Marjane Satrapi est peintre. Vous pensiez qu’elle était cinéaste (La bande des Jotas) ? Auteure de bande dessinée (Persépolis) ? Parolière (« Poney rose », avec Philippe Katerine) ? Conscience (de l’opposition démocratique aux gangsters qui gouvernent l’Iran) ? Elle est tout cela, bien sûr. Mais elle est aussi peintre. Vraiment peintre. Et elle le révèle avec la vingtaine de portraits de femmes, tantôt seules, tantôt en duo, tantôt quatre, qu’expose, avenue Matignon, à Paris, la Galerie Jérôme de Noirmont. On sent l’influence de Mondrian dans la géométrie savante, très construite, des silhouettes. Il y a du Piero dans l’éloquente inexpressivité de ces visages fermés et étrangement impassibles. On sent la marque de De Chirico, celui des Intérieurs métaphysiques, ou de la série des Philosophes, dans le régime d’une émotion qu’induisent, au lieu de la brider, la froideur et l’aplat des couleurs, les regards systématiquement obliques, l’improbabilité mystérieuse de situations dont le sens est hors champ et se dérobe méthodiquement. Marjane Satrapi prétend que ces femmes sont des femmes de son enfance, des figures tutélaires, des mères, des tantes. Peut-être est-ce vrai. Mais peut-être est-ce une fausse piste et ces tableaux, semblables et différents, tous autrement les mêmes, variations sur une figure finalement unique, sont-ils la déclinaison d’un interminable autoportrait. C’est mon hypothèse. Voyez encore. Et dites.
Peintures de Marjane Satrapi


