Jean-Paul et moi avons signé un pacte d’amitié au sortir de Sciences Po et ce pacte, cinquante ans plus tard, tient toujours la grand-route des affinités électives. En voici le dernier chaînon : je m’y attelle avec humilité et passion, comme à chaque petit chef-d’œuvre que publie notre amphitryon, ainsi que le Landerneau parisien a fini par s’en aviser.
D’autres, plus doués que moi pour la louange, s’y sont employés avec un bonheur de plume et de pensée que j’envie. Ils ont dit, avec des accents de sincérité dont on ne saurait douter, leur admiration pour le style, le phrasé enthovéniens, cet idiome perlé, lové dans sa prosopopée précieuse avec une grâce ouvragée loin, très loin des gueuloirs flaubertiens. Le voici, cet idiome, passé et repassé au miroir de lui-même, plein, à chaque phrase ou presque, d’une virtuosité charmeuse, lesté d’un sens très fort, fait ici ou là de fusées quasi baudelairiennes, mallarméennes, proustiennes, riche de douces attractions sonores. Fluidités extrêmes, dilection des mots, parades de vocables anciens mis en bouquets, longs développements introspectifs, échappées littéraires constantes, butinage tous azimuts, masques, goûts et dégoûts : rien ne manque au festin en langue qu’est ce Dictionnaire amoureux du bonheur, qui fait suite au dictionnaire du même Jean-Paul, secondé par son fils, et consacré à Proust.
Jean-Paul, le premier à établir ce clivage sans appel, partage le genre humain en deux phalanges irréductibles. D’un côté, il y a les biophiles, amis du genre humain. Ils aiment « la saveur du monde », « acquiescent à sa beauté, croient sans naïveté à la bonté, à la grande santé, à l’existence toujours désirable ». Et puis, il y a, dans la boutique d’en face, les biophobes, qui n’ont de cesse que de déprécier la vie, d’accabler la nature humaine pour ses imperfections irrémédiables, ses songes et ses mensonges, de dénigrer les contemporains et leurs misérables petits tas de secrets.
Deux camps, donc.
Dans le premier, Jean-Paul filtre les impétrants. Voici Épicure, Aristote, Sénèque, Montaigne, Spinoza, Cimarosa, Rossini, le cardinal de Bernis, le prince de Ligne, Vivant Denon, Mozart, La Mettrie, Voltaire, Diderot, Casanova, Stendhal, Mérimée, Victor Hugo, Offenbach, Giono, Colette, Sacha Guitry, Matisse, Picasso, Camus, Hemingway, Sagan, Perec, Sollers, Jean d’Ormesson, Truffaut, Clément Rosset, Comte-Sponville. Tant d’autres, qui ne sont pas nommés mais apparaissent derrière leurs personnages, dont un, qui n’est pas l’un des moindres dans le panthéon enthovénien (et le mien), fait l’objet de la dernière entrée de ce Dictionnaire amoureux du bonheur, qui en compte cinq cents.
Dans le camp d’en face, puisqu’il faut de tout pour faire un monde et que les adversaires sont nécessaires, Jean-Paul, frère sévère, sermonne avec superbe Platon, Médée, Hamlet, Pascal, Alceste, Rousseau, Sade, Don Juan, Baudelaire, Nerval, Schopenhauer, Flaubert, Léon Bloy, Munch, Mahler, Kafka, Virginia Woolf, Céline, Artaud, Pessoa, Borges, Simenon, Bataille, Duras, Cioran, Houellebecq. Tant d’autres.
Entre ces deux tribus, un pied dans l’une, un pied dans l’autre, où situer Proust, Malraux, Nietzsche, Bernanos ?
Ni dans l’un ni dans l’autre camp, Freud, d’entrée de jeu, met tout le monde d’accord : « Le bonheur ne fait pas partie du programme de la Création. » Fermez le ban.
Et puis, bien sûr, ce Dictionnaire enthovénissime pose la question de l’amour de soi, du culte du Moi, auquel l’auteur ne manque pas une occasion de sacrifier tout au long de ces pages étincelantes. Il faut, nous dit-il, s’aimer soi-même sans limites, si l’on veut connaître le bien-être et la félicité. Tout cela est dit, répété, asséné par notre Gatsby héliotrope avec une franchise et une allégresse insolentes, venues en droite ligne de son maître en égotisme, Stendhal. Stendhal qui inventa ce sigle, SFCDT : « se foutre carrément de tout ».
On l’aura compris, ce précis du bonheur est un vademecum à fleurets mouchetés contre la marée noire de ceux qui tiennent l’existence pour une cause perdue et de leurs prophètes qui, plus que jamais, ont table ouverte sur l’agora médiatique.
Ce croisé du bonheur et rien d’autre, remercions-le d’endiguer si bellement une dernière fois ce mauvais flot avant la victoire en marche du nihilisme postmoderne.

Nous ne demandons à nos compatriotes que le droit, pour l’(État) des (Juif)s , de jouir d’un traitement équitable.
Quelle serait la réaction de nos pays s’ils se trouvaient percés de part en part et de toutes parts par une hydre tentaculaire dont les convulsions, coups de tête siamois et autres morsures de queue, n’avaient d’autre finalité que de feindre une guerre intestine qui requerrait, de toute urgence, la nucléarisation de chacun de ses membres afin qu’elle pût, — roulements de fût à bonde : assurer la défense de ses propres intérêts vitaux face aux pulsions suicidaires des autres parties de son corps ?
Nous ne sommes pas dupes de la riposte capillaire que déclencha, en réponse au Rugissement du Lion, la République aryenne à l’encontre de quelques États sunnites dont les peuples demeureront Frères jusqu’à l’Apocalypse. — L’OLP est l’avant-poste, le laboratoire et le prélude à la création d’une organisation de libération de l’Oumma qui n’aurait rien d’hOLOgraphique.
Les charognards de la présidentielle se jettent sur le cadavre du macronisme, chacun dans son couloir, chacun revêtant ses propres couleurs, chacun s’avérant prêt à tout pour sniffer en premier la ligne d’arrivée, croque-en-jambe en loucedé s’il le faut, — à l’ère de l’octogone généralisé, qui oserait en blâmer l’hexagone ?
Le déjeuner emblématique de la France libre et occupée par Frenay et Bousquet nous est rejoué ad vitam aeternam, cette fois-ci avec Glucksmann dans le rôle d’Attali et la fille adoptive du substitut avunculaire du Père qui, si jamais l’obstacle n° 1 à sa victoire primaire osait répliquer à ses salves collaborationnistes, n’aurait pas même besoin de se fatiguer à appuyer sur le siège éjectable pour 1) s’en débarrasser, puis 2) se soumettre à l’exaltante obligation d’exhumer l’union de la gauche, avant d’avoir pris 3) la précaution de la réembaumer dans une solution dernier cri : intifadasse ; dé/régénérescente.
Nous nous interposons entre Israël et ses lapideurs, veules proactivateurs d’iniquités antiques.
Nous ne tendons l’autre joue qu’après l’avoir munie d’un blindage électrocutant.
N’en déplaise à Enthoven, et bien que je lui conserve toute mon admiration, le constat de Billy Wilder demeure, je le crains, prophétique : « Les optimistes ont fini à Auschwitz, les pessimistes ont une piscine à Beverly Hills ».
Trêve de plaisanterie, à moins que ce ne soit l’inverse. Il serait emBêtant, et j’allais dire immonde, que les seules violations du droit international que, sur la planète Woke, le Komintern fantôme enjoint au dernier Nouvel Homme en vogue de dénoncer, puis sanctionner à longueur de journée, fussent celles qu’aurait commises un État juif qui, de par sa condition unique ainsi que sa situation insupportablement enviable, ne trouve personne pour plonger à sa place au cœur du réacteur décentralisé de l’internationalisme afin d’y saboter sans doute le pire entrisme des temps postmodernes, en tant que celui-ci s’applique à saborder non seulement le camp des grandes démocraties, mais à en effacer l’histoire, la mémoire et leurs sources, quand ce ne sont pas des peuples auxquels leur humanisme par trop angéliste et si peu angélique, acrophobie oblige, pourrait jouer des tours, voyant qu’ils oublient un peu vite que leur fragile modèle de civilisation n’aura jamais ni la vigueur ni la pérennité ni le rayon de préaction fossilisable d’une creatio ex nihilo.
Le soutien que je dois et qu’un jouisseur honnête des droits fondamentaux saurait offrir à Israël, est tout sauf un cadeau autocentrique, en l’espèce judéocentrique.
Je soutiens qu’Israël est, à l’inverse de l’image néfaste et criminelle que ses adversaires en donnent, un modèle d’alternalisme et la rampe de lancement la plus solide pour l’adhésion provisoire des nations à une globalisation spéciste et unitaire propice à notre réhumanisation, savoir à l’avènement salutaire d’Altero sapiens.
Vous dites que le bonheur existe. Qui le conteste ?
Vous souhaitez qu’il demeure durablement accessible aux citoyens du monde imaginaire, au sens où ce dernier nous donnerait la possibilité de devenir une meilleure version de nous-même ? Qu’on nous laisse nous en assurer.