À quel moment de la journée, de la semaine, de l’année, de la vie lisez-vous le plus volontiers ?
Tout le temps, sans distinction entre les moments du jour ni de l’année, parce que lire n’est pas une activité temporelle, plutôt une sortie du temps. En fait, pour moi, c’est une activité spatiale plutôt que temporelle. Quels que soient l’heure, le jour ou la saison, je distingue seulement le fait de lire assis à une table (détestable), ou sur un fauteuil, un canapé, ou au lit (mieux).
Y a-t-il des livres dont vous puissiez dire qu’ils ont changé votre vie ? Dans ce cas, pourquoi ?
Oui, parce qu’ils m’ont permis d’entrer dans des mondes dont je n’aurais jamais trouvé l’entrée seul. C’est le cas, par exemple, de l’Éthique de Spinoza (« Par perfection et par réalité, j’entends la même chose ») ou de La Généalogie de la morale de Nietzsche. Ces livres, et quelques autres qui m’ont marqué profondément, comme les Stances du milieu par excellence de Nâgârjuna, ou La Chasse au Snark de Lewis Carroll, n’ont rien de commun, sauf d’ouvrir à des mondes qui font voir autrement le réel.
Y a-t-il un grand classique – ou plusieurs – dans lequel vous n’avez jamais eu le goût d’entrer ?
Proust, principalement. Ni le goût ni la capacité. Malgré des tentatives réitérées pour le lire, notamment parce qu’il s’est intéressé à Schopenhauer, il me tombe des mains. J’aime différemment Balzac, Stendhal, Zola, les russes, et Flaubert, éperdument, mais Proust représente une forme de sensibilité qui m’est absolument étrangère et ne m’intéresse pas. C’est très mal, j’en suis sûr, mais j’assume.
Vous est-il arrivé d’aimer de mauvais livres ? Si oui, pourquoi ?
Oui, bien entendu, et pour la même raison, je pense, qu’on aime parfois les mauvais goûts, les mauvaises odeurs, les mauvais lieux ou les mauvais films. Et même les mauvaises plaisanteries, voire les mauvaises personnes. La lecture n’échappe pas, heureusement, aux entorses faites au bon goût, à la décence, au beau style.
Comment lisez-vous, Roger-Pol Droit ?
par Roger-Pol Droit
13 mai 2026
Le philosophe Roger-Pol Droit répond à notre enquête sur la littérature.
À quel moment de la journée, de la semaine, de l’année, de la vie lisez-vous le plus volontiers ?
Tout le temps, sans distinction entre les moments du jour ni de l’année, parce que lire n’est pas une activité temporelle, plutôt une sortie du temps. En fait, pour moi, c’est une activité spatiale plutôt que temporelle. Quels que soient l’heure, le jour ou la saison, je distingue seulement le fait de lire assis à une table (détestable), ou sur un fauteuil, un canapé, ou au lit (mieux).
Y a-t-il des livres dont vous puissiez dire qu’ils ont changé votre vie ? Dans ce cas, pourquoi ?
Oui, parce qu’ils m’ont permis d’entrer dans des mondes dont je n’aurais jamais trouvé l’entrée seul. C’est le cas, par exemple, de l’Éthique de Spinoza (« Par perfection et par réalité, j’entends la même chose ») ou de La Généalogie de la morale de Nietzsche. Ces livres, et quelques autres qui m’ont marqué profondément, comme les Stances du milieu par excellence de Nâgârjuna, ou La Chasse au Snark de Lewis Carroll, n’ont rien de commun, sauf d’ouvrir à des mondes qui font voir autrement le réel.
Y a-t-il un grand classique – ou plusieurs – dans lequel vous n’avez jamais eu le goût d’entrer ?
Proust, principalement. Ni le goût ni la capacité. Malgré des tentatives réitérées pour le lire, notamment parce qu’il s’est intéressé à Schopenhauer, il me tombe des mains. J’aime différemment Balzac, Stendhal, Zola, les russes, et Flaubert, éperdument, mais Proust représente une forme de sensibilité qui m’est absolument étrangère et ne m’intéresse pas. C’est très mal, j’en suis sûr, mais j’assume.
Vous est-il arrivé d’aimer de mauvais livres ? Si oui, pourquoi ?
Oui, bien entendu, et pour la même raison, je pense, qu’on aime parfois les mauvais goûts, les mauvaises odeurs, les mauvais lieux ou les mauvais films. Et même les mauvaises plaisanteries, voire les mauvaises personnes. La lecture n’échappe pas, heureusement, aux entorses faites au bon goût, à la décence, au beau style.