» Zooscénographie de l’acteur non humain ». Brebis paniques d’Arrabal.

 

« …Les brebis paniques de Fernando Arrabal dans Le jardin des délices, attestent que le bestiaire théâtral est aussi étendu que sa représentation est complexe. La diversité des supports qui s’évertuent à fixer leur présence – textes littéraires, gravures et illustrations, programmes, tournages audiovisuels, etc. – témoignent de la difficulté d’une telle entreprise, en mettant en exergue le recours obligé à des mécanismes qui vont au-delà du texte écrit.

Même si on ne saurait affirmer que William Shakespeare utilisa un animal réel pour la mise en scène (et ce, en dépit de la proximité de The Globe avec le bear-pit de Southwark), la large gamme de formats déployés pour faire monter sur les planches le fameux ours conçu par le Barde pour la scène 3 du troisième acte de The Winter’s Tale révèle que la mise en scène d’un animal représente non seulement un tour de force de créativité pour le metteur en scène, mais aussi pour l’écrivain.

L’usage d’un dispositif théâtral déterminé met en évidence une évolution tant de la conceptualisation de l’animal que de la sensibilité du public à l’égard de celui-ci, toutes deux susceptibles de modifier les pratiques scéniques employées dans leur représentation face au public, ainsi que dans leur transcription textuelle. Face à des postures plus traditionnellement anthropomorphiques et logocentriques – des humains qui incarnent physiquement des animaux non humains, des animaux non humains dotés d’un discours articulé humain –, il faut se demander si, aujourd’hui, la textualité de l’animal scénique se montre insuffisante pour développer sa complexité éthologique et si, en conséquence, l’exercice d’écriture lui-même n’est rien de plus qu’un mode supplémentaire de domination et de soumission spéciste de la part de l’homme à travers l’art. Partant, il conviendra de poser dans quelle mesure la manière d’écrire l’animal pour la scène traduit le regard éthique que la société a cristallisé sur lui. Les récentes propositions en mode conceptuel abondent sur le besoin d’accorder une plus grande liberté scénique à l’animal non humain. Comment cette liberté (et imprévisibilité) se marie-t-elle sur les planches avec l’écriture dramatique ? Comment capturer au moyen de l’art l’animal en liberté ?  »

 

Journées d’études organisées autour du projet de recherche  » Zooscénographie de l’acteur non humain », financé par le Ministère espagnol de l’Économie, de l’Industrie et de la Compétitivité (Référence FFI2017-83475-P). RESPONSABLES : Claudia Alonso y Ignacio  Ramos Gay    (Université de Valence, Espagne)

***

 

Le Jardin des délices

de Fernando Arrabal

Création au Théâtre Antoine  (Paris)

Mise en scène    Claude Régy
Interprétation Delphine Seyrig (Laïs)
Bernard Fresson (Zenon)
Marpessa Dawn (Miharca)
Jean-Claude Drouot (Teloc)
Voix off
Michelle Lonsdale, Madeleine Renaud, Claude Pieplu, Jean Rochefort
Scénographie Agustino Pace
 Costumes Paco Rabanne
 Musique Jean -Pierre Drouet et Michel Portal
Production Théâtre Antoine  (Paris)
***
Le Jardin des délices.
De Fernando Arrabal Mise en scène de Keti Irubetagoyena

Lais, une célèbre actrice, s’est retirée du monde. Enfermée dans son château isolé, elle s’est inventé son propre univers peuplé de créatures étranges, à l’image du tendre Zénon. Elle est également hantée par son passé qu’elle fait renaître au cours de ses visions successives.

Et des brebis paniques…

Mais une enquête policière va venir perturber son quotidien…

Au fil de la pièce, ces réminiscences se font alors de plus en plus prégnantes jusqu’à brouiller la frontière entre passé et présent, onirisme et réalité…

« Travail précis, espace utilisé avec intelligence, décor minimaliste mais tellement astucieux, direction d’acteurs professionnelle. Une joie de voir et de primer ces jeunes talents qui promettent la relève. » Andonis Vouyoucas

Par la troupe de l’École Normale Supérieure Lettres et Sciences Humaines de Lyon, spectacle vu pendant le Festival National de Théâtre des Grandes Écoles et Universités à Cannes (1er prix à l’unanimité).