Nos lecteurs ont pu remarquer que nous ne nous sommes pas fait l’écho des indicibles insultes d’un quotidien ultraconservateur iranien contre la Premier Dame de France samedi 28 août.

L’affaire est cependant en train de prendre un tour différent et de s’inscrire de manière significative dans le contexte général du drame Sakineh.
Résumons-là :

1ère étape : Samedi dernier, le quotidien iranien Kayhan, ultra-conservateur titre « Les prostituées françaises rejoignent la lutte des droits de l’Homme », suite à l’engagement de Carla Bruni et d’Isabelle Adjani dans la campagne lancée il y a une semaine par la Règle du Jeu pour sauver Sakineh. Dans un papier des plus violents, le journal accuse l’épouse « infâme » du président français d’avoir « brisé le mariage de Sarkozy (pour) devenir la première dame de France ». De son côté, Isabelle Adjani est assimilée à une « actrice française à la morale corrompue ».

Le quotidien ultraconservateur Kayhan, sous le contrôle direct du cabinet du guide suprême, l’Ayatollah Ali Khamenei, est considéré comme le plus conservateur des journaux iraniens. Il est régulièrement poursuivi devant les tribunaux pour ses outrances verbales contre des personnalités iraniennes ou étrangères.

Le dernier procès retentissant en date, en février, a réuni deux personnalités aussi différentes que le prix Nobel de la paix Shirine Ebadi et le chef de cabinet du président Mahmoud Ahmadinejad, Rahim Machaie, qui ont été déboutés.

2nde étape : Symbole de l’embarras de Téhéran, les autorités iraniennes décident de réagir, par la voie officielle cette fois:

« La République islamique n’approuve pas l’insulte contre les responsables des autres pays », a déclaré lors d’un point presse le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Ramin Mehmanparast. « On peut critiquer la politique hostile de certains pays ou le comportement des responsables d’autres pays et exprimer notre protestation, toutefois il ne faut pas utiliser des termes insultants. Cela n’est pas correct ». Signe du malaise régnant en Iran, le porte-parole a mis en garde les médias du pays contre toute nouvelle dérive: « J’espère que tous les médias feront attention », a-t-il annoncé.

3ème étape :Malgré ce mea culpa à peine voilé de l’Iran, le quotidien ultraconservateur Kayhan renchérit, toujours, en affirmant que la Première Dame de France « mérite la mort » pour sa vie « immorale ».

« L’examen des antécédents de Carla Bruni montre clairement pourquoi cette femme immorale a soutenu une femme iranienne condamnée à mort pour adultère et pour avoir participé au meurtre de son mari, et en fait elle mérite elle-même la mort », explique le journal, rejetant « l’indignation de cette prostituée italienne » après l’article qu’il a publié samedi.

Cette dernière attaque contre la Première Dame de France a amené aujourd’hui le ministère français des Affaires étrangères à réagir pour la première fois, en jugeant ces insultes « inacceptables », précisant qu’elles ont fait l’objet d’un « message » adressé à Téhéran.

Ce petit jeu pose, au-delà la grossièreté du propos et de la maladresse diplomatique, la question des procédés employés par le Régime iranien pour se débarrasser de ses opposants politiques, et plus généralement des minorités victimes de la répression gouvernementales telles les femmes, les Bahaïs, les Kurdes, ou les homosexuels.

Ainsi, c’est avec de telles accusations gratuites et grossières que le prix Nobel de la paix a été discrédité en direct de la télévision d’Etat du pays. C’est suite aux articles diffamatoires du quotidien ultraconservateur Kayhan que nombre d’opposants politiques iraniens ont été arrêtés et demeurent toujours en prison. C’est enfin suite à deux journées entières de tortures que Sakineh Mohammadi Ashtiani, a été contrainte de confesser à la télévision qu’elle avait bien trompé son mari et joué un rôle dans sa mort, des « aveux » ouvrant la voie à son exécution imminente.

Surtout que les nouvelles ne sont pas bonnes. On vient d’apprendre que Sakineh a reçu dans la nuit de samedi à dimanche la visite d’un gardien de prison de la ville de Tabriz, lui signifiant qu’elle allait être très prochainement exécutée et lui demandant de rédiger son testament.

Voilà pourquoi ici, à la Règle du Jeu, nous condamnons avec la plus grande fermeté les effroyables insultes, indignes de la civilisation iranienne, proférées à l’encontre de Carla Bruni-Sarkozy. Nous remercions une nouvelle fois la Première Dame de France pour la lettre qu’elle a adressée sur notre site à Sakineh le 23 août dernier dans laquelle elle assure l’Iranienne du soutien de son mari et de la France. Nous nous félicitons, en compagnie de tous nos nombreux signataires, de l’impact et de l’embarras que cette campagne internationale suscite à Téhéran, et nous demandons à tous de redoubler d’efforts pour signer et faire signer à vos proches la pétition internationale pour sauver Sakineh, plus que jamais en danger.

6 Commentaires

  1. AU NOM DE TOUTES LES MIENNES
    A Marianne, Carla, Rachida, Sakinah et toutes les autres ………….

    NON A LA LAPIDATION

    Du Siècle des Lumières au Nouvel Obscurantisme

    Je viens de lire l’ensemble du sujet et de l’actualités, et je tiens à marquer tout mon soutien à l’ensemble des femmes qui subissent une telle violence face à de tels comportements outranciers qui relèvent d’une vision sexiste rétrograde et barbare.

    J’apporte mon soutien à Sakinah en Iran mais aussi à des femmes publiques telles que Carla Bruni Sarkozy ou encore Rachida Dati qui n’ont cessé d’être calomnié et offertes en pâture par le biais de nos voix médiatiques. J’ai été choquée de voir qu’en France au 21ème siècle une femme ne puisse vivre de manière indépendante sans que l’on porte gravement atteinte à son intégrité morale.
    Faut-il qu’une femme quelque qu’elle soit n’en soit toujours à justifier de sa « virginité » sexuelle ou morale ? Comment s’étonner donc qu’aujourd’hui des intégristes qualifient notre Première Dame de tels propos quand nos médias eux-mêmes se sont prêtés à un voyeurisme des plus outranciers? Comment avons-nous osé porter gravement atteinte aux vies privées de ces femmes et de regarder derrière le trou de la serrure de leur chambre à coucher …. ? Que de dangereuses dérives au nom d’une pseudo liberté d’expression, et surtout que de déni à nos valeurs républicaines à l’encontre d’une citoyenne quelque que fut sa « position » ? Faut-il qu’une fois au sommet, une femme soit mise à terre pour si « noblement » lui rappeler que pour autant elle ne serait qu’un simple objet à ne pouvoir « coucher »? La liberté d’expression a donc des limites à nullement franchir qu’il s’agisse de personne privée ou publique, homme ou femme, lorsque l’intégrité morale d’un individu est menacée. Notre nouvelle religion « cathodique’ par pure quête mercatique lapide périodiquement à sa façon par le biais de sermons de nouveaux prêtres, qui parés d’atours « néonaurum » afin de gravir l’ AudioTel nous convient à une cène « eurkaristique » nauséabondante quotidienne. Je vous l’accorde , les convives « béatifiés » de ces mets holistiques n’ont de conscience que primaire …
    Je veux porter haut la voix aussi de femmes qui subissent de telles violences en silence au sein de leur sphère privée sur notre territoire et ailleurs et qui sont lapidées moralement, humiliées, mises à terre parce qu’elles revendiquent les nobles valeurs de Marianne d’égalité et d’émancipation. Bafouées dans leur dignité on leur rappelle qu’elles « seraient trop françaises » parce que « n’être femme » signifierait que se limiter au sort qu’un homme veuille vous infliger, les burqaniser moralement. Je pourrais vous en dire davantage tant ma souffrance a été longue en dehors de ma chère patrie, pour autant je n’ai cessé de croire que la foi en mes valeurs républicaines m’aideront tôt à retrouver ma dignité tôt ou tard. « Stupeurs et Tremblements », je fus anéantie de lire ou voir autant de lapidation morale à l’encontre de Carla, Rachida, en France au 21ème siècle. Que se passe t-il ? Quelle image avons-nous osé transmettre aux sociétés les plus archaiques ?
    Nos médias auraient –ils contribué à l’oraison funèbre de notre Marianne, déesse de nos valeurs égalitaires , sans pour autant l’anoblir mais la soumettre au voile de l’impudeur ?
    AU NOM DE TOUTES LES MIENNES JE SOUHAITERAIS QU’AUJOURD’HUI EN FRANCE TOUTE ATTEINTE A L’INTEGRITE MORALE D’UNE FEMME SOIT PASSIBLE DE POURSUITES JUDICIAIRES AU MEME TITRE QU’UNE INSULTE RACISTE .
    Quel tabou y aurait-il à vouloir être une femme indépendante quelque fut son statut social ou celui de son conjoint ?

    Merci à BHL et tous les hommes, car ils existent, qui soutiennent toute forme d’émancipation .

  2. Personne ne devrait avoir à vivre cela.
    Vous vivez l’invivable, supportez l’insupportable, Sakineh, tenez bon !
    Je pense à vous. Je pense à vos enfants.

  3. Ce sera bientôt chez nous ! et personne ne bougera.La peur?ou l’indifférence dans son petit cocon?

  4. Bien évidemment on ne peut qu’approuver, et si j’osais applaudir, à la lettre qui a été envoyée à Sakinek par Carla Bruni-Sarkozy…. cependant et selon ce que la presse a publié, sa lettre était rédigée en son nom et en celui de son époux Cette lettre était privée. La France et les Français n’étaient pas ‘invités’ à partager l’indignation du couple. Ce qui est fort dommage et tout à fait regrettable, alors pourquoi lui donner ce titre-gadget de ‘Première Dame de France’ comme le fait la presse ordinaire, ce titre-gadget n’existe pas dans la Constitution Française. Carla Bruni-Sarkozy est l’épouse de Nicolas Sarkozy qui se trouve être le Président de la République Française, elle n’est ni Madame la Présidente, ni la Première Dame de France, titre-gadget qui est une pure invention de journaleux. J’attendais plus de rigueur d’un article de RDJ. Je regrette le mimétisme à un certaine presse que je qualifie de caniveau, ou au comportement des animateurs télé….

  5. peu importe le crime. nul ne mérite la mort. le mepris et l’indifférence sont des peines suffisantes.
    la pratique de ces chatiments ancestraux n’est que le reflet de l’archaisme primaire de la société qui l’applique.

  6. Que l’on soit de droite ou de gauche (comme moi), cela importe peu. Il y a la situation d’une femme, des femmes en Iran, qui est une abomination indigne de notre terre.
    Et, en tant que citoyenne française, européenne, du monde, je ne peux tolérer que l’on jette une fatwa de mort envers un être humain. Il s’agit ici de Mme Carla bruni-Sarkozy. Elle s’est exprimé au nom de son mari et en son nom. Elle a écrit de femme à femme.
    Et pour cette Liberté que notre pays doit à tout prix préserver, elle mériterait la mort ? Au nom de quel Dieu ? Ces fous furieux ne connaissent même pas leur religion. Le Coran ne cite pas une seule fois la lapidation. Elle n’apparaît que dans les Hadiths, loi islamique. Encore une perversion de l’homme qui déforme, interprète les écrits au bénéfice de ses plus bas instincts.
    Mme Carla Bruni-Sarkozy n’a fait que dire ce que tout être civilisé, évolué, doué de raison, c’est à dire un « être humain » pense.
    Que personne ne touche un cheveux de Sakineh. Pas plus que d’une citoyenne de France, pas plus que de l’épouse d’un président.