Rousseau. L’ambition de la peinture, Musée de l’Orangerie de Paris
« Tu as bien tort de ne pas aimer ma peinture, tu en auras un jour pour plus de cent mille francs ! » Cette phrase, rapportée par la fille d’Henri Rousseau, sonne autant comme un défi que comme une prophétie dans la bouche d’un peintre qui peine à vivre de sa maigre retraite d’employé municipal. Archaïsme et innovation, innocence et audace, se mêlent dans ses œuvres. Le peintre réalisait des portraits de ses proches, d’amis artistes ou de simples habitants du quartier populaire de Plaisance : il prenait des mesures précises des visages de ses modèles et utilisait parfois le pantographe, un appareil permettant de reproduire les formes tout en respectant leurs proportions.

« Moi-même. Portrait-paysage pour le Salon des Indépendants de 1890 ». Comme dans un portrait officiel, il est représenté debout, raide, vêtu d’un costume noir avec une médaille à la boutonnière (peut-être la reconnaissance académique qu’il désirait tant ?). Son béret est bien en place et il tient fièrement sa palette et son pinceau. Le navire décoré, la montgolfière flottant parmi les nuages, et même la tour Eiffel, apparue dans le ciel parisien un an auparavant, semblent célébrer la gloire du peintre et de la modernité.
Il se décrira comme l’inventeur du « portrait-paysage ». Fernand Léger rencontra Rousseau par l’intermédiaire de Robert Delaunay en 1909. Grand admirateur de son œuvre, Léger lui rendit un hommage explicite avec son tableau Le Mécanicien (1918). Il voyait en celui qu’Apollinaire appelait le « maître du plaisir » le digne représentant d’un « réalisme de conception » dont il situait les racines dans les œuvres des primitifs italiens.
Rousseau ouvrait une nouvelle voie vers la modernité. Son Portrait de l’artiste à la lampe, et le tableau qui l’accompagne, celui de Sa seconde épouse, appartinrent longtemps à Delaunay, avant d’être acquis par Picasso, comme celui-ci me l’a confié – avec une certaine fierté ?
« Quand j’entre dans ces vignes et que je vois ces étranges plantes venues de pays exotiques, il me semble que je suis entré dans un rêve ! Je me sens un tout autre homme... »
Ce sont ses compositions de jungles qui valent à Rousseau les premiers éloges de la critique, parmi lesquels ceux du poète Guillaume Apollinaire qui remarque, dès le Salon des indépendants de 1891, la première toile de ce nouveau genre : « Son tigre surprenant une proie est à voir ; c’est l’alpha et l’oméga de la Peinture. »

Cinq « arrabalesques »
« …quand la ruche devient agnostique, les abeilles créent-elles un dieu ? »
« …je suis né cafard… quelle chance ! »
« …la girouette égocentrique est certaine de guider le vent. »
« …les perroquets les plus authentiques parlent-ils l’espéranto sans accent ? »
« …pourquoi le “moi ” des autres est-il si agaçant et malvenu ? »
Cinq cadavres exquis
Pour moi, le cadavre exquis « consiste à proposer une image ou un poème sous plusieurs aspects contradictoires et, si possible, déroutants, de sa propre personnalité ; sans tenir compte d’aucun discours, principe ou règle quelconque ». Avant ma naissance, c’était un jeu où Prévert, Tanguy et Duhamel composaient une phrase ou faisaient un dessin sans pouvoir se référer aux contributions précédentes. De 1960 à 1970, nous avons exploré ma distinction, Max Ernst, Miró, Man Ray, Tzara, Breton, Wilfred Lam, Robert Desnos…





