« Israël génocidaire… »
C’est l’obsession de Jean-Luc Mélenchon et de ses sbires.
C’est un thème de précampagne présidentielle à gauche.
C’est un signe de ralliement, un slogan, sur les banderoles devant certains lycées bloqués.
La formule circule, s’impose, prend valeur de mot de passe dans des pétitions d’écrivains, des appels de cinéastes, des déclarations accompagnant des festivals.
Ayant le redoutable privilège d’avoir, dans ma longue vie, couvert des génocides avérés (les Rohingyas de Birmanie, le Darfour, le Bangladesh…) ou médité sur d’autres (la Shoah, le Cambodge ou, dans La Pureté dangereuse, dès octobre 1994, le Rwanda…), je ne peux me résoudre à cette démission de l’intelligence.
Et je veux dire ici pourquoi cette accusation me semble inepte, insensée et juridiquement infondée.
Il n’y a pas de génocide quand, comme l’a fait l’armée israélienne pendant les deux années de guerre intense, on prévient avant de bombarder.
Il n’y a pas de génocide quand on permet l’acheminement d’une aide humanitaire qui, si cruellement insuffisante fût-elle, n’a jamais été durablement coupée.
Il n’y a pas de génocide quand, chaque jour ou presque, on ouvre des corridors d’évacuation permettant aux non-combattants de gagner des zones de repli.
On a le droit de trouver inhumaines ces exhortations à quitter sa maison avant qu’elle ne soit pulvérisée : une invitation à se sauver n’est pas un génocide.
On peut estimer que ce n’est pas une vie d’être ballotté dans des camps de fortune installés à la hâte, déplacés, réinstallés : je n’ai jamais vu, à Mossoul ou ailleurs, une armée prenant la peine de créer, en pleine guerre, des zones refuges de cette sorte.
On peut, et c’est évidemment mon cas, trouver insupportable l’idée de dizaines de milliers de civils morts sous les tirs d’Israël après que le Hamas en a fait des boucliers humains :mais peut-on parler de génocide quand on sait que le même Israël organise, au même moment, des campagnes de vaccination pour des centaines de milliers d’enfants de Gaza ?ou quand il facilite les transferts d’autres enfants, atteints de maladies rares, vers des hôpitaux égyptiens, émiratis, jordaniens ?
Je sais bien que le sens du mot s’est infléchi depuis Srebrenica et que l’intention de détruire tout ou partie d’un groupe national, ethnique, racial ou religieux peut suffire à constituer un crime de génocide : mais où est l’intention génocidaire quand tous, à l’exception des ministres d’extrême droite Ben-Gvir et Smotrich, répètent que le feu cessera quand l’ennemi déposera les armes ? de quel génocide parle-t-on quand, il y a un an, que ce soit sous la pression des États-Unis, des tribunaux internationaux ou de la conscience des Israéliens, un cessez-le-feu est négocié et que, même violé, il demeure jusqu’à ce jour le cadre auquel les parties se réfèrent ?
Il n’est pas vrai, soit dit en passant, que la Cour de justice internationale, saisie par l’Afrique du Sud, ait conclu au génocide.
Pas vrai non plus que l’autre cour, la Cour pénale internationale, puisse conclure quoi que ce soit puisqu’elle n’est réellement compétente que face à des pays dénués (ce qui n’est pas le cas d’Israël) d’une justice digne de ce nom.
Et quant à la prétendue « unanimité » des historiens de la Shoah derrière laquelle se retranchent les adversaires d’Israël, elle n’existe tout simplement pas : quelques-uns (Omer Bartov, Amos Goldberg, Raz Segal) parlent en effet de génocide ; mais la majorité d’entre eux (notamment à Yad Vashem et au Wyman Institute de Washington) récusent cette qualification avec force.
Bref, cette accusation est juridiquement absurde et n’a, en vérité, qu’un effet.
Diaboliser Israël en lui imputant non un excès de violence, ou une disproportion dans la riposte, ou des violations du droit de la guerre, mais le crime des crimes, le crime par excellence, le seul à être, avec le crime contre l’humanité, imprescriptible.
Insulter, sommer de se justifier et, à la fin, désigner à la vindicte des foules tout Juif exprimant, en France ou ailleurs, ne serait-ce qu’une once de compréhension ou de nuance à l’égard de la démocratie israélienne en guerre.
Et puis, évidemment, noyer sous un flot de désinformation et de haine un autre événement, celui par lequel tout a commencé et dont on devrait commémorer tous ensemble le troisième anniversaire : le pogrom du 7 Octobre.
Car enfin… Intention pour intention… Quelle était l’intention de ceux qui, ce jour-là, assassinaient 1 200 civils en quelques heures ? hurlaient, comme les Hutus à Kigali, « Tuez-les tous » ? massacraient indistinctement, comme les cavaliers à cheval du Darfour, hommes, femmes et enfants ? violaient avant de tuer, comme je l’ai vu faire au Bangladesh ? emmenaient comme du bétail avant de violer encore, comme firent les bourreaux des femmes yézidies ? quelle était l’intention des assaillants palestiniens, qui auraient bien continué ainsi, sans frein ni fin, si de courageux défenseurs des kibboutz n’étaient intervenus ?
S’il est un jour où, depuis trois ans, dans cette région du monde, l’intention génocidaire s’est manifestée à visage découvert, c’est bien là, ce 7 octobre 2023, dans la fureur exterminatrice du Hamas.
