En réponse à un professeur de l’Université hébraïque de Jérusalem

Par Michaël de Saint-Cheron

Novembre 1973. La guerre de Kippour, qui dura du 6 au 25 octobre 1973, fut pour les Israéliens une onde de choc, malgré la victoire de Tsahal, qui était parvenue à 100 km du Caire et à 20 km de Damas. Michaël Baraz, professeur de littérature française à l’Université hébraïque de Jérusalem, fervent lecteur de son œuvre, adresse à André Malraux une longue lettre, sans doute la plus longue qu’il reçut d’un Israélien, qui lui parlait, comme personne ne l’avait fait avant, ni ne le refera, des dangers face auxquels se trouvait l’État juif. La lettre, conservée dans le fonds Malraux de la Bibliothèque littéraire Jacques Doucet, fait sept pages.

Parmi les correspondants juifs ou israéliens de l’écrivain, notons surtout André Chouraqui, le célèbre traducteur de la Bible et du Coran, auteur d’une vaste œuvre poétique et en dialogue avec les non-Juifs. Mais il y eut aussi, au cours des années 1966-1967, le poète judéo-alsacien Claude Vigée, devenu professeur à l’Université hébraïque de Jérusalem. Enfin, rappelons Charlotte Wardi, qui avait fait sa thèse sur lui au retour de sa déportation à Auschwitz-Birkenau. À la suite de son alya, elle était également devenue professeur de littérature française à l’Université de Bar-Ilan, à Tel-Aviv.

Nous connaissons surtout la lettre ouverte que Malraux écrivit à René Maheu, directeur général sortant de l’Unesco, datée du 13 novembre 1974, au moment où Amadou Mahtar M’Bow venait d’être élu. Malraux s’indignait alors de l’exclusion d’Israël par l’Unesco. Il soulignait : « l’étrange décision qui, en refusant d’inclure Israël dans une région déterminée du monde, lui interdirait de participer à toute activité régionale de l’Unesco. […] vous connaissez, comme moi, le chemin que risquent d’ouvrir de telles décisions (…) »[1]

Le 15 novembre 1973, un an plus tôt, Michaël Baraz écrit donc une longue lettre à Malraux, en commençant par l’évocation de ses quinze ans en 1933, au moment de l’attribution du prix Goncourt à La Condition humaine. Sa lecture du roman fut un événement particulièrement important dans sa vie intérieure. Il fut de ceux qui, dans ces années 1960-1970, parlaient encore de Malraux, dans les universités israéliennes, à leurs étudiants. Il ajoutait : « beaucoup de jeunes Israéliens vous admirent et vous comprennent remarquablement bien. »

Abordons maintenant le cœur de la lettre qui concerne le conflit israélo-arabe. Travailliste, Michaël Baraz votait « pour un parti dont le programme se réduisait à une seule exigence : une paix sans annexion de territoire par Israël. Durant la guerre actuelle, ma position est restée pour l’essentiel la même. » Puis Baraz aborde soudain un autre sujet, qui est sans doute l’essentiel de ce qu’il veut faire passer à Malraux : « J’ai continué à me méfier des nationalismes quels qu’ils soient. Le même idéal humaniste m’a déterminé à réagir contre l’hostilité croissante dont Israël est l’objet. »

Nous sommes au lendemain de la guerre de Kippour, à des années-lumière du conflit abyssal qui commença, au soir du 7 octobre 2023, par le pire pogrom mené contre des Juifs depuis 1945, perpétré par le Hamas contre des Israéliens.

Il est fort instructif de rapprocher le constat de Michaël Baraz d’il y a cinquante-trois ans de ce qu’écrit en 2026 Nathan Devers dans son livre Aimer Jérusalem.

Michaël Baraz écrit : « On constate que les intérêts des États-Unis sont assez loin de coïncider avec ceux d’Israël. » Or Devers consacre deux pages (295-296) à la question. Il s’agit du chapitre le plus court du livre, imprimé en italiques. On y lit :

« Cette guerre de tarés que nous avons faite à Gaza, nous n’avons tenu aucun compte de ses répercussions géopolitiques sur le long terme. […] Trump a fait l’éloge de nos pires décisions. Alors, nous avons bêtement pensé que l’Amérique nous était acquise pour l’éternité.
– Et ce n’est pas le cas ?
– Comment le serait-ce ? Regarde la jeunesse des campus : parmi tous ces étudiants qui se mobilisent contre Israël de New York à Los Angeles, se trouvent les futurs cadres du Parti démocrate… D’ici quinze à vingt ans, peut-être moins, ils en redessineront les lignes. […] Les prochains candidats démocrates promettront de nous traiter comme un État paria. Et un jour, c’est la loi de la démocratie, l’un d’eux finira bien par accéder au Bureau ovale. Dès son investiture, il lâchera les chiens en envoyant un message clair à nos ennemis : “Si Israël venait à être attaqué, je refuserais d’aider cette nation de colons génocidaires !” Alors, ce sera la curée contre nous. Mais contrairement aux guerres du passé, l’aide américaine nous fera défaut… »

Ces pages de Nathan Devers se situent dans le prolongement des propos de Michaël Baraz adressés à Malraux en cet automne 1973. La seconde partie de sa lettre tient à mettre en évidence, à l’attention de son illustre destinataire, « la mentalité qui règne maintenant en Occident, et surtout en Europe, [qui] rappelle celle qui a rendu possible la capitulation de Munich en 1938. On espère de nouveau fléchir les États totalitaires par des concessions. On oublie de nouveau que ces États deviennent agressifs dans la mesure de la faiblesse qu’ils présument chez leurs adversaires. » Suit, comme si c’était écrit aujourd’hui, une critique féroce à l’encontre de la Russie soviétique, qui rappelle par bien des points la politique de Poutine : sa guerre contre l’Ukraine et ses tentatives de faire basculer de nombreux États anciennement soviétiques dans le giron de la Russie totalitaire d’aujourd’hui.

Enfin, la conclusion de la lettre de Michaël Baraz dessine une situation étrangement proche de celle qu’Israël et les Juifs dans leur ensemble traversent depuis le 7 octobre et la tragédie de Gaza.

« Il en va maintenant comme dans le passé : on a les mains sales, on accepte que tout le monde ait les mains sales et l’on exige que les mains des Juifs soient parfaitement propres. Comme dans le passé, si le Juif “ne fait pas en toute occasion plus que les autres, beaucoup plus que les autres, il est coupable” (Sartre). Le fait que les Romains ont torturé et massacré un nombre considérable de chrétiens n’a pas empêché l’Occident d’admirer Rome ; le fait que quelques Juifs fanatiques ont demandé la condamnation à mort de Jésus a valu à tous les Juifs pendant deux millénaires une haine sans précédent dans l’histoire par son intensité et sa virulence. On a oublié le Biafra, on a oublié toutes les annexions et tous les réfugiés du monde, on est en train d’oublier que les Israéliens ont occupé des territoires sans lesquels ils auraient déjà été exterminés […]. »

Puis Baraz cherche à faire comprendre à Malraux que « l’antisémitisme s’est métamorphosé en antiisraélisme ». En effet, il n’est pas sûr que l’écrivain ait approfondi la question de l’antisionisme à ce point. C’est exactement ce que Vladimir Jankélévitch avait dit avec son souffle et son style inimitables à Béatrice Berlowitz dans Quelque part dans l’inachevé : « L’antisionisme est la trouvaille miraculeuse, l’aubaine providentielle qui réconcilie la gauche anti-impérialiste et la droite antisémite ; l’antisionisme donne la permission d’être démocratiquement antisémite. »

La conclusion de la lettre de Michaël Baraz, si elle pose une question particulièrement grave, ne ferme pas la porte à la possible victoire de la raison :

« Si l’antisémitisme à l’échelle européenne a abouti au génocide nazi, on doit se demander à quoi pourrait aboutir un antiisraélisme à l’échelle mondiale.

L’histoire n’a pas un sens prédéterminé, elle sera ce que nous aurons choisi qu’elle soit. L’antiisraélisme ne pourra aboutir à de nouvelles tentatives de génocide que si nous tous, nous choisissons de nous taire. »

Ses derniers mots sont « Avec ma vive admiration ». Qu’attendait Michaël Baraz d’André Malraux ? Souvenons-nous qu’en avril 1973, il avait accompli son voyage de reconnaissance au Bangladesh, pour l’indépendance duquel il avait pris fait et cause en 1971. Or, dans son discours prononcé à l’Université de Rajshahi pour le doctorat honoris causa qui venait de lui être décerné par le président de la République, Abu Sayeed Chowdhury, Malraux dit d’une voix forte : « Vous avez montré au monde qu’on n’assassine jamais assez pour tuer l’âme d’un peuple qui ne se soumet pas. »

Ce 22 novembre 1973, après avoir lu attentivement la longue lettre, assez tragique, de Michaël Baraz, André Malraux lui répondit ceci :

« Monsieur le Professeur,
1 – L’État d’Israël doit obtenir de véritables garanties, mais n’accepter en aucun cas de renoncer aux moyens de défendre son sol lui-même.
2 – Je ne crois pas que l’Union soviétique souhaite la disparition d’Israël : elle souhaite un Moyen-Orient troublé, ce qui est assez différent.
Je vous remercie de votre lettre, et vous prie de croire, Monsieur le Professeur, à tous mes vœux pour votre liberté, et à mes sentiments de sympathie. »

Pour avoir lu des centaines de lettres d’André Malraux, je peux dire ici le caractère exceptionnel de cette réponse, certes brève, mais qui touche au fond des questions posées par l’universitaire israélien. Non seulement l’État d’Israël doit obtenir de véritables garanties pour sa sécurité, auprès de ses amis ou alliés, mais il ne lui faudra en aucune manière renoncer à devenir assez fort pour se défendre lui-même. Ainsi, Malraux répondait-il à la fois à Michaël Baraz et, d’une certaine manière, aux questions et aux angoisses dont témoignent les deux pages de Nathan Devers.

Les quatre dernières lignes de la lettre sont tout sauf convenues venant d’un esprit tel qu’André Malraux. Jamais je n’ai trouvé sous sa plume cette formulation : « vous prie de croire à tous mes vœux pour votre liberté, et à mes sentiments de sympathie. »

Pour conclure cette présentation, je veux redire que la lettre de Michaël Baraz est la plus importante qu’il m’ait été donné de lire sur les craintes d’un Israélien de gauche quant à la survie de son pays, comme sur le constat accablant de la confusion entre antisémitisme et antisionisme, et sur le fait que l’antisémitisme n’ait jamais cessé en Europe ni dans le monde et qu’au contraire, il ne cesse de s’étendre sous les espèces de l’antisionisme. Cette réponse de Malraux témoigne, cinquante ans après, de la fidélité que l’écrivain portait à ce petit État juif, auquel rien ne le rattachait sinon les valeurs de courage et d’héroïsme dont les Juifs ont fait preuve tout au long de leur histoire.

C’est aussi ce qui peut expliquer qu’il se soit engagé en 1975 en faveur de Pierre Goldman.

Dans l’élan fraternel qui poussa l’écrivain à défendre partout et toujours ce que représentaient pour lui Israël et le destin juif, il y avait cette admiration pour « la survie de l’indéracinable peuple qui ne croit qu’aux racines de l’âme », comme il le clama, à la tribune de l’Unesco, le 21 juin 1960, dans son discours mémorable pour le centenaire de l’Alliance israélite universelle.


[1] Michaël de Saint-Cheron, Malraux et les Juifs, DDB, 2008, p. 133.

3 Commentaires

  1. On nous avait persuadés qu’une paix sèche constituait la seule forme de paix possible entre Israël et son ennemi juré, une paix occise d’avance, mort-née en somme. Cette idée reposait sur le fait que la seule alternative admissible à la solution (finale) à deux États était l’établissement implosif d’un État israélien binational, condamné à terme à se métamorphoser sous les fourches caudines d’une démocratie soumise aux pesanteurs démographiques, en un second État arabe de la Terre sainte, laquelle machination vouerait l’onuesque machin à la réunification, à l’étatisation islamique, à la révolution pan-nationale.
    Ceci n’est pourtant pas une fatalité dans la mesure où une troisième voie s’est toujours dessinée du fond de l’horizon des âges : celle que d’aucuns accusent d’assouvir la convoitise des fous furieux rebâtisseurs du Grand Israël, comme s’il était coupable pour l’État juif de renaître de ses cendres sans s’amputer d’une partie de lui-même ; un État qui est, fut, aura été, est-il besoin de le ruminer jusqu’à la fin de l’histoire, le seul État souverain ayant jamais existé sur cette Terre depuis plus de trois mille ans.
    Si les ersatzs de colonies de peuplement que l’Empire matriochkaïen polymahométan s’appliquerait à enquister en Éretz Israël, puis bien au-delà par le truchement d’un statut de réfugié palestinien malignement héréditaire, si ces populations arabo-musulmanes désirent vraiment, dès aujourd’hui, vivre et mourir au sein du peuple juif, mais rien ne les en empêche ! à condition bien sûr qu’elles consentent à verser le sang pour l’Autre et non pas dans le vain espoir que ce celui-Ci planifie son inexorable extinction sous l’effet d’un projet vorace aussi bête et méchant que la réintroduction des algues vertes dans la Grande Barrière de corail.
    La gauche, anticolonialiste à géométrie variable, ne s’était pas beaucoup émue du sort des victimes de l’épuration ethnique mise en œuvre par Sa Majesté l’État algérien en bas âge. L’idée qu’on puisse organiser le rapatriement des Arabes de Judée-Samarie vers leurs mères patries respectives ne devrait pas heurter davantage ses consciences bonasses, mais comme nous l’avons suggéré plus haut, la démocratie israélienne est assez mûre pour absorber quiconque aurait fait la démonstration de son allégeance au peuple roi du Premier Testament.
    Cela étant, les Israéliens se réserveront le droit de traiter en ennemi tout résident étranger, concitoyen a fortiori qui, projetant de s’annexer et la mémoire et l’histoire des fondateurs du monothéisme, se condamnerait à faire disparaître a priori toute trace de l’existence de ce peuple sans commune mesure en tant qu’il est seul à pouvoir témoigner tant en faveur de sa propre légitimité qu’à l’encontre des impostures en chaîne qu’ont projetées sur lui les mystificateurs palestinistes.
    Le Grand Israël, nous entendons par là un Israël non défiguré, ne conduit pas mécaniquement, comme on serait fondé à s’en inquiéter, à la démolition de la mosquée d’Omar, dès lors que la reconstruction du Temple de Jérusalem en son Lieu, impliquerait la réactivation d’un culte sacrificiel avec lequel les Juifs ont rompu en profondeur en ce sens qu’ils lui ont substitué un ensemble de rites auxquels se rattachent les pérégrinations physiques et spirituelles de leurs ancêtres sur vingt siècles d’histoire, durant lesquels ils participeraient activement aux évolutions ainsi qu’aux progrès spectaculaires de l’humanité. Le Juif s’est modernisé, son culte a évolué, ils ne régresseront pas plus que le monde, du moins jusqu’à ce que les noyaux thermonucléaires de leur système stellaire ne se soient effondrés sur eux-mêmes.
    Une hantise tenaille la canaille éduquée : celle qu’un Israël auquel on permettrait de voir les causes en grand, oublie son universalisme pour se vautrer dans l’hypernarcissisme de l’ultranationalisme et pourquoi pas, l’absurdité que représenterait le suprémacisme pour un suprématisme qui s’offrira, demain, dès l’aube, à qui s’en donnera les moyens, et non à tous comme aiment à le croire ces démonétiseurs de l’universel qui ne désespèrent pas de nous en enlever le droit de garde.
    Et si nous arrêtions de nous taper la tête contre des murs que nous nous obstinons à ne pas voir foncer vers nous à la vitesse de la ténèbre. Il n’y a rien à craindre concernant la préservation du multiethnisme ou de la liberté de conscience chez Abrahâm, fils loin d’être lunaire d’un prêtre du temple de Sîn, Iosseph, épi dressé des Douze tribus devenu gouverneur d’Égypte, Moshè, beau-fils d’un roi païen trop sage pour réclamer que ses descendants soient recensés comme Benéi Israël avant qu’ils n’en eussent enduré le voyage au long cours initiatique, Iona, conscientiseur d’une Ninevé en perdition ou Daniél, rédempteur protopsychanalytique du tyran Neboukhadrèsar.
    L’antisémitisme par deux fois millénaire de l’Église explique sans doute l’antisionisme viscéral chevillé au corpus de son millénarisme fondateur. Que Rome, ses filles et ses sœurs, s’empêchent de faire la courte échelle à la Propagandastaffel exfiltrée. De grâce, qu’elles nous empêchent de prendre incidemment part à la barbarie nazie. Nous ne le souffrons plus, quand bien même la torture devrait très vite céder la place à la torpeur, dès lors que les aides substantielles qu’en associés très provisoires du diable, nous apportons aux compagnons de déroute d’une Oumma visiblement prête à tout, même à dissoudre ses instances dirigeantes dans une enclave qui n’en est qu’une parmi mille autres, pour se refaire une santé en enfer sous le même nom ou derrière d’autres masques, ne nous donnent que quelques secondes avant que leur chape de plomb en fusion, soluble dans l’Irrépublique, ne nous redégouline dessus.

  2. P(os)-S(ibilisme) : L’anachronisme n’intimidera jamais un écrivain que rien ni personne n’empêche d’imaginer ce qu’aurait dit ou fait un personnage en un contexte historique où nul ne s’attendait à le voir refaire hypersurface. Par ailleurs, la mort du général de Gaulle au moment de la guerre du Kippour n’était que très partielle, tout juste physiologique. Son esprit plane encore ; celui de juin quarante… ou de juin soixante-sept.

  3. On nous invite à nous prononcer sur tel ou tel candidat collaborationniste ou isolationniste à la future présidentielle. En temps normal, nous aurions pu envisager de réserver notre suffrage au pire d’entre eux, à l’exception de tous les autres. Mais les temps ont changé.
    Pas de pardon pour celui, celle ou ceux-là mêmes qui s’allient dans le salace espoir de passer en force, fût-ce à l’ennemi, pour un boueux plat de sesterces. Nous ne leur parlons plus, nous ne les écoutons plus, nous ne voulons plus en entendre parler. Nous ne lâcherons pas de sitôt ce droit d’aînesse qui nous oblige depuis que le monde émonde ses embranchements mortels.
    Golda préférait vos condamnations à vos condoléances ; elle n’aurait pas manqué de subtilement remettre De Gaulle à sa place en cas de récidive du héros de la Seconde Guerre mondiale, mais êtes-vous sûrs que l’homme de Londres se serait déshonoré en privant Israël du droit de se défendre suite à un 11-Septembre puissance 15 ?
    Peut-on imaginer de crime plus fourbe que celui dont les politicaillers que notre génération déchéante avait portés aux nues, n’auraient de cesse qu’ils ne nous en eussent rendus complices, au nom d’un universalisme que nous réprouvons, dès lors qu’il abolit le nôtre.
    Le pendant du yoyo macronien réside dans ce Yahya qui, avant que la Parti socialiste ne se fût réjoui de sa libération contre Gilad Shalit, avait eu le temps de faire ses classes auprès d’un Mandela palestinien assoiffé de sang juif, architecte de l’intifada al-Aqsa que nombre des élites juives et non juives n’ayant pas fait leur deuil de l’Asolution à deux États, attendent de nous que nous trahissions toutes nos valeurs pour appeler avec elles à sa libération.
    Nous n’avons pas encore fait une croix sur la République à la française. Il n’est pas impossible qu’un jour ou l’autre, nous retournions glisser dans l’urne un bulletin sur lequel sera imprimé un nom qui ne s’effacera pas au bout de quelques secondes au fond d’une écuelle d’eau bouillante. Nous attendrons pour cela qu’un homme ou une femme d’État ait eu le courage politique d’aller trancher, sous la bannière étoilée du Beit Aghion, le nœud gordien d’un pacifisme truffé de mines qui ne semble pas décidé à lâcher les basques à notre France en temps de guerre.
    L’idée qu’un juste serait fondé à consacrer sa vie à la défense des opprimés est un concept creux. Le juste ne défend que ce qui est juste. Sous un régime qui opprime les nazis, aucun juste digne de ce nom n’ira verser le sang pour que l’ennemi juré de l’humanité puisse à nouveau jouir sans entraves. Quand les nazis se reproduisent comme des lapins, il n’est pas incohérent qu’ils se fassent tirer comme des lapins, a fortiori lorsqu’on, et osons le dire : nous (par sponsoring interposé) les armons jusqu’aux dents en vue de préparer la convergence finaliste des luttes.
    Le palestinisme est le commencement et la fin de tout djihadisme adossé au méta-impérialisme panarabe et à son totalitarisme transcourants, un grand péril aussi puéril que pervers polymorphe. Que le prochain chef de l’État fasse un pas de côté, qu’il pose le pied du bon côté de la ligne de front, qu’il ne s’enracine plus du pire côté de l’histoire, et nous ne serons pas condamné à mener, contre lui, un combat qui est sans doute celui de notre vie, une vie française à laquelle nous n’avons pas encore définitivement renoncé.