À quel moment de la journée, de la semaine, de l’année, de la vie, lisez-vous le plus volontiers ?

Je lis religieusement tous les soirs avant de me coucher.

Une habitude de mon enfance. Un rite, avant d’éteindre ma lumière. Je souligne, j’annote, je lis un crayon à la main, une façon de m’approprier une phrase, d’avoir plus de facilité à la retrouver. Je lis souvent plusieurs livres à la fois.

Dans la bibliothèque de mon bureau je ne range que les livres aimés ; j’ai la fantaisie de croire « qu’ils dégagent de bonnes ondes. »

En vacances, l’iPad ne remplace pas la volupté d’un livre de papier. Mes valises sont lourdes… J’aime lire sur une chaise longue à l’ombre d’un arbre. Aucun parasol n’apporte la fraicheur et la sérénité des feuillages de l’été.

Quand j’écris un roman, je suis enfermée dans mon monde avec mes personnages, imperméable à celui des autres, mes souvenirs me tiennent lieu de documentation. Quand j’écris sur une personne, je m’imprègne de sa vie, alors je lis sur son époque, ses relations, sa correspondance, ses journaux s’il y en a. Je reconstruis « le monument à ma manière » comme le constate Marguerite Yourcenar à la fin des Mémoires d’Hadrien, et pour cela j’ai besoin d’être avec lui, sans trop d’interférence.

Y a-t-il des livres dont vous puissiez dire qu’ils ont changé votre vie ? Dans ce cas, pourquoi ?

Lire, c’est être plongé dans le silence, l’autre n’est pas là, et pourtant une voix amie s’élève entre les lignes ; certaines voix sorties du silence, de répondre à mes interrogations. Je les note dans un carnet.

Orlando de Virginia Woolf et Les Faits de Phillip Roth ont éclairé ma vie d’écrivain. Virginia Woolf sur le vampirisme d’un écrivain qui reprend par la magie de l’écriture le contrôle de son amante – l’aristocrate Vita Sackeville West – qui lui échappait. Les Faits, livre qui commence par une lettre de l’auteur Phillip Roth à Nathan Zuckerman, son personnage principal, et se termine par une lettre du personnage Zuckerman à l’auteur Phillip Roth. Le personnage du roman est un double qui permet à l’auteur de réécrire l’histoire sa vie. Par la magie de l’écriture, Woolf transforme son amour, tandis que Roth récrie sa propre histoire.

Y a-t-il un grand classique – ou plusieurs – dans le- quel vous n’avez jamais eu le goût d’entrer ?

Oui, bien sûr, il y a des livres que j’ai gardé pour plus tard… Le temps est venu de les ouvrir. Et pourtant, je bute toujours sur certains, par exemple sur Les Frères Karamazov de Dostoïevski. Freud dénonce la « déroutante complexité » de l’écrivain, névrosé, moraliste et pêcheur. Ce n’est sûrement pas la complexité de l’auteur qui me freine, mais quelque chose qui ressemble au refus de sauter un obstacle ; est-ce parce que je suis impressionnée par ce livre imposant, sans doute un des livres importants de la littérature mondiale ?

Vous est-il arrivé d’aimer des mauvais livres ? Si oui, pourquoi ?

Mauvais livre selon quel critère ?

Oui, lors de mes recherches sur des personnages ayant existé. Je peux lire un livre qui m’apporte un renseignement nécessaire sur une histoire vécue même si elle est maladroitement racontée.

Un livre qui m’ennuie n’est pas forcément mauvais, mais je le referme quand même.

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