Je viens d’apprendre de Javid Houtan Kian, l’avocat de Sakineh Mohammadi Ashtiani, Iranienne condamnée à la lapidation pour « relation illégale », que sa cliente avait été de nouveau interrogée aujourd’hui par les autorités iraniennes.
« Ma cliente a été conduite aujourd’hui au tribunal de la ville de Tabriz (Nord-Ouest de l’Iran) pour y être interrogée », m’a expliqué par téléphone Javid Houtan Kian. « Je viens de l’apprendre de ses codétenues, à qui elle a révélé l’information dès son retour du tribunal. Selon elles, Sakineh a été conduite hors de prison à deux reprises. La première fois pendant une heure, puis 3 ou 4 heures la seconde fois. Sakineh aurait expliqué à ses codétenues qu’elle a été filmée durant l’interrogatoire« .
« Ma mère a été à nouveau interrogée« , m’a confirmé de son côté Sajjad Ghaderzadeh, 22 ans, fils de Sakineh Mohammadi Ashtiani. « Je crains qu’ils (les autorités iraniennes) souhaitent ajouter des éléments au dossier« , ajoute Sajjad, qui a appris la nouvelle des familles des codétenues de sa mère.
« D’après mes informations, révèle Houtan Kian, ils auraient demandé à Sakineh qui est à l’origine des interviews données à la presse internationale. Si c’était elle ou son avocat, c’est à dire moi, qui avait décidé de s’en prendre à la République islamique. Nous attendons désormais de voir si cet interrogatoire va être diffusé à la télévision d’État« .
Sakineh Mohammadi, Iranienne de 43 ans, condamnée à la lapidation pour adultère, s’est déjà livrée à des « confessions » à la télévision d’Etat iranienne le 11 août dernier admettant qu’elle était complice du meurtre de son mari et qu’elle entretenait bien une relation adultère avec le cousin de celui-ci, ouvrant la porte à son exécution prochaine. Or le lendemain, son avocat Javid Houtan Kian, avait révélé que ces confessions avaient été obtenues après deux journées de passage à tabac.
« Si jamais elle effectue d’autres confessions, explique l’avocat, je les nierai à 100%, étant donné que je n’étais pas à ses côtés au moment de l’interrogatoire. Je crains qu’ils ajoutent des éléments à son dossier de condamnation. Vous savez, ils sont malins. Ils posent des questions à double sens à ma cliente qui est illettrée et ne parle pas le farsi (Sakineh est issue de la minorité turcophone azérie). Par exemple, j’ai appris qu’ils lui ont demandé aujourd’hui en turc si elle cultivait une relation de » nazdiki » avec Issa Tahéri (cousin de son mari décédé et reconnu coupable du meurtre de celui-ci). Ce terme, « nazdiki », signifie en turc « lien familial ». Elle a répondu naturellement « oui ». Or ce même terme « nazdiki » signifie en persan « relation sexuelle ». Ils jouent avec les mots. Ils veulent en tirer quelque chose« .
Pourtant, ce nouvel interrogatoire ne demeure pas le seul sujet de préoccupation de l’avocat de Sakineh. Il nous explique pourquoi: « J’ai appris qu’après notre révélation des 99 coups de fouet supplémentaires à l’encontre de ma cliente, l’ordinateur central de la prison de Tabriz avait été sondé pour obtenir l’identité des détenues qui venaient de sortir de prison. Puis cette liste a été envoyée au tribunal de Tabriz. J’ai peur, car ce sont ces codétenues qui nous ont tout d’abord informés de la peine des 99 coups de fouet contre Sakineh ».
Selon Javid Houtan Kian, qui dit avoir obtenu l’information des codétenues, puis la confirmation d’un employé du tribunal de Tabriz, ces 99 coups de fouet dûs selon l’avocat à la publication dans le quotidien britannique Times d’une fausse photo de Sakineh sans foulard Islamique, ont déjà été administrés à l’Iranienne la semaine dernière.
Pour tout comprendre du complexe cas Sakineh
Sakineh Mohammadi Ashtiani a 43 ans, est veuve et a deux enfants. En avril 2006, le tribunal de la province d’Oskou la condamne à 99 coups de fouet pour « relation illégale » avec deux hommes, peine qu’elle reçoit quasi instantanément.
Quelques mois plus tard, son mari est retrouvé mort, électrocuté dans sa baignoire. Les soupçons des enquêteurs se dirigent vers Sakineh et vers le cousin de son mari, Issa Tahéri.
En septembre 2006, Issa Tahéri est reconnu coupable de meurtre contre son propre cousin et condamné à la pendaison. Sakineh, elle, est blanchie mais, à l’occasion du procès du meurtre de son mari, le juge de la province d’Oskou réouvre le dossier d’adultère. Sans aucune preuve, ni témoin (affirmation de l’avocat) et en se basant uniquement sur sa « propre science », le juge condamne Sakineh à 10 ans de prison pour « relation illégale ». Lors de la confirmation de la peine par le juge de la ville de Tabriz, celui-ci commue la peine de prison en lapidation. Issa Tahéri, père d’une petite fille, bénéficie quant à lui du pardon de Sajjad, le fils de Sakineh. Selon ce dernier, il serait aujourd’hui libre.
La République islamique affirme depuis que Sakineh, en plus d’être coupable d’adultère, s’est également rendue coupable de « complicité de meurtre », une affirmation qui, selon son avocat Javid Houtan Kian, est totalement fausse étant donné que sa cliente a été lavée de tout soupçon (preuves à l’appui).
Juillet 2010, grâce aux témoignages du fils, Sajjad, mais aussi de l’autre avocat de Sakineh, Mohammad Mostafaei, à la presse internationale, une vaste campagne de soutien à l’iranienne force les autorités du pays à annoncer la suspension de la lapidation.
Encore faux, répond l’avocat Houtan Kian, qui explique que selon le dossier d’adultère de sa cliente, la peine de lapidation peut toujours être appliquée à tout moment.
Août 2010, après les révélations du sort de Sakineh à la presse mondiale, l’autre avocat de Sakineh, Mohammad Mostafaei, est forcé de fuir l’Iran pour s’exiler en Norvège suite à un mandat d’arrêt contre lui. Sa femme est détenue pendant une semaine à Téhéran pour le forcer à revenir.
Le 11 août dernier,Sakineh est contrainte de procéder à des « aveux télévisés », où elle affirme avoir entretenu une liaison adultère avec le meurtrier de son mari, et surtout avoir joué un rôle dans l’assassinat.
Fin août, le dossier du meurtre disparaît. Les forces de sécurité du pays envahissent à plusieurs reprises le domicile de l’avocat Javid Houtan Kian pour se saisir des dernières preuves du dossier – raison pour laquelle, Kian et Sajjad craignent qu’après avoir obtenu les « confessions » de Sakineh, les autorités iraniennes ne soient en train de modifier le dossier du meutre du mari pour mieux pouvoir exécuter Sakineh.
Surtout que, comme l’a affirmé son fils hier, le mois sacré du Ramadan, durant lequel toutes les exécutions sont suspendues, s’achève vendredi.
