Fort de la tradition d’impunité dont il bénéficie pour l’ensemble de ses crimes – à commencer par le génocide arménien – l’État turc continue visiblement à envisager la violence, quand ce n’est pas le massacre, comme un mode de règlement banal des problèmes. Les Kurdes en font une énième fois les frais depuis l’édification de cette «République» en 1923. Comme à l’accoutumée cette situation soulèvera son lot d’indignations. Mais l’enseignement de l’histoire ne laisse aucun doute dans l’esprit d’Erdogan : le crime est payant. Il l’a été contre les Arméniens, les Assyro-chaldéens, les Grecs, les Chypriotes, pourquoi ne le serait-il pas contre les Kurdes ? Ses alliés pourront bien agiter les menaces de représailles. Il n’en a cure. Comment les prendre au sérieux quand son État n’a cessé de prospérer sur les trahisons du monde occidental à l’égard de ses «protégés» – l’épisode kurde constituant le dernier segment de ce long chemin parsemé de charniers.
L’Amérique de Trump occupe hélas une place de choix au bal des traîtres. Mais finalement pas à celui des hypocrites. Le chef de la Maison Blanche, tout à son cynisme, s’est en effet à peine donné le mal de maquiller ses intentions, en indiquant le 6 octobre qu’il se laverait les mains de cette attaque turque annoncée. On ne reviendra pas ici sur l’inconséquence stratégique de la posture d’une Amérique qui a pourtant payé au prix fort la montée d’Al Qaïda et autres Daech, dont les Kurdes ont été les premiers adversaires, tant en Irak qu’en Syrie. En les abandonnant à leur sort elle affaiblit non seulement son principal rempart sur le terrain, mais elle ouvre grand la porte au cheval de Troie islamiste qui fait son retour militaire sur le champ de bataille à travers les supplétifs djihadistes agissant sous la bannière turque. Et ce sans compter l’argumentaire que ne manquera pas de fournir à l’intégrisme l’affligeante immoralité «des mécréants» toujours prêts à sacrifier leurs amis et leurs principes pour les intérêts du moment.
Faut-il se résigner à cette fatalité ? La force des réactions des opinions à cet énième avatar des menées du panturquisme doit prouver que non. Il ne s’agit pas uniquement d’une question de valeur ou de principe. Il en va de l’avenir des Kurdes et de la paix dans la région, mais aussi, cette fois-ci, de la sécurité de nos démocraties qui sont directement visées par cette attaque contre leurs alliés. Quand bien même, ne voudraient-elles pas le comprendre.


L’Institut kurde de Paris, la revue La Règle du Jeu et le CCAF (Conseil de Coordination des organisations Arméniennes de France) appellent à une
Manifestation en soutien aux Kurdes de Syrie
Ce samedi 12 octobre 2019, à 11h30
à l’Esplanade des droits de l’homme, place du Trocadéro

Intervenants présents : Bernard-Henri Lévy, Caroline Fourest, Kendal Nezan, Dominique Sopo, Patrick Klugman, Bernard Kouchner, Pascal Bruckner, Ara Toranian, Mourad Papazian, Hugues Dewavrin, Bernard Schalscha, Gilles Hertzog, Raphaël Glucksmann, Mohamed Sifaoui, Patrice Franceschi.

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