À quel moment de la journée, de la semaine, de l’année, de la vie lisez-vous le plus volontiers ?
À une époque, quand je prenais beaucoup le métro, c’était dans le métro. À présent, c’est le plus souvent aux toilettes ou le soir avant de m’endormir.
Y a-t-il des livres dont vous puissiez dire qu’ils ont changé votre vie ? Dans ce cas, pourquoi ?
Oui, Les Mots pour le dire de Marie Cardinal. C’était à un moment de ma vie où j’avais vraiment besoin de faire une psychanalyse. Comme le dit Françoise Dolto, cette nécessité s’impose aux moments où l’on est malheureux. C’était mon cas, mais je ne comprenais pas en quoi le fait d’en parler pourrait m’aider à aller mieux. C’est dans ce contexte que j’ai découvert ce livre, qui m’a fait comprendre à quel point la psychanalyse pouvait me sauver. Vingt ans d’analyse ont fait de moi la personne que je suis censé être et non celle que les autres voulaient que je sois – et un meilleur artiste.
Y a-t-il un grand classique – ou plusieurs – dans lequel vous n’avez jamais eu le goût d’entrer ?
Oui, à ma grande honte. C’est À la recherche du temps perdu. Depuis l’âge de dix-huit ans, je recommence à le lire tous les dix ans et le mets de côté au bout de cinquante pages. Peut-être ne suis-je pas assez mûr. Ou peut-être manque-t-il, dans mon cerveau, une partie dévolue à la com préhension de Proust, ainsi qu’une case pour apprécier l’art abstrait.
Vous est-il arrivé d’aimer des mauvais livres ? Si oui, pourquoi ?
Bien sûr. Il y a des mauvais livres que j’adore, essentiellement des livres de gossip, parlant des travers sexuels des artistes de l’âge d’or d’Hollywood ; ce ne sont pas donc toujours de si mauvais livres… Le plus connu de tous est Hollywood Babylon de Kenneth Anger, qui raconte toutes les coulisses sexuelles cachées par la bienséance américaine : les rapports homosexuels, lesbiens, sadomasochistes… Récemment, j’ai lu Full Service de Scotty Bowers : l’histoire d’un proxénète qui a mis en contact des jeunes garçons et filles. On pourrait croire que ce livre contient des fantasmes mais Gore Vidal dit que tout ce que raconte Scotty Bowers est vrai. Il m’arrive donc d’apprécier des livres qu’on pourrait qualifier de mauvais. Mais finalement, qu’est-ce que le mauvais goût ? Il faut distinguer le « bon mauvais goût » et le « mauvais mauvais goût ». En ce qui me concerne, je n’ai aucune honte d’aucune de mes lectures et je ne mets pas de valeur de classement entre une lecture noble et une lecture secondaire ou d’amusement. Néanmoins, les livres ont eu, à plusieurs reprises, une importance capitale pour moi, aussi bien en termes d’inspiration, de plaisir, qu’en termes de fantasmes ou de leçons de vie.
Comment lisez-vous, Ali Mahdavi ?
par Ali Mahdavi
12 octobre 2026
L’artiste et photographe iranien Ali Mahdavi répond à notre enquête sur la littérature.
À quel moment de la journée, de la semaine, de l’année, de la vie lisez-vous le plus volontiers ?
À une époque, quand je prenais beaucoup le métro, c’était dans le métro. À présent, c’est le plus souvent aux toilettes ou le soir avant de m’endormir.
Y a-t-il des livres dont vous puissiez dire qu’ils ont changé votre vie ? Dans ce cas, pourquoi ?
Oui, Les Mots pour le dire de Marie Cardinal. C’était à un moment de ma vie où j’avais vraiment besoin de faire une psychanalyse. Comme le dit Françoise Dolto, cette nécessité s’impose aux moments où l’on est malheureux. C’était mon cas, mais je ne comprenais pas en quoi le fait d’en parler pourrait m’aider à aller mieux. C’est dans ce contexte que j’ai découvert ce livre, qui m’a fait comprendre à quel point la psychanalyse pouvait me sauver. Vingt ans d’analyse ont fait de moi la personne que je suis censé être et non celle que les autres voulaient que je sois – et un meilleur artiste.
Y a-t-il un grand classique – ou plusieurs – dans lequel vous n’avez jamais eu le goût d’entrer ?
Oui, à ma grande honte. C’est À la recherche du temps perdu. Depuis l’âge de dix-huit ans, je recommence à le lire tous les dix ans et le mets de côté au bout de cinquante pages. Peut-être ne suis-je pas assez mûr. Ou peut-être manque-t-il, dans mon cerveau, une partie dévolue à la com préhension de Proust, ainsi qu’une case pour apprécier l’art abstrait.
Vous est-il arrivé d’aimer des mauvais livres ? Si oui, pourquoi ?
Bien sûr. Il y a des mauvais livres que j’adore, essentiellement des livres de gossip, parlant des travers sexuels des artistes de l’âge d’or d’Hollywood ; ce ne sont pas donc toujours de si mauvais livres… Le plus connu de tous est Hollywood Babylon de Kenneth Anger, qui raconte toutes les coulisses sexuelles cachées par la bienséance américaine : les rapports homosexuels, lesbiens, sadomasochistes… Récemment, j’ai lu Full Service de Scotty Bowers : l’histoire d’un proxénète qui a mis en contact des jeunes garçons et filles. On pourrait croire que ce livre contient des fantasmes mais Gore Vidal dit que tout ce que raconte Scotty Bowers est vrai. Il m’arrive donc d’apprécier des livres qu’on pourrait qualifier de mauvais. Mais finalement, qu’est-ce que le mauvais goût ? Il faut distinguer le « bon mauvais goût » et le « mauvais mauvais goût ». En ce qui me concerne, je n’ai aucune honte d’aucune de mes lectures et je ne mets pas de valeur de classement entre une lecture noble et une lecture secondaire ou d’amusement. Néanmoins, les livres ont eu, à plusieurs reprises, une importance capitale pour moi, aussi bien en termes d’inspiration, de plaisir, qu’en termes de fantasmes ou de leçons de vie.