Avec le respect que je leur dois, je pense que Serge Klarsfled et Bertrand Delanoë vont trop vite. D’abord parce que Céline est, évidemment, et sans discussion possible, au nombre des très grands écrivains du XXe siècle francais. Mais ensuite parce que cette commémoration doit précisément servir à explorer l’énigme qui fait que l’on peut etre à la fois ce très grand écrivain et ce parfait salaud. La commémoration ne servirait-elle qu’à cela, ne serait-elle que l’occasion de rappeler, notamment aux jeunes générations, comment le meme homme peut donner l’admirable « Voyage au bout de la nuit » et les abjects pamphlets antisémites de son époque fasciste, ne permettrait-elle que de commencer de comprendre le lien obscur et monstrueux qui a pu exister, chez Céline mais aussi chez d’autres, entre le génie et l’infamie, qu’elle aurait été non seulement légitime mais utile et nécessaire.

 

22 Commentaires

  1. Il faudrait peut-être dire avec sincérité que cette communautarisation en Autriche prenait un côté sectaire qui « peut-être » commencé à gêner le développement de la société autrichienne.

    Ps : je me situe dans une démarche de compréhension de l’Histoire.

    Ps 2 : en même temps Hitler aurait fait partie du Front Populaire on aurait tous ensemble pendant les congés payés profiter de la vie sans faire la guerre cela serait aller plus vite…

  2. Pour bien comprendre la Shoah il faudrait lire et le Lévitique (idée de sacrifice prophétisée) et « Mein Kampf »…

  3. Hitler a séjourné à Vienne où paraît-il la communauté juive était présente sous la formule de Marx dans le Capital : « les juifs dans les pores de la société polonaise » tout simplement parce qu’ils vivaient en communauté.

    L’antisémitisme venait simplement de cet aspect visuel des choses !

    Bouc émissaire facile : Hitler étant anti-bolchévique également…

  4. Je pense que Frédéric Mitterrand à bien fait de ne pas commémorer Céline…

  5. Moi je pense que Frédéric Mitterrand a bien fait de l’annuler des commémorations.

    Le suicide n’est pas à conseiller !..

  6. j’ai lu celine en commençant par le voyage au bout de la nuit , j’avais 14 ans . ensuite au hasard , le reste . Louis Ferdinand Celine n’est pas un ecrivain majeur comme on nous le surine depuis trop longtemps , jusqu’au cahier de l’herne et son pavé, notable quantité d’importance nulle . celine est un opportuniste de ceux que Ferré nomait : » les vielles poufiasses littéromane » .

  7. Frédéric Mitterrand supprime Céline de son calendrier de «Célébrations nationales»

    ***

    Le choix de Céline était un choix imbécile et irresponsable car Céline n’est pas un auteur que l’on peut célébrer comme l’on célèbrerait Hugo, Giono, Pagnol, Simenon…

    Faire le choix d’inclure Céline à une telle célébration, c’est faire preuve d’un manque de discernement indigne d’un ministre de la République, et qui plus est, ministre de la culture qui, jour après jour, s’avère être un très mauvais « politique » (méconnaissances des symboles et de leur utilisation) ; un Frédéric Mitterrand maladroit, inconstant, incohérent, et bien superficiel finalement.

    ***

    Non ! Céline n’est pas un auteur comme les autres ; son racisme, son anti-sémitisme, sa haine de l’humanité interdisent toute tentative de normalisation, voire de banalisation, d’une oeuvre qui, aussi originale soit-elle, impose un devoir de vigilance (« oeuvre originale » dans le sens de… oeuvre sans précédent, si on oublie un moment celle du Marquis de Sade… mais dans un tout autre domaine : celui des moeurs, de la sexualité et du pouvoir).

    Auteur d’exception, Céline ne convient pas une telle célébration même si son œuvre mérite bien mieux qu’une célébration qui le rangerait parmi d’autres figures littéraires qui ne pourront jamais prétendre à un tel régime (régime d’exception) dans ce vaste champ d’investigation de nos démons les plus intimes et les plus obsessionnels qu’est aussi la littérature.

  8. Faut-il brûler l’oeuvre de Céline, ne plus le trouver dans les bibliothèques, idem pour Drieu La Rochelle qui a bercé mon adolescence, et en ce moment se détourner de Françoise Giroud pour ses écrits antisémites à la famille de son amant, faut-il rayer Françoise Mitterrand des commémorations pour son passage à Vichy, la liste serait longue, il vaut mieux chercher à comprendre, essayer de trouver le pourquoi ? Et les grands écrivains qui étaient en zone libre à se prélasser pendant que les hommes étaient au front en 1940 faut-t-il les brûler ? Il n’y a rien de plus riche qu’un livre. Devons nous « moraliser » l’écrivain ? Alors brûlons Sade. Je suis pour la liberté d’expression, sinon il n’y aurait pas débat n’est-ce pas ?

  9. Frédéric Mitterrand supprime Céline de son calendrier de «Célébrations nationales»

    ***

    Le choix de Céline était un choix imbécile et irresponsable car Céline n’est pas un auteur que l’on peut célébrer comme l’on célèbrerait Giono, Pagnol, Simenon… (auteurs de l’unanimité et du consensus).

    Faire le choix d’inclure Céline à une telle célébration, c’est faire preuve d’un manque de discernement indigne d’un ministre de la République, et qui plus est, ministre de la culture qui, jour après jour, s’avère être un très mauvais « politique » (méconnaissances des symboles et de leur utilisation) ; un Frédéric Mitterrand maladroit, inconstant (capricieux ?), incohérent et superficiel.

    ***

    Non ! Céline n’est pas un auteur comme les autres ; son racisme, son anti-sémitisme, sa haine de l’humanité interdisent toute tentative de normalisation, voire de banalisation, d’une oeuvre qui, aussi originale soit-elle, impose un devoir de vigilance (« oeuvre originale » dans le sens de… sans précédent, à l’exception du Marquis de Sade… mais dans un tout autre domaine : celui des moeurs, de la sexualité et du pouvoir).

    Auteur d’exception, Céline ne convient pas une telle célébration même si son œuvre mérite bien mieux qu’une célébration qui le rangerait parmi d’autres figures littéraires qui ne pourront jamais prétendre à un tel régime (régime d’exception) dans ce vaste champ d’investigation de nos démons les plus intimes et les plus obsessionnels qu’est aussi la littérature.

    Pour rebondir et prolonger… cliquez auteurs et écritures

  10. Merci à Mr Mitterrand d’avoir pris cette courageuse décision, hors de toute pression, bien sûr, au nom de tous les non Juifs insultés par Céline pour qui les Aryens étaient une « sale race de cons dégénérée… l’aryenne étendue de brutes bornées, crédules, divisées…  » concluant :
    « Je me demande toujours ce qui est le plus dégueulasse, une merde de Juif bien aplatie, ou un bourgeois français tout debout…lequel qu’est infect davantage Je peux vraiment pas décider ».
    Bagatelles pour un massacre, p.40 et 67
    ou encore :
    « Aryen pourri vaut pas mieux que le Juif, peut être un peu moins ».
    Les beaux draps, p.120

  11. Je voulais juste donner le point de vue de l’inculte que je suis, au nom de tous ceux qui s’intéressent à bien des sujets, aiment lire et réfléchir, mais ne savent pas tout des sujets ici traités, loin s’en faut.
    En l’occurrence (oh scandale ?), je ne connais Céline que de nom… Aussi, je remercie La Règle du Jeu et ses lecteurs commentateurs de m’éclairer sur un sujet, évoqué nationalement, qu’a mon avis nombreux ne connaissent pas…
    Il est important de se rappeler dans ce monde ouaté de la « culture » et plus encore de la philosophie (c’est mon avis) qu’on peut lire ces articles, s’intéresser au monde et n’avoir jamais étudié la philo 🙂 …
    et oui ! là encore , je rend hommage à BHL, car il est mon premier vrai contact avec une certaine approche de la philosophie, car a mon grand regret, je n’ai pas travaillé cette matière…trop pressé de travailler, d’être « indépendant »…. je ne dois pas être ici le seul dans ce cas, y avez vous songé ?
    Aussi, n’oubliez pas ici ceux qui ne connaissent pas bien les sujets traités mais y sont attentifs:
    bien au contraire, il faut, comme c’est justement le cas aujourd’hui avec cet article à propos de Céline, susciter l’envie d’aller plus loin…
    Je vais m’empresser de me procurer “Voyage au bout de la nuit” … ce sera un pas de plus vers la connaissance, et tout cela me donne envie de mieux connaître aussi cet homme visiblement controversé…
    A cet égard, vos avis convergent et se résument dans celui de Florence: « J’aime l’écrivain mais je déteste l’homme et ses idées » Merci d’avoir ouvert par le débat, l’appétit d’en savoir un peu plus.

  12. Céline correspond à un modèle de conduite insupportable, immorale et detestable. Donc une commemoration justifie l’infamie antisemite.

  13. Céline fue un médico dedicado a sus pacientes, se alistó voluntario en dos ocasiones para combatir por Francia y quedó inválido en un 75%, afecto de Menière y con un brazo inutilizado. Y es probable que no fuera más antisemita que la mayoría de los franceses, como nos dejaron escrito Irène Nemirovsky y Albert Cohen. Es interesante y sorprendente recordar que los trenes hacia Auschwitz salieron antes de París que de Roma, aliada de Berlín. Si en España hubiera un escritor de la talla de Céline, no me importaría que se le homenajeara como a tal. Que Josep Pla, uno de los escritores más grandes del siglo XX no lograra el Premi d’ Honor de les lletres catalanes por su pasado franquista me pareció ridículo. Lo interesante sería investigar el extraño caso del Dr. Destouches y Mr. Céline. A bien tot.

  14. Je trouve de plus en plus inquiétante la forme que prend la lutte contre l’antisémitisme. Condamner la pensée nazie (ou tout ce qui s’en rapproche, de près comme de loin) relève de moins en moins d’un fait de pensée et prend, de plus en plus, la figure d’un argument d’autorité. Bref, on en fait un dogme. Et l’on sait bien ce qu’il arrive inéluctablement de tout dogmatisme : on a de cesse que de vouloir les renverser pour les remplacer par leur contraire. L’antisémitisme devrait être pensé, c’est-à-dire étudié librement et personnellement : cela veut dire, notamment, que l’on devrait accepter de prendre le risque que certains y adhèrent. Pour ma part, je préfère vivre dans un monde où il y aurait quelques antisémites convaincus et une majorité qui rejettent cette détestation d’après le libre exercice de leur raison à l’issue de l’étude de ce phénomène. Au lieu de cela, ce que nous avons, ce sont des anti-antisémites « idiots », qui, lorsqu’on leur demande pourquoi ils condamnent le racisme, ne peuvent que répondre : « parce qu’on nous a dit que c’était mal », « parce qu’on nous a dit que c’était comme cela qu’il fallait penser ». La conséquence de cela c’est que, lorsque les arguments d’autorité ne manqueront pas d’être renversés, nous auron cohorte d’antisémites ; et ils le seront non par conviction mais seulement par rébellion. Le Mal est une chose que chaque homme doit étudier dans l’intimité de son coeur ; le rôle de l’enseignement est de donner matière à penser et, en aucun cas, d’imposer une réponse qui se déclare définitive. A façonner des esprits à détester le Mal, tout ce qu’on obtient ce sont des esprits capables de détester ; et la versatilité de l’objet de la détestation fait que l’on se trouve tout étonné lorsqu’on se rend compte qu’on récolte exactement le contraire de ce qu’on a semé.

    Qu’en pesez-vous ?

    (En tout cas, très bonne mise au point de Bernard-Henri Lévy dans sa réaction à la décision de Mr. Mitterrand).

  15. Je suis heureux de vous lire , je trouve scandaleux la réaction du ministre
    Nous savons ce que Céline a produit de nauséabond et d’intolérable , l’humain n’était en rien admirable mais l’auteur mérite que l’on respecte l’oeuvre , la langue et le style qui s’inscrit dans notre longue histoire de la littérature
    Doit on commémorer la mort de l’homme ou de l’écrivain ?
    Je pense que l’écrivain le mérite

  16. Louis-Ferdinand Céline ou la littérature de l’échec

    _________

    Quelles interprétations donner à la haine célinienne, et pas seulement dans les pamphlets ?

    D’aucuns s’interrogent sans fin, les raisons à la fois inavouables et inconscientes de cette haine semblant échapper à l’auteur lui-même qui, sur le fond, ne s’en excusera jamais : « J’ai eu le tort de l’ouvrir ; j’aurais mieux fait de rester à ma place. Mais aujourd’hui encore, je défis qui que ce soit de m’apporter la contradiction sur ce que j’ai pu écrire à cette époque ».

    Qu’à cela ne tienne !

    Rien ne remplace une biographie ! Celle de l’enfance ; sans oublier, en ce qui concerne notre auteur, la généalogie de la famille Destouches.

    ***

    Fils de Fernand Destouches issu d’une famille de petits commerçants et d’enseignants, et de Marguerite Guillou, famille bretonne venue s’installer en région parisienne pour travailler comme artisans…

    Le Père de Céline, homme lettré mais incapable d’épargner à sa famille la hantise du prochain terme à payer (hantise qui sera très longtemps aussi celle de Céline) était opposé aux études, gardant à l’esprit sa propre expérience : « Les études, c’est la misère assurée » disait-il à son fils.

    Une mère dentellière, travailleuse indépendante qui vivra péniblement de son métier et de sa boutique…

    Lourd de sens, Céline ajoutera : « On a toujours été travailleurs dans ma famille : travailleurs et bien cons ! » (c’est là un fils d’artisan qui s’exprime, et non un fils d’ouvrier ; distinction importante).

    Certificat d’études en poche, un rien désœuvré, Céline joint l’armée très tôt, même si, en 1919, il reprend le chemin de l’école, passe son Bac – il a alors 26 ans -, avant d’embrasser la médecine, véritable vocation de Céline, et ce dès l’enfance ; il se dit « guérisseur dans l’âme ». Il étudiera la médecine dans les livres, seul, le soir, tout en travaillant le jour, même si jamais cette médecine ne lui permettra de joindre les deux bouts (… de payer son terme) : il fermera son cabinet de Courbevoie très vite après son ouverture – fait lourd de conséquences.

    Céline conjurera ce qui n’est pour l’heure qu’une déconvenue, en se lançant dans l’écriture, et entreprendra un long, un très long Voyage (1)

    Il poursuivra sa vocation de médecin auprès des pauvres – dans les dispensaires -, non pas par charité mais tout simplement pour la raison suivante : de par son appartenance sociale, et après l’échec de son installation à Courbevoie, Cécile ne pouvait en aucun cas prétendre à une meilleure situation et à une autre clientèle.

    1 – Il se vantera d’avoir écrit son « Voyage au bout de la nuit »… avec pour seul souci : être à l’abri du besoin, assuré qu’il était du succès de son récit : « cet ouvrage, c’est du pain pour un siècle de littérature, le prix Goncourt assuré pour l’éditeur qui s’engagera ».

    Céline avait vu juste : ce sera le succès, mais le prix Renaudot pour consolation.

    ***

    Hormis son appartenance de classe (on y reviendra plus tard), sur un plan générationnel, Céline demeure un pur produit de la France de l’après boucherie de 14-18, avec le traumatisme de la trahison de l’espoir et les humiliés de Bernanos ; génération sacrifiée dont nul n’attendait le meilleur ; l’époque l’interdisait : elle n’en avait plus besoin (à ce sujet, difficile de ne pas penser au père de Céline). Aussi, ce meilleur dont l’époque ne savait que faire, cette génération l’a accumulé jusqu’à devenir une force. Et quand cette force s’est libérée, de quoi a-t-elle accouché ? De quelles actions vertueuses ? Ou bien, de quels desseins monstrueux pour avoir trop longtemps macéré dans la frustration, le ressentiment, l’impuissance, la retenue et le dépit ?

    Ce meilleur-là a alors donné naissance au pire qui est souvent, en littérature, le meilleur.

    Céline se dit athée et mystique ; craignant sans doute tout autant l’étiquette d’humaniste que celle d’anti-humaniste, il revendique le fait de ne pas s’intéresser aux hommes mais aux choses. Ecrivain et chroniqueur, pour Céline, écrire c’est mettre sa peau sur la table : la grande inspiratrice, c’est la mort ; à la fois risque et certitude que cette mort.

    Homme sans joie, chez Céline, le vulgaire, c’est l’homme qui fait la fête ; l’homme qui souffre est seul digne de considération ; et pour cette raison, rien n’est plus beau qu’une prison, puisque les hommes y souffrent comme nulle part ailleurs. Et son Voyage s’en fera largement l’écho… jusqu’au bout de la nuit…

    Nuit noire… pour une littérature de l’échec : échec en tant que médecin (sa seule véritable vocation : on ne le rappellera jamais assez !) ; échec de la mère de l’auteur qui mourra épuisée et aveugle à l’ombre du ressentiment d’un mari déclassé…

    Et si… avant de mettre le feu à la littérature, l’exercice de cette médecine qui ne le mettait nullement à l’abri du besoin a pu contribuer à son dégoût plus social qu’humain (Céline n’a pas toujours su faire un tel discernement) pour cette organisation de l’existence dans laquelle on ne fait décidément que l’expérience de l’échec…

    Dans les années trente, nonobstant le succès littéraire de son Voyage (à la fois succès commercial et succès d’estime), Céline devra faire face à un nouvel échec : celui de son intégration sociale malgré sa tentative désespérée de rallier à lui les classes dominantes – ou pour faire court : toutes les forces qui combattront le Front Populaire -, à coups de pamphlets antisémites et plus encore, pendant l’occupation, en commettant l’erreur (2) de soutenir un régime et une idéologie par avance condamnés à l’échec.

    Encore l’échec !

    2 – Les ignorants plus que les imbéciles… osent tout ; c’est d’ailleurs à cela qu’on les reconnaît ; ce qui, par ailleurs, n’empêche nullement l’expression et l’épanouissement de leur talent, voire de leur génie.

    A la décharge de l’auteur… on précisera : erreur due à l’absence de culture politique et historique au sein d’une classe dépourvue des outils conceptuels propres à la compréhension de l’organisation d’une société.

    On pensera aussi au suicide social d’un Céline aveugle pour qui le peuple n’est qu’une masse sans forme et sans distinction « … dont le sadisme unanime procède avant tout d’un désir de néant profondément installé dans l’Homme… une sorte d’impatience amoureuse, à peu près irrésistible, unanime, pour la mort » ; et à ce sujet, il semble que Céline ait partagé ce désir et cette impatience.

    Pour ce qui est de l’idée de décadence qu’il partageait avec Drieu la Rochelle, entre autres, ne l’a-t-il pas épousée comme personne cette décadence en soutenant un régime décadent par excellence : celui des Nazis ?!

    Quant à ce monde dans lequel il n’y aurait rien à sauver, Zola dont Céline aurait très bien pu être le fils naturel – il en avait toutes les dispositions -, n’a-t-il pas su, dans le ruisseau de la condition humaine y chercher et y trouver de l’espoir et parfois même, du sublime ? Céline choisissant de se référer à « l’Assommoir » qui convenait tout à fait à l’idée qu’il se faisait des pauvres en général, et des ouvriers en particulier, omettant sans doute volontairement « Germinal », lui pour lequel rien ne devait germer, jamais, de l’espèce humaine mais bien plutôt, pourrir.

    Au sujet de Zola, se reporter au texte de Céline : Hommage à Zola – Médan octobre 1933

    ***

    Céline n’a jamais vraiment quitté son milieu familiale ni sa classe : il n’a jamais cessé de « penser » comme elle ; il n’a jamais su s’en affranchir.

    L’aurait-il fait… nombreux sont ceux qui affirment qu’il nous aurait privés d’une œuvre incomparable. Certes !

    Mais… échec après échec, ne sommes-nous pas aussi tout ce que nos prédécesseurs et nos contemporains ont tenté d’accomplir ? Pays, Etats, régimes, nations, continents, cultures, individus, seuls ou bien en grappes indissociables, nous tous, n’héritons-nous pas de leurs échecs comme de leurs réussites ?

    Et si, pour citer notre auteur, l’amour, c’est l’infini mis à la portée des caniches, Céline n’a jamais cessé d’être ce caniche et tous ses personnages avec lui ; personnages pour lesquels le calice de la réussite est passé loin, très loin d’eux ; calice qu’il ne leur a jamais été permis d’entrevoir, encore moins de saisir, eux tous pourtant à la tâche, jour après jour, indéfectibles, comme d’autres… au temple, zélés et fervents…

    Choisissant alors de retourner toute la violence de son échec et celle d’un déterminisme social dont les parents de l’auteur furent les victimes muettes et résignées, non pas contre lui-même – ce qui nous aurait privés de son œuvre -, mais contre ses contemporains ; et les heureux élus auront pour noms : les plus faibles pour commencer – les pauvres qu’il a soignés sans profit ; puis les juifs – minorité de tout temps bouc-émissaire ; mais aussi.. communauté incarnant l’excellence artistique, scientifique et philosophique, et plus important encore : la réussite sociale ; et en médecine, cette communauté n’était pas non plus la dernière à s’imposer…

    Violence donc… bientôt étendue à toute la société ; et pour finir : à tout le genre humain.

    ***

    N’en déplaise à Nietzsche…

    Et si le ressentiment à son paroxysme qu’est la haine était le sel de la terre, un moteur créatif sans rival et qui ne cessera jamais de nous surprendre ? Après Matthieu, Céline accouchant d’un évangile d’un nouvel ordre : un évangile vengeur… même privé d’une revanche digne de ce nom…

    Car Céline est bien à l’humanisme ce que Sade (le marquis triste) est au romantisme : une fois déçus… parce qu’introuvables, amères, ils n’en sont et n’en demeurent pas moins, aujourd’hui encore, tous les deux, redoutablement les pourfendeurs impitoyables pour avoir été de ceux qui, à leur insu semble-t-il, auront longtemps poursuivi en vain une quête qui, nul doute, cache un besoin insatiable d’absolu dans une recherche effrénée de leur propre salut.

  17. Merci pour ce commentaire courageux qui va contre les points de vue faciles. Le monde, comme les hommes ne sont pas des films en N&B. J’aimerais que que des points de vue similaires soient entendus à propos de Brasillach. J’aime l’écrivain mais je déteste l’homme et ses idées.
    Merci.
    Flo

  18. faut-il détruire l’oeuvre de Françoise Giroud parce que dans le chagrin, la déception la plus absolue, dans le dénuement le plus total face à l’homme qui lui tournait le dos amoureusement, elle n’a trouvé que l’acte « abjetc » car savait-elle ce qu’elle faisait, de lui envoyer des lettres antisémites, à lui, à sa famille. N’est ce pas la là plutôt la preuve d’une déchéance dans le chagrin le plus absolu, lorsqu’il n’y a rien à gratter pour faire mal et que l’on veut se venger, faire mal à l’extrême, brûler jusqu’à l’os l’homme qui fait le choix d’une belle et d’une jeune. Je ne comprends pas la polémique autour de ses lettres de Françoise, une femme est capable de la pire calomnie quand elle sait qu’elle a perdu la partie. Chez les humains il y a souvent deux personnes antinomiques. Combien d’écrivains alors n’aurait pas fallut lire ?

  19. Le débat sur Céline est déjà relancé via le choix de F. Mitterand, la commémoration de sa mémoire est-elle vraiment indispensable? Le ministre de la culture, dans son introduction écrit « Il n’est pas facile mais il est passionnant d’établir une liste des individus dignes d’être célébrés ; c’est-à-dire de ceux dont la vie, l’œuvre, la conduite morale, les valeurs qu’ils symbolisent sont, aujourd’hui, reconnues comme remarquables. Cela n’est pas facile car les ressorts de l’admiration possèdent leur histoire. »

    Céline correspond t-il vraiment à un modèle de conduite morale et de valeurs aujourd’hui reconnues comme remarquable? Le débat sur Céline est utile, que la République lui rende hommage parait déplacé, je crois.