Malgré tous leurs efforts, ceux qui m’agressent depuis que j’ai eu le malheur de m’en prendre à leur petit chef n’auront pas réussi à me faire honte.

Moi, je suis fier.

Fier d’être juif, fier d’être français, et je sais pourquoi je le suis.

Mais fier, cela veut dire que je suis justement un Juif libre, et que personne, et certainement pas Meyer Habib, ne me prendra en otage. En d’autres termes, leur abjection ne me regarde pas mais elle justifie en revanche pleinement mon geste : s’il l’avait fallu, voilà en effet la preuve que quelque chose n’allait pas dans la campagne et les soutiens apportés à cet homme.

Entre la vulgarité quasi soralienne (jusqu’aux mêmes obsessions machistes et sexuelles, à croire que la frustration reste la chose du monde la mieux partagée et la plus dévastatrice) et les malédictions médiévales n’ayant que peu à envier au charabia islamiste, la République et le judaïsme sont hélas bien mal servis par ces énergumènes.

 

Plusieurs remarques me viennent à l’esprit :

1 – J’ai été traité dans la même semaine de «Juif obsessionnel» et «exclusif» par des antisémites et de «Juif honteux» par des Juifs extrémistes : le ridicule de la situation me dispense de commenter ces deux injures plutôt contradictoires.

2 – De même, les amis de Meyer Habib me traitent de «gauchiste». Merveilleuse ironie quand on songe que plusieurs personnes ne m’adressent plus la parole à cause de mes articles «droitiers» sur l’islam, la police, le terrorisme ou les questions «raciales», ou encore de mon soutien à Georges Bensoussan. Mais bon, le propre du fanatique n’est-il pas de traiter de la sorte et sans autre forme de procès quiconque réfléchit un peu plus que lui ? Certains, peu renseignés apparemment, m’accusent aussi d’être un partisan de BDS. Je ne m’abaisserai pas à rappeler mes positions hostiles à cette campagne de haine antisémite mais je veux leur demander ceci : quel rapport avec le fait de dénoncer les agissements d’un député français ? Au passage, ceux qui m’accusent ainsi n’ont apparemment pas perçu mon (demi-)hommage aux racines «nietzschéennes» de la droite israélienne trahies par les Netanyahu et les Habib. Une seule conclusion à tout cela : il est nécessaire de garder un esprit nuancé et d’envisager le monde dans sa complexité. Si vous vous faites des ennemis eux-mêmes ennemis entre eux et vous abreuvant d’insultes qui s’excluent, c’est que vous êtes peut-être sur la bonne voie.

3 – J’ajoute que, lorsque l’accusation d’être un «Juif honteux» me vient d’un plumitif d’extrême-droite «aimant» les Juifs d’un amour mécanique et nourri par sa haine des Arabes, ne connaissant rien à cette sensibilité juive que j’ai, moi, jusqu’au bout des ongles, lorsque tous les principes politiques dudit plumitif viennent de ce même camp qui refusa tout droit, et jusqu’à la vie, à mes ancêtres, quand enfin cet infâme va jusqu’à traiter de «kapos» ceux qu’il identifie comme «Juifs de gauche», je ne peux que lui souhaiter, ainsi qu’à tous ses pareils, que la honte l’étouffe. Et pour tout dire, je ne suis, pour le coup, pas complètement certain de savoir de quel côté du mirador ces hommes se seraient trouvés.

4 – Certains me reprochent mon élitisme ou mon «antiséfaradisme». Outre que je m’appelle Haziza, je leur répondrai que ce reproche les condamne, eux, et pas moi: j’ai moqué, dénoncé même la syntaxe boiteuse d’un député indigne qui se trouve être séfarade. Mais qui a dit qu’il parlait ainsi à cause de son origine ? Vous, pas moi. Qui a dit que les rabbins séfarades devaient forcément être plus stupides ou plus superstitieux que les autres ? Vous, pas moi. Reproche absurde au reste si l’on considère que mon article cite Maïmonide et la Kabbale de Louria, deux Séfarades : c’est donc bien vous et pas moi, qui considérez que le judaïsme méditerranéen se réduit à La vérité si je mens, à Netanya et à Ron Chaya. La honte est vôtre et non mienne. Il y aurait au reste beaucoup à dire, et je l’ai souvent fait, sur l’ultra-orthodoxie ashkénaze qui a parfois poussé les communautés séfarades à un extrémisme qu’elles n’avaient jamais connu.

5 – Il est amusant de voir que ceux qui m’insultent aujourd’hui étaient bien contents lorsque je m’en prenais aux imams. L’inverse doit d’ailleurs être vrai… Or, s’il n’y a évidemment pas de Daech juif, je pense qu’on trouve dans certaines franges du judaïsme l’équivalent du salafisme : même délire de pureté, même soumission extrême à la Loi, même rejet du savoir. L’obscurantisme et la misogynie sont monnaie courante chez les haredim. Et voir un élu français – ou même israélien – s’aligner sur leur point de vue a de quoi révolter.

6 – Sur la question de la voix féminine, je me battrai toujours contre la pudibonderie, d’où qu’elle vienne, et contre ceux qui haïssent les femmes. Qu’ils aillent soigner leurs problèmes et qu’ils les laissent donc en paix. Qu’ils nous laissent en paix : femmes et hommes, nous voulons la joie et la beauté, rien de plus. J’ai par ailleurs répondu sur le fond de la question : on peut être un juif orthodoxe et écouter le chant d’une femme. Cette prévention, quoique fondée sur une tradition existante, n’a ni plus ni moins de légitimité que la voie «permissive» suivie par tous les juifs religieux que je connais. Outre que, avec ou sans la permission de leurs rabbins, les juifs ont toujours apprécié le chant féminin, la Halakha, la jurisprudence rabbinique, a le mérite de n’être pas un système clos et l’on peut, en s’appuyant sur les sources mêmes de cet ancien interdit, le défaire : c’est notamment ce qu’a démontré le rabbin orthodoxe américain Saul Berman dans une étude décisive où il a su exposer la vacuité juridique de cette restriction. Il n’est pas besoin de rappeler que les femmes de la Bible chantaient en public. Que Habib fasse campagne avec des gens qui veulent l’interdire le met donc bien au ban de nos institutions, mais sans faire de lui un meilleur juif.

7 – Certains Juifs me parlent de «haine gratuite», sinat hinam, faisant référence aux conflits larvés, au manque d’amour du prochain qui selon la Tradition provoquèrent la destruction du Temple de Jérusalem. Je crois sincèrement au principe de Ahavat Yisrael, à cette idée que les Juifs se doivent un amour, non pas plus grand mais différent, du fait de leur mission commune et de leur proximité. Mais je remarque que ces mêmes personnes se soucient assez peu de ce que Benyamin Netanyahu, le meilleur ami de leur chouchou Habib, ait participé à des manifestations où l’on appelait à tuer Yitzhak Rabin. Bizarre, non ? Que lorsque Ron Chaya, ce «rabbin» qui a appelé à voter pour le candidat de l’UDI, explique que la Shoah fut un bienfait et une punition méritée, vous m’avez bien lu, ces personnes sont assez peu émues. Et lorsque Yitzhak Yosef, Grand Rabbin israélien, compare les femmes laïques à des bêtes, les voilà qui persistent, ma foi, à demeurer silencieuses. Il y aurait donc des Juifs à leurs yeux moins dignes d’amour que d’autres ? Pardon mais je suis incapable de prendre leurs leçons de morale au sérieux.

8 – D’aucuns, sans forcément être en désaccord quant au fond, ont trouvé mon article violent ou irrespectueux : je ne les ai pas vu protester face aux commentaires les plus ignobles qui m’avaient été par la suite adressés. Tant pis pour eux, la honte, là encore, n’est pas de mon côté…

9 – Les instances de l’UDI devraient prendre acte de tout cela et se désolidariser du jeu malsain de Meyer Habib.

10 – Ceux qui, pour finir, s’en prennent à mon livre ne font évidemment que justifier sa démarche : la littérature est la meilleure réponse à apporter à la violence et à l’obscurantisme. J’ai voulu dans Talisman sur ton cœur explorer en écrivain les liens entre la tradition juive et la beauté, cette «marge» humaine sans laquelle nous ne saurions vivre – tout en désignant la force subversive des Ecritures. Le Cantique des Cantiques, dont je propose une nouvelle traduction et un commentaire, reste le plus sublime et, les récriminations de ces tartuffes le prouvent assez, le plus audacieux des poèmes d’amour – ou, ce qui revient au même pour moi, des poèmes sacrés.

 

Nous savons en tout cas désormais qu’une frange de la communauté juive a décidé de déshonorer une part de ce en quoi nous croyons : je sais pouvoir compter sur un très grand nombre d’amis et d’amoureux de la liberté pour ne pas les laisser faire. Le combat continue !

 

 

10 Commentaires

  1. réflexion de S. Brodowicz:

    JEAN DE LA FONTAINE, LES RABBINS… ET NOS « ÉLECTIONS »

    C’EST GRAVE MES FRÈRES !

    Laissez-moi vous conter un épisode vécu par votre serviteur il y a quelques années.

    Je fus alors invité par mon ami le rabbin Mendel Raskin émissaire du Rabbi de Loubavitch à Montréal, pour y donner une série de conférences.

    À mon arrivée dans cette sympathique ville du Québec, je découvris avec stupeur que sur l’affiche qui annonçait mes conférences j’étais présenté comme :
    « LE RABBIN SCHLOMOH BRODOWICZ »

    J’ai alors fait remarquer à mon ami Mendel Raskin que je n’étais nullement rabbin.

    Il me répondit alors que la communauté qu’il dirigeait était composée de Juifs séfarades quasiment tous d’origine marocaine pour qui « rabbin » est un gage de grande valeur, et qu’en me présentant comme rabbin, il était certain d’avoir du monde à ses conférences…

    AUTRE CHOSE À PRÉSENT…

    LE NOM DE PIERRE ABOULKER VOUS DIT-IL QUELQUE CHOSE ?

    Le professeur Pierre Aboulker fut l’un des plus grands chirurgiens urologues français. Ce fut lui qui en avril 1964, opéra le général de Gaulle à l’hôpital Cochin à Paris.

    Alors lisez ceci :

    À la Yechivah Loubavitch de Brunoy, se trouvait un vénérable rabbin qui souffrait énormément des reins. Au point qu’on sollicita pour lui une consultation privée auprès du professeur Aboulker.
    Ce fut une décision difficile car cette institution manquait de tout et une consultation privée chez un tel ponte de la médecine n’était pas donnée.

    Comme le rabbin ne parlait pas le français, deux élèves de la Yechivah l’accompagnèrent à la visite.

    À l’issue de la visite l’un des élèves – qui s’était muni une copieuse liasse de billets – demanda au professeur Aboulker, combien il lui devait pour la consultation.

    Le professeur Aboulker (issu lui-même d’une famille algéroise qui avait donné de prestigieux rabbins) répondit :
    – Mais c’est moi qui suis redevable à ce rabbin de sa visite. Pas le contraire.

    AUTRE CHOSE À PRÉSENT…

    LE NOM DE JEAN-PAUL ELKANN DIT-IL QUELQUE CHOSE ?

    Il fut président des Parfums Caron. Puis vice-président des Parfums Givenchy , administrateur du groupe Christian Dior SA et siégea au conseil de plusieurs autres grandes sociétés françaises.

    Il fut aussi président du Consistoire israélite de Paris, puis président du Consistoire central israélite de France.
    Il est notoire que cet homme qui n’était pas pratiquant était un ferme soutient du courant orthodoxe.

    Lors des réunions au consistoire, lorsqu’on lui demandait son avis sur un des points discutés, il avait coutume de dire que son avis à lui ne comptait pas. Ce qu’il voulait entendre c’était l’avis des rabbins présents car c’étaient eux et non lui qui avaient voix au chapitre et que lui se contenterait de contresigner leur décisions.

    AUTRE CHOSE À PRÉSENT…

    Depuis le début de l’exil du peuple juif jusqu’à la Seconde guerre mondiale, les rabbins furent les seuls interlocuteurs des communautés juives auprès des princes et des gouvernants.

    Il n’est pas jusqu’à David ben Gourion, alors Premier ministre qui se déplaça lui-même auprès du leader du judaïsme lituanien le célèbre « ‘Hazon Ish » (Rabbi Yeshaya Kerlitz Z »L) à Bné Brak quand il voulut s’entretenir avec lui.)

    Il n’est pas jusqu’au président Mitterrand qui se déplaçait jusqu’au domicile du Rabbin Joseph Sitruk Z »L.

    Mais voilà !

    J’entends que l’adversaire de Meyer Habib a envoyé des courriels dans lesquels elle le fustige pour avoir le soutien de rabbins !

    Les rabbins sont donc devenus une caste de créatures méphitiques dont la seule fréquentation est déshonorante et ruinent l’honorabilité de ceux qui s’en rendent coupables.

    Si par aventure quelqu’un s’avisait d’adresser un courriel affirmant que l’adversaire de Meyer Habib était soutenue par des homosexuels on aurait droit à un caca nerveux à exploser l’échelle de Richter.

    Mais fustiger les rabbins au pays de la Bible c’est plus innocent qu’une perle de rosée sur la joue d’une première communiante.

    Je connais le monde des rabbins depuis plus de 40 ans.
    Il décrit un très large spectre de personnes qui s’étend du plus sublime au plus médiocre. Voire pire. Mais le réduire à une confrérie de créatures malfaisantes s’est se faire le relais des Protocoles des sages de Sion.

    Alors je vous le dis mes frères, notre grand fabuliste était visionnaire quand il commença une de ses fables en écrivant :

    « À L’ŒUVRE ON CONNAIT L’ARTISAN. »

    Autrement dit :
    On n’est pas dans la … bref…

  2. Votre attaque contre Meyer Habib était trop violente ! On aurait dit un accès de rage ou une bouffée de haine. C’est de votre faute si vous avez reçu autant d’insultes .Vous pouviez dire votre opinion sans vous lâcher autant.
    J’ai votre livre sur le Cantique des cantiques et je le trouve magnifique. Que faites vous dans les commentaires électoraux surtout à l’égard d’un candidat élu ? Reconnaissez que vous êtes allés trop loin et je suis d’accord pour condamner ceux qui ont calque leur attitude sur la votre !
    André M

  3. d’accord avec vous M HAZIZA honte à eux ces patins rabbins qui sortent de nuls part et en plus de père en fils/
    Ces pharisiens honte à eux, ils ont déja trahis leurs freres hébreux les saducéens il y a plus de 2000 en se mettant du coté des romains.
    Honte a eux et à ce pantin de Meyer Habib qui en plus dans une interview sur thora box fait la publicité pour le vin habib que son père avait crée.
    M Haziza j’ai eu le plaisir de vous écouter sur une radio du cantiques des cantiques, un trés bon moment

  4. 1. Les Arabes pro-israéliens n’ont jamais eu de consistance politique étant de nature à faire la différence, contrairement à cette majorité juive qui, favorable à l’émergence d’un État palestinien, n’attendra pas que sa propre souveraineté soit enregistrée par le cerveau collectif déconnecté de l’espèce humaine pour se manifester.
    2. Les colons anglais de cette Irlande du Nord qu’est la Cisjordanie récupéreront leur colonie au moment même où ils cesseront de représenter une menace existentielle pour l’Irlande avec la complicité dégueulasse du Royaume-Uni, de l’Australie, du Canada et des États-Unis.
    3. À la différence des pro-palestiniens, les amis de l’État hébreu passent pour des partenaires dans le crime contre l’humanité, un renversement des rôles qui ne facilite pas la clarification des lignes stratégiques et accroît chez la cible obsessive des nations une peur de l’abandon pouvant confiner au syndrome.
    4. Aller buter le père d’un camarade de classe dont le corps sain vous rappelle que la fonction d’enfant diffère de celle
    d’un punching ball ne règlera en rien vos problèmes, aussi je conseille vivement aux otages du méta-empire d’essayer de tenir les prochaines 24 heures sans fixation antijuive pour prendre, aussi vite que possible, leurs destins en main.

  5. Vous fatiguez pas, M.Haziza, les barbus sont partout les memes; et pour les daesh, juif ou pas juif, catho ou pas, Athènes constituera toujours, et ils ont raison, la vraie menace. Continuez.

  6. Si j’avais été un homme de l’autre sexe, j’aime à croire que je me serais laissé guider par le chant de Miriâm tandis que, depuis l’autre rive, le fils adoptif de la fille de Pharaon arrachait furtivement ses semblables à la terre après qu’il les avait, à son image, tirés des eaux. Je me réjouis que la génération du désert endurât des épreuves inconcevables en sorte que ma belle-sœur, Belle Scar, puisse aujourd’hui enflammer Montréal, ou Londres, ou Barcelone au côté de son irréductible époux, fusionnant ses origines indo-canadiennes dans une cuve d’inspiration dont un nez aguerri saura exploiter le génie, en isolant les unes des autres les constellations moléculaires parfaitement connectées d’une Yma Sumak, d’un Leonard Cohen, d’une Sarah Vaughan ou d’un Jim Morrison. Je me refuserai toujours à faire porter au Premier ministre israélien le casque SS pour le prochain échec des pourparlers de paix (voulu)s par le régime grossmuftiste de Ramallah tout comme je prends le risque d’affirmer que la tête de Turc des nations n’incita pas l’assassin de Yitzhak Rabin à passer à l’acte davantage que nous ne le fîmes avec les bourreaux des martyrs de l’an 15, que nous laissâmes innocemment éventrer le beau concept de front républicain lors de l’entre-deux-tours des élections incathartiques de 2002. La dissimulation est consubstantielle à l’histoire des Coupables nés. Cette profonde injustice est notre bouclier contre le péché d’orgueil, mais pas seulement. Elle nous porte à percevoir la souffrance qui nous traverse par-delà nous-mêmes et, fort probablement, empêche celle-ci de nous broyer.

  7. On a du mal à se retrouver dans ce méli mélo. Il aurait été utile d’introduire le sujet avant de partir et flinguer tout le monde.

    • (@JEAN) l’argument de la… « haine de soi », adressé par les juifs-de-droite à ceux qui refusent de leur emboîter le pas, a déjà beaucoup servi, il servira encore sans doute, mais il ne déshonore que ceux qui l’utilisent, et surtout : il ne se retourne que trop facilement. L’expérience montre en effet que ceux des Juifs qui affichent un peu trop bruyamment des opinions droitières entretiennent, en plus d’un cas, un rapport trouble avec cette origine et entendent, en en « rajoutant », affirmer leur appartenance intégrale à la Nation… Louée soit, de ce point de vue, Léa Salamé, pour avoir mis le nez dedans et à cet égard, à l’infect Eric Zemmour.