Il y a vingt-trois ans des riches inconscients se sont partagé l’héritage du surréalisme et d’André Breton. Et même pas en Flagrant délit.
Tout fut vendu aux enchères. En cette occasion Capitale de la douleur. Du « mal dolor », « cher » à Lautréamont.
L’ensemble : au plus offrant. Tout dépecé. Éparpillé : livres de bibliophilie, lettres, lithographies, gravures, tableaux et autres cadavres exquis avec Le revolver à cheveux blancs. Tout fut trituré, consommé.
– Prenez et mangez, ceci est mon corps.
Ouiiii, ce fut seulement il y a vingt-trois ans. En 1927, André Breton avait écrit Introduction au discours sur le peu de réalité.
– « Tout doit disparaître ! »
André Breton, au « 42 rue Fontaine », m’avait reçu… Comme tant de surréalistes. En célébrant le rite du verre de rhum blanc. Et de la charmeuse de serpents. Il a habité cette retraite monacale depuis 1922 jusqu’à son occultation ; exactement deux ans avant de rédiger le premier Manifeste du surréalisme, jusqu’à sa disparition en 1966 à l’âge de 70 ans.
Mais nous n’avons pas réussi à créer un musée avec tout ce que le poète Breton avait engrangé grâce à la clé des champs. Ce fut un outrage pour la culture. Un défi au sens commun. En 1926, André Breton avait écrit Légitime défense.
Pendant des annèes j’ai assisté quotidiennement à la réunion présidée par lui. À La promenade de Vénus ont été rédigées ou rééditées quelques proclamations. Comme Le surréalisme est à la portée de tous les inconscients. Nous n’aurions pas pu imaginer que cet avis allait être un faire-part du souvenir de la vente en 4.200 lots.
En 1919, André Breton avait écrit Mont de piété. Nous ne pouvions, là encore, imaginer que quelques années plus tard ce titre se révélerait prémonitoire, transpercés par les sept poignards de la Vierge des Douleurs.
En 1924, André Breton avait écrit Les pas perdus. Il dira :
– Qui a participé à ces discussions avec des tout-puissants sait ce qu’est l’humiliation.
De 1930 à 1933, André Breton a dirigé la revue Le surréalisme au service de la révolution. En 1937, il avait écrit De l’humour noir.
Un millier d’artistes, bibliothécaires et écrivains ont demandé des Vases communicants, un musée « together and only together », un espace permanent d’art et poésie. Ils ont proclamé : « On ne l’a pas fait. Nous n’ajouterons rien à notre dégoût, notre indignation et notre profond chagrin. »
André Breton mourut en 1966, surréaliste, croyant ce que les puissants lui avaient promis : un musée. Le Président, encore en 1988, le dira à Élisa Breton : « Tout sera fait ». En 2003 toutes les merveilles surréalistes furent dispersées en 4.200 lots…
*
Sans conseiller, sans aucune connaissance juridique hormis mes vagues études à Madrid jusqu’en 1954, je me souviens avec émotion de notre très cordiale rencontre de quatre heures à Paris, le 16 mars, qui s’acheva par une accolade à six.
Le MAM Afrique-Europe (sites « Nieto y Nieto » et « Phénicie ») est le musée que mes amis André Breton, Louise Bourgeois, Marcel Duchamp et Leonora Carrington auraient très certainement désiré, qui les aurait surpris et émerveillés (s’ils l’avaient connu).
Ils déploraient, d’Andy Warhol à Simone de Beauvoir, d’Umberto Eco à Nathalie Sarraute… comme ils me l’ont confié, l’absence d’un musée semblable après leur disparition (ou leur occultation). À l’époque où il était encore impossible, voire inconcevable, de trouver un lieu garantissant la protection intégrale de leurs œuvres ; quand Dalí décida de confier l’ensemble de son œuvre au prodigieux musée de Figueres…
Je rêvais que nous venions de signer l’accord définitif. Et que tout ce qui était destiné au musée était déjà en cours de transport. Toutes les collections des cinq maisons : des tableaux de maîtres aux cadavres exquis et à la Fontaine des Merveilles…
Un musée qui portera, pour la première fois (dérogeant à la tradition internationale), les noms de : Afrique et Europe.
Documents








