Alors que le Sénégal s’enfonce dans une spirale répressive sans précédent contre les minorités sexuelles, le Botswana trace la voie de la dignité en dépénalisant l’homosexualité. Face à ces deux trajectoires opposées, la France et l’Europe ne peuvent plus rester de simples observatrices.

Le Sénégal : une descente aux enfers documentée

Au Sénégal, le ciel s’est obscurci pour des milliers de citoyens.

Depuis la promulgation d’une législation durcissant drastiquement la répression, l’homosexualité n’y est plus seulement un tabou, elle constitue un crime passible de 10 ans de prison. Ce doublement des peines a agi comme un signal vert : celui d’une chasse à l’homme décomplexée.

En l’espace de deux mois seulement, plusieurs dizaines d’arrestations ont été formellement recensées, et le chiffre réel dépasse sans doute les deux cents. Derrière ces statistiques, ce sont des visages, des cris et des vies brisées par les insultes et les agressions physiques.

Plus grave encore, cette traque se nourrit d’une désinformation médicale révoltante. On accuse, sans preuve, les membres de la communauté LGBTQIA+ d’infecter volontairement leurs partenaires avec le VIH. En tant qu’acteur de la lutte contre le sida, je rappelle une vérité scientifique incontestable : grâce aux traitements antirétroviraux, une personne dont la charge virale est indétectable ne transmet plus le virus.

Utiliser la maladie pour justifier la haine est une manipulation indigne d’un État de droit.

Le Botswana : la preuve que le progrès est possible

Pourtant, cette régression n’est pas une fatalité continentale. À l’autre bout de l’Afrique, le Botswana a envoyé un message d’espoir universel.

En confirmant la dépénalisation de l’homosexualité, la justice botswanaise a rappelé que les droits humains ne sont pas des valeurs « importées », mais des principes de protection pour chaque citoyen, sans exception.

Ce tournant historique prouve qu’une autre voie est possible.

Le Botswana a choisi de ne plus criminaliser l’amour, préférant la cohésion nationale à la division haineuse. Ce pays nous montre que l’on peut respecter ses traditions tout en embrassant la modernité des droits fondamentaux.

Si Gaborone l’a fait, pourquoi Dakar s’enfermerait-elle dans l’obscurantisme ?

L’impuissance diplomatique doit cesser

Face à l’appel au secours des Sénégalais qui nous supplient de les aider à fuir pour simplement rester en vie – personnellement, je reçois des dizaines de messages d’appel au secours tous les jours, ce que je n’ai jamais connu –, le silence des chancelleries est assourdissant. La France, pays des Droits de l’Homme, se doit d’être à la hauteur de son héritage.

C’est pourquoi j’ai lancé un appel au président de la République française, pays des droits humains, pour deux actions concrètes :

1. L’octroi de visas d’asile humanitaire. Il est urgent de permettre aux personnes LGBTQIA+ sénégalaises, dont la vie est directement menacée par la loi et la vindicte populaire, de trouver refuge sur notre sol.

2. Une impulsion européenne. La France doit mener une action diplomatique forte pour que l’Union européenne adopte une position commune de protection face à ces urgences vitales.

Choisir le côté de l’histoire

Nous ne pouvons pas nous contenter de déplorer.

Entre le modèle répressif qui s’installe au Sénégal et le modèle d’inclusion qui émerge au Botswana, et bien avant lui d’Afrique-du-Sud, nous devons choisir notre camp.

J’en appelle vraiment au Président, ne laissons pas l’impuissance devenir notre doctrine.

En accordant ces visas, la France ne ferait pas seulement un geste humanitaire ; elle rappellera au monde que la dignité humaine n’est pas négociable.

Pour ceux qui, au Sénégal, vivent aujourd’hui la peur au ventre, le temps n’est plus à l’indignation, mais au sauvetage.


Jean-Luc Romero-Michel, Président d’Élus Locaux Contre le Sida, militant des droits humains, à lancé une pétition : « Sénégal : Urgence visas d’asile ».

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