L’historien Niall Ferguson vient de publier dans The Free Press l’un de ces textes dont les États-Unis ont le secret et qui, comme hier ceux de Francis Fukuyama ou Samuel Huntington, déplacent le centre du débat.
L’article s’intitule « The Death of History ».
Il décrit une Amérique prise en étau par un double antisémitisme qui, à droite, ne prend plus la peine de dissimuler sa nostalgie du nazisme et, à gauche, croit avoir trouvé, avec la condamnation du « sionisme génocidaire », l’arme absolue.
Il montre que le négationnisme, clé de voûte du dispositif, est sorti des égouts où il végétait depuis des décennies pour devenir une force historique.
Et il insiste sur les effets de l’intelligence artificielle qui, avec ses voix fabriquées et pilotées depuis des fermes numériques, donne à ce flot de mensonges et de haine une force de frappe inédite.
Sur ces points il a raison.
Là où je cesse de le suivre, c’est lorsqu’il conclut que la partie est perdue et que, face à cette nouvelle donne, l’Histoire a changé de camp et que les serviteurs de la vérité ont échoué.
D’abord la disqualification de la vérité n’est pas née avec ChatGPT, TikTok et leurs algorithmes.
N’était-ce pas déjà la propre doctrine des sophistes, ces virtuoses de l’apparence qui, dans la Grèce antique, tenaient le haut du pavé intellectuel ?
Ne savaient-ils pas déjà qu’un discours n’a pas besoin d’être vrai pour s’imposer ?
Que la séduction compte davantage que la preuve, la passion que l’effort de penser, le spectacle que la raison ?
Et la philosophie comme l’histoire ne sont-elles pas nées de cette bataille inaugurale contre un monde où la démagogie, le racolage, le ressentiment primaient déjà sur le vrai ?
La post-vérité n’a pas été inventée dans la Silicon Valley, mais sur l’agora d’Athènes.
Elle ne vient pas après la vérité, mais naît en même temps qu’elle et comme son ombre.
C’est elle qui, avec la mort de Socrate, semble un moment l’emporter et plonge dans le désespoir les Ferguson de l’époque.
N’empêche.
C’est l’esprit de Socrate qui, à la fin, l’emporte, et Gorgias qui sombre dans l’oubli.
Ce n’est pas non plus la première fois que l’antisémitisme paraît, à l’âge moderne, plus fort que ceux qui le combattent.
Dans les années 1930, il allait de soi, comme pour les Maga et les Zohran Mamdani d’aujourd’hui, que la guerre mondiale qui pointait serait une « guerre juive » et que l’Amérique devait s’en tenir éloignée.
On a oublié l’incrédulité épaisse et rageuse qui accueillit, après la guerre, les témoignages des survivants et, jusqu’à la sortie de Shoah, le film de Claude Lanzmann, les travaux des historiens de la destruction des Juifs.
Et on oublie aussi que, au temps de l’affaire Dreyfus, la majorité des Français, en particulier à gauche, a longtemps cru que la culpabilité du capitaine était une évidence, non parce que les faits l’établissaient, mais parce qu’il était juif.
À chaque époque, les défenseurs de la vérité ont été tentés de jeter l’éponge. Et, chaque fois, après des batailles terrifiantes dont l’une mena les Juifs au bord de l’anéantissement, ils ont fini par l’emporter.
Reste l’objection des machines qui donnent au mensonge et à la haine une vitesse, une échelle et une puissance de contamination inédites.
Seulement, attention !
Les machines ne pensent pas. Les robots ne sont que la chambre d’écho des passions et pulsions qui leur préexistent. Et les foules qui, avant 1914, ou avant 1939, ou aujourd’hui, crient « mort aux Juifs ! » sont infiniment plus dangereuses car elles ont une colère, une volonté et une mémoire propres.
Pourquoi, dans ce cas, ne pas tabler, nous aussi, sur une IA qui – contrairement aux réseaux sociaux dotés, eux, d’une intention – peut aussi bien propager la vérité qu’amplifier le mensonge ?
Qu’est-ce qui s’oppose – sinon un défaitisme obscur – à ce qu’elle absorbe, agence et relaie, pourvu qu’on les adapte à sa rhétorique, les arguments des maîtres de vérité ?
Il ne tient qu’à nous.
Ma conclusion est donc inverse de celle de Ferguson.
Oui, les Juifs sont attaqués comme jamais depuis des décennies. Oui, cette haine est devenue virale, élégante, presque à la mode. Et, oui, quand on écoute un Nick Fuentes aux États-Unis ou un Jean-Luc Mélenchon en France, on se dit que la vérité traverse des heures difficiles.
Mais ce n’est pas une raison de baisser les bras.
Il faut, au contraire, se réarmer.
Il faut, sans rien céder de sa rigueur, réconcilier la vérité avec les codes de son temps.
Il faut aller sur les campus, parler leur langue et, puisque l’antisémitisme semble être devenu cool, montrer que les antisémites sont grotesques et désespérément uncool.
Et il faut, plutôt que le laisser aux faussaires, investir l’univers des robots et le voir comme un champ de bataille supplémentaire.
Être vrai et rusé… Rusé et fort… Se souvenir de Socrate, mais aussi d’Ulysse et, s’il le faut, d’Achille… À ce prix, la haine remportera quelques batailles, mais elle sera contenue, rentrera dans son lit et ne gagnera certainement pas la guerre.

L’opposition israélienne, marchepied d’un multipolarisme mondial que ses douleurs articulaires poussent à pester contre le bouc émissaire favori des Nations, a souligné, puis surligné un saisissant contraste entre la mine ravie de Bibi au sortir du mousseux guet-apens qu’avait vite enrayé la Maison-Blanche et, le même jour sur Fox News, une question effrontée posée suite à la visite du chef de l’exécutif juif, que Supertrump évacuerait d’un revers de la cape.
Le président américain aurait tenu à préciser, à propos de son quasi-homologue, qu’il n’avait pas besoin d’information de sa part concernant un site nucléaire iranien dont le sujet, ou le problème que poserait celui-ci au regard des exigences très claires émises par America First comme préalable à un futur accord avec le Quatrième Reich, avait été abordé lors de leur entretien.
Cité par Radio France internationale (RFI, l’une des stations de radio les plus écoutées au monde), Yediot Aharonot pointe le creusement progressif d’un fossé qui se serait installé entre Netanyahou et l’allié numéro un d’Israël, allant jusqu’à qualifier de « douche froide » cette rencontre au sommet. Selon ce quotidien le plus lu en Terre sainte, « Israël (serait) désormais installé sur le siège arrière ». Mais à quel moment, camarades et de gauche et de droite, vous êtes-vous imaginés que l’État-nation des Juifs copilotait la première puissance mondiale ?
Trump n’aurait, d’après vous, nul besoin qu’on lui mette le nez dans l’ubuesque merdre phynanciaire que menace de répandre sur tout le globe une mondialisation économique dont le gang déshumaniste souhaiterait que sa logique pratique repose sur une éthique submergée par les TOC. Encore heureux, allions-nous dire, que le chef du monde libre n’ait pas laissé les isolationnistes de son propre camp altérer son discernement au point de confondre l’ADN d’un allié crucial avec celui d’un ennemi juré !
Compétiteur dans l’âme, le frère cadet de feue la juge fédérale Maryanne Trump Barry, tous deux héritiers de Fred Trump, cofondateur avec sa propre mère de The Trump Organization, ne s’en cache pas : il brigue le prix Nobel de la paix, une distinction internationale universellement considérée comme la plus disputée, ou du moins la plus convoitée, indubitablement la plus médiatisée. Donald ne peut pas prendre le risque de s’inscrire dans l’histoire comme le président des États-Unis qui aura renforcé l’État islamique des Aryens en offrant une victoire décisive à l’organisation terroriste Pasdaran, piraterie en chef du Désordre mondial et fer de lance du nouveau nouvel ordre.
Pour les petits malins auxquels ce goût de fin des temps ouvrirait l’appétit, je crains qu’en l’espèce, on ne soit pas rendu. Benyamin n’est pas le Mashia’h et moins encore le Fils d’un Père qui aurait le pouvoir de créer chacune des composantes de l’univers en se bornant à dire : « Que cela soit ou ne soit pas ». Ni lui ni vous ni nous ne sommes le Créateur de toutes choses. On peut néanmoins affirmer que Benyamin fut victime d’une grossière et brutale humiliation, qui en délectera certains, en débectera d’autres ; ceci, nous pouvons le faire sans que nos vœux s’en trouvent ni divinement ni mécaniquement réalisés. Nous sommes aussi en droit de critiquer la façon dont celui qu’on adore abhorrer mène sa barque et la nôtre, mais il serait déshonnête de ne point reconnaître à l’homme d’État qu’est Benyamin Netanyahou un courage politique très au-dessus de la moyenne de ses prédécesseurs ou anciens successeurs au poste de PM de l’État biiip.
Face aux immondes bestialophiles que ne parviendra pas à réhumaniser à elle seule une riposte, aussi juste qu’elle soit, et bien que cette dernière n’eût pas cessé de l’être après que l’agresseur fut offensé par la contre-offensive, lequel barbare conserve sa nature de bout en bout, et ce, quels que soient les ravages qu’aura causés la conne de guerre qu’il fit le choix de déclencher, Netanyahou résiste. Ses résultats irriteraient moins s’il faisait le dos rond en s’asseyant auprès du Pygargue à tête blanche, oui mais voilà, Bibi n’est pas un animal de compagnie. Est-il le dirigeant d’une hyperpuissance ? Non. Tient-il son rôle à la tête d’un pays unique au monde par son destin, par son histoire, ses résonances tant internes qu’externes, leurs consonances et dissonances fécondes, ne concevant pas de prospérer sans partager le fruit d’une connaissance qui, hélas, ne peut qu’être indigeste avant qu’on n’ait appris à en ruminer le feu ? Dur de dire le contraire.
Camarades cryptotrotskistes et cryptostaliniens, je partage avec vous un souci raisonnable pour l’égalité, même si je considère que l’épisode de Passion a d’autres fins, qu’on ne peut matérialiser à toutes les sauces. Aussi vous proposerai-je un petit exercice delphien dont le champ d’investigation s’oriente vers le fronton du temple d’Apollon : dès aujourd’hui jusqu’au 31 août, coupure d’eau chaude dans toutes les douches.