En 1937 Max Ernst rencontre la grâce surréelle de Leonora Carrington. Elle est âgée de vingt ans, il a vingt-six ans de plus qu’elle, cette rencontre est une passion. Les amants puisent dans leurs ressources et leurs énergies profondes. Leonora est une jeune femme très indépendante issue d’une famille catholique, elle affirme très tôt son goût pour l’art. Elle découvre l’œuvre d’Ernst datée de 1924, Deux Enfants menacés par un rossignol. Il lui semble qu’Ernst peint exactement ce qu’elle aussi voudrait peindre.
Au cours d’une soirée londonienne, elle croise Max et c’est le coup de foudre immédiat. Leur grande différence d’âge n’aura aucune incidence sur l’intensité de leur passion. Ernst découvre alors une jeune fille belle et sauvage, « l’aristo rebelle » : un souffle nouveau, une imagination redoublée. Son autoportrait surréaliste : À l’Auberge du cheval de l’aube, la représente, une hyène noire, les deux penchants de Carrington : cruauté et soif de liberté.
Ils vont vivre l’amour fou, total : ils achètent une vieille ferme à l’été 1938, à Saint-Martin-d’Ardèche. Leonora Carrington parlera d’une période d’immense bonheur, créatif : « J’étais très heureuse là-bas. Je peignais, je soignais ma vigne… » Leurs amis les plus influents leur ont fait des promesses qu’ils n’auraient pu envisager…
Max Ernst, allemand et antinazi, auteur d’une œuvre jugée immorale, est interné au Camp des Milles, où elle ne peut le retrouver. Cela provoque des graves crises de folie et l’internement dans un hôpital psychiatrique, elle est traitée avec un dérivé du camphre qui altère encore plus sa raison. Elle en laisse un témoignage percutant, En bas, le récit bouleversant d’une descente aux enfers.
André Breton mourut en 1966, croyant, comme elle et Max Ernest, à ce que les puissants lui avaient promis : une fondation et un musée… L’épouse d’André Breton, Elisa, s’efforça inlassablement de concrétiser le rêve de son mari. Le président lui rendit visite en 1988… « Tout sera fait. » Elle mourut le cœur brisé en 2000, sans rien d’accompli. En 2003, suite aux exigences de l’État pour l’héritage, toutes les merveilles surréalistes furent dispersées ou vendues en 4.100 lots par Drouot, la plus prestigieuse maison de ventes aux enchères.
Max Ernst, s’enfuit de sa prison et décide de devenir américain. Leonora s’exile au Mexique. À quatre-vingt-quatorze ans, elle raconte encore des souvenirs heureux de Saint-Martin : « Je ne serai jamais pétrifiée dans une “jeunesse” qui n’existe plus. J’accepte l’honorable décrépitude actuelle… »
Belle, fière, sans regrets.
Sept « pseudo-arrabalesques »
« …tout est ordre, lequel ? »
« …trop méfiant pour mépriser son censeur ? »
« …le fascinant sentiment du vide ? »
« …parfois le corbeau est-il effrayé par le moineau ? »
« …une manière alambiquée de juger ce que l’on connaît sur le bout des doigts ? »
« …endure des revers insignifiants pour affronter des dangers disproportionnés ? »
« …trop méfiant pour mépriser son censeur ? »
« …le troublant sentiment de vide ? »
« …l’espace fantasme-t-il sur le temps ? »
« …des louanges prodigues comme un haillon de cour ? »
« …l’impudence s’accommode-t-elle de la circonspection ? »
Photos





Exposition consacrée à Leonora Carrington
Au Musée du Luxembourg
Du 18 février au 19 juillet 2026.
