en garde contre un faux ami nommé Donald Trump. Le philosophe explique alors que Trump participe d’un climat nauséabond pour les Juifs américains dont l’aboutissement tragique fut, selon lui, le massacre de la synagogue de Pittsburgh, où « onze Américains par le Cœur et Juifs par l’esprit » furent assassinés. Il précise toutefois : « Je ne dis pas, bien sûr, que Trump soit responsable de Pittsburgh », mais estime qu’un président « ne peut pas jouer avec le feu » en relativisant le suprémacisme blanc à Charlottesville, en « louvoyant avec David Duke » ou en humiliant des journalistes juifs, car « les mots ont une mémoire » et ceux de America First diffusent des « radiations nazies ». Pour BHL, cette parole nourrit une haine qui finit par tuer « onze pauvres juifs, innocents comme des enfants », d’autant plus que le Président attise l’imaginaire complotiste autour de George Soros. Il juge insuffisant l’argument du soutien de Trump à Israël ou encore de ses « petits-enfants juifs » – « le coup de l’antisémite dont le meilleur ami est juif, on connaît ». L’auteur de L’Esprit du judaïsme met en garde : s’identifier durablement à un dirigeant populiste expose toujours les Juifs à ce qu’il appelle « des baisers de la mort ».

Thane Rosenbaum, romancier et essayiste américain, pointe le danger dans un texte paru en décembre 2019 sur la procédure d’impeachment[10] visant Trump. Dans un contexte de rhétorique de la trahison, où les opposants sont qualifiés de « traîtres » et de « rats », la présence de figures juives dans la procédure offre un terrain d’attaque aux antisémites. Des acteurs d’extrême droite, boostés par les discours de Trump, réactualisent de vieux tropes haineux et transforment un fait sociologique banal (des responsables juifs dans des institutions ouvertes) en une affabulation antisémite. La visibilité juive devient un carburant complotiste que l’environnement trumpien favorise.

Doctrine du retrait : l’abandon des Kurdes

L’abandon des combattant Kurdes par Donald Trump est une triple faute morale, stratégique et structurelle pour les États-Unis. La Règle du jeu n’a eu de cesse de soutenir ces combattants à travers des articles nombreux, des événements à Paris où des soldats Peshmergas ont pu rencontrer des responsables politiques français par l’entremise de la revue.

Dans son texte Trump et les Kurdes (6 janvier 2017) Bernard-Henri Lévy s’inscrit clairement dans une ligne anti-Trump et résolument pro-kurde, en replaçant l’actualité du moment dans le long drame historique du Kurdistan, peuple trahi depuis un siècle par les grandes puissances. Il dénonce le retrait américain décidé par Donald Trump comme un abandon moral et stratégique sans précédent d’un allié fidèle, les Kurdes, présentés comme des « musulmans des Lumières », démocrates et remparts contre Daech.

Le réalisateur de Peshmerga et La Bataille de Mossoul décrit un vide de puissance aussitôt comblé par une « bande des quatre » – Turquie, Iran, Syrie et Irak – dont il souligne la violence, le cynisme et la haine historique envers les Kurdes, livrés désormais aux milices et aux chars fournis par l’Amérique elle-même. Ce lâchage ruine la crédibilité internationale des États-Unis, fait s’effondrer la pax americana et marque une faute historique comparable, par analogie antique, au renversement d’Athènes dans le « piège de Thucydide » : en cédant par lâcheté, la première démocratie mondiale renonce à son prestige et ouvre la voie à ses rivaux autoritaires (Ankara, Moscou, Pékin, Téhéran). Les Kurdes en sont les premières victimes, mais BHL avertit que d’autres peuples libres paieront demain le prix de cette capitulation, tandis que les ennemis de l’Amérique se préparent, déjà, au « festin » de son déclin.

Ukraine : Trump complaisant avec Poutine

Sous l’égide de son fondateur et directeur, La Règle du jeu a fait de la cause ukrainienne l’un de ses plus fidèles combats.

De nombreux textes posent l’Ukraine comme la scène où se révèle la nature profonde du trumpisme.

Gilles Hertzog inscrit la question dans une histoire des multiples « abandons » américains (Saïgon, Mogadiscio, etc.) et avance l’hypothèse : Kyiv pourrait s’ajouter à cette liste si Trump impose une paix par coercition[11]. Dans Les États-Unis lâcheront-ils Zelensky ?, il montre que l’Ukraine n’est pas un cas unique, mais un moment récurrent de la politique américaine, où l’abandon survient dès que l’intérêt faiblit. Hertzog se réfère au précédent bosniaque, où la pression américaine força un protégé à céder. Ce détour historique sert d’avertissement : une paix dictée peut produire un État durablement dysfonctionnel. C’est le « schéma Dayton » que La Règle du jeu ne voudrait pas voir Trump imposer aux braves résistants ukrainiens.

La revue pointe également les prises de position de responsables américains, tant des pôles de défense que financiers de l’administration trumpienne, qui montrent une grande complaisance envers Poutine : ils qualifient le retour aux frontières de 2014 d’« illusion », formulent des injonctions à céder du territoire, et pratiquent un chantage à la contribution européenne[12]. Par une tentative de négociation sur les ressources (métaux rares) en guise de « remboursement », Trump transforme l’aide en créance et la souveraineté en gage.

Sous un titre sans équivoque, le texte du sénateur Claude Malhuret – Nous étions en guerre contre un dictateur, nous nous battons désormais contre un dictateur soutenu par un traître – dénonce un président américain capitulant, soutenant l’agresseur contre l’allié, et évoque un « début de confiscation de la démocratie »[13]. Le lâchage de l’Ukraine par Trump, facteur d’iniquité unanimement dénoncé dans nos colonnes, constitue à la fois un échec extérieur et intérieur des États-Unis.

L’article de BHL – lui aussi au titre sans équivoque, Il faut que Trump lâche le dossier ukrainien (27 octobre 2025) – affirme que l’Europe perd son temps avec Trump, en soulignant la fascination de la Maison-Blanche pour Poutine, son adoption de la terminologie russe (« opération spéciale ») et son refus de distinguer l’agresseur de l’agressé. Ainsi, l’auteur propose une stratégie : le meilleur service que Trump pourrait rendre serait de « passer le relais à l’Europe[14] ». Trump est un obstacle à la paix, et non un médiateur. Lévy poursuit sa recherche d’une porte de sortie pour contourner Ubu-Trump et adopte un raisonnement pragmatique : les avoirs russes gelés en Europe représenteraient plusieurs années d’aide militaire américaine, et les saisir permettrait de répondre à l’exigence de réparation. Il propose ainsi des mécanismes concrets de substitution à l’Amérique trumpienne.

Trump anti-LGBTQ+

La Règle du jeu s’est attachée à démontrer comment l’État américain était devenu un producteur de discrimination, à l’égard des LGBTQ+ en général, et celui des personnes trans en particulier.

En mai 2025, à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre les LGBTphobies, je dressais la liste des mesures prises par Trump : exclusion des femmes trans du sport, interdiction dans l’armée, effacement administratif, restrictions sur les documents, transferts carcéraux.  Une violence d’État qui institutionnalise la discrimination[15] : « Aux États-Unis, le second mandat de Donald Trump a amorcé un tournant inquiétant, en décomplexant la haine LGBTphobe, ciblant particulièrement le “délire transgenre”, qui serait, je cite : “une menace pour l’identité nationale”. Dès son discours d’investiture, en janvier 2025, Trump donnait le ton : “à partir d’aujourd’hui, la politique officielle du gouvernement des États-Unis sera qu’il n’y a que deux sexes, masculin et féminin.” Une parole programmatique[16]. »

Je reliais ainsi les politiques américaines de Trump à des dynamiques européennes (Géorgie, Bulgarie, Hongrie, Slovaquie), non pas par une causalité mécanique, mais comme un encouragement à une idéologie illibérale. L’anti-trumpisme devient alors un anti-modèle : Trump ne menace pas seulement les minorités américaines, il nourrit une internationale illibérale et exporte ce qu’il a de pire.

Jean-Luc Romero-Michel, président des Élus Locaux Contre le Sida (ELCS) et adjoint à la Maire de Paris chargé des Droits Humains, de l’Intégration et de la Lutte contre les discriminations, signe quant à lui un texte où il accuse le gel de l’aide internationale contre le VIH, instauré par Trump, de coûter des vies, provoquant interruption des traitements, hausse des infections et effondrement des infrastructures[17]. Le cynisme et l’irresponsabilité du trumpisme compromettent un objectif mondial : l’éradication de la transmission du virus d’ici 2030.

En effet, qu’il s’agisse des Kurdes, du VIH ou de l’Ukraine, La Règle du jeu identifie un modèle transversal : Trump gouverne par des décisions abruptes, dans un show de politique-spectacle grossier qui transforme la puissance américaine en instrument de désorganisation globale. L’abandon en devient une signature. L’opposition à Donald Trump, la critique de son exercice du pouvoir, se fait au nom des droits et des vies concrètes : minorités, malades, alliés en guerre. L’anti-trumpisme s’ancre ainsi dans une éthique de protection et de solidarité.

Les invariants du trumpisme

La Règle du jeu table ainsi son anti-trumpisme sur des invariants capitaux :

1. L’invariant moral. Trump est saisi par un vocabulaire de l’irréparable, de la faute morale indélébile, du suicide politique. 

2. L’invariant stratégique. Quel que soit le théâtre où se joue sa politique, son raisonnement reste isomorphe : du retrait au chantage, les alliés sont exposés, les ennemis consolidés. Ce récit met en lumière une mécanique de dévaluation des alliances et de renforcement des adversaires, comme si Trump, par décision ou par impréparation, produisait systématiquement une redistribution du rapport de forces au profit des régimes hostiles.

3. L’invariant anthropologique. Trump est un révélateur, un cristalliseur du pire de la crise américaine (démocratie fragilisée, polarisation du monde, addiction au mensonge). Se déploie alors une opposition qui cible à la fois l’homme et l’écosystème qui rend son pouvoir possible.

4. L’invariant stylistique. La critique s’appuie sur des analogies historiques et littéraires (Ubu, Romulus Augustule, oies du Capitole, Munich, etc.), qui fonctionnent comme un dispositif d’élévation : sortir Trump du flux de l’actualité pour l’inscrire dans une histoire longue des déclins, des trahisons et des bascules de civilisation.

5. L’invariant géopolitique. Particulièrement net chez Bernard-Henri Lévy, c’est l’idée que Trump devient une menace pour l’idée d’Occident elle-même, c’est-à-dire pour le fil Europe-États-Unis, pour la continuité morale et stratégique d’un même monde politique. Le problème n’est plus seulement Washington, mais la possibilité même d’une communauté occidentale cohérente.

Telle est l’architecture argumentative de La Règle du jeu sur le cas Trump… affaire à suivre.


[1] Bernard-Henri Lévy, « Prière sur le Capitole », 18 janvier 2021, passage rappelant un texte du 19 janvier 2017.

[2] Ibid., rappel d’un texte du 22 janvier 2018 comparant Trump au Père Ubu.

[3] Ibid.

[4] David Isaac Haziza, « Trump, les humanités et la liberté d’expression », 15 avril 2016.

[5] Baptiste Rossi, « Trump : la stratégie du fou », 17 janvier 2020.

[6] Alla Poédie, « Trump, Poutine et l’Ukraine », 16 février 2025 ; « Trump prophète du chaos », 14 avril 2025.

[7] Bernard-Henri Lévy, « Trump, et après ? », 27 janvier 2025 ; « La volonté de détruire selon Trump », 10 février 2025.

[8] Bernard Attali, « L’ère du mensonge », 21 décembre 2025.

[9] Louise Nogara, « Le décret Trump sur l’antisémitisme : un redoutable symbole », 21 décembre 2019.

[10] Thane Rosenbaum, « La procédure d’impeachment… », 12 décembre 2019.

[11] Gilles Hertzog, « Les États-Unis lâcheront-ils Zelensky ? », 9 janvier 2025.

[12] Alla Poédie, « Trump, Poutine et l’Ukraine », 16 février 2025.

[13] Claude Malhuret, « Nous étions en guerre contre un dictateur, nous nous battons désormais contre un dictateur soutenu par un traître », 6 mars 2025.

[14] Bernard-Henri Lévy, « Il faut que Trump lâche le dossier ukrainien », 27 octobre 2025.

[15] Félix Le Roy, « Journée mondiale contre les LGBTphobies : quatre récits », 17 mai 2025.

[16] Idem.

[17] Jean-Luc Romero-Michel, « VIH : le cynisme de Trump coûte des vies », 11 février 2025.

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