La révolte des Iraniens est le cas pur qui devrait retourner nos pavés, soulever nos amphithéâtres et enflammer nos réseaux. Pourtant ce n’est pas le cas.

Le régime des mollahs est pourtant facile à détester : obscurantiste et corrompu à l’intérieur ; terroriste à l’extérieur.

Au plan géopolitique, il déstabilise la région en sponsorisant les milices de l’internationale terroriste islamiste du Hezbollah libanais, au Hamas palestinien en passant par les Houthis au Yémen.

Après la mort de Mahsa Amini, ce sont les femmes qui les premières se sont élevées en 2022 à travers le mouvement Femme, Vie, Liberté.

À présent les jeunes et les travailleurs leur emboitent le pas et ce sont des millions d’Iraniens qui bravent la terreur. Depuis qu’Internet est coupé, plongeant dans l’isolement et le silence 92.000.000 de personnes, il en tombe par milliers. Des femmes, des étudiants, des ouvriers ; on parle de 12.000 morts en 48 heures.

Le Secrétaire général de l’ONU a déclaré que la situation était moralement, politiquement et juridiquement intolérable… sauf qu’il parlait de Gaza au mois de septembre dernier. Au cas de l’Iran, il invite poliment dans un même mouvement les Iraniens à manifester leurs doléances de manière pacifique et les autorités à faire preuve de retenue.

Ce n’est pas le seul exemple. Lula le président brésilien avait déclaré : « Ce qui se passe dans la bande de Gaza avec le peuple palestinien s’est déjà produit lorsque Hitler a décidé de tuer les Juifs. » Sa déclaration sur l’Iran depuis le début du soulèvement est beaucoup plus sommaire et lapidaire puisqu’il n’y en a pas !

Pas de flottille non plus vers la mer Caspienne ou le golfe persique avec Greta Thunberg en tête de proue !

Pas d’enquête de la Cour Pénale internationale, ou de saisine de la Cour internationale de Justice.

On pourrait encore s’étonner d’un Dominique de Villepin qui expliquait que « Nous avons le devoir moral absolu de nous opposer à cette folie meurtrière à Gaza », déclarant à présent qu’il ne faut surtout aucune intervention extérieure pour venir en aide aux Iraniens.

Évidemment, dès lors que l’on évoque une situation dramatique qui mêle justice et oppression comment ne pas interroger ce qu’en dit la LFI ?

En l’occurrence la réaction insoumise est plus que déroutante.

Il y a ceux comme Manon Aubry qui réduisent cette mobilisation à une manifestations contre la vie chère. D’autres comme Jean-Luc Mélenchon qui y voient une ingérence du Mossad. Et puis il y a Rima Hassan. Elle qui défend le droit à la lutte armée contre l’oppresseur, y compris par le terrorisme, mais qui n’a rien dit sur l’Iran ou pour les Iraniens. Silence. Pas un seul tweet.

J’ai beau scruter désespérément les révoltés du Boutmy à Sciences Po mais ils n’ont pas pris d’assaut leur amphi, tandis que la Place de la République qui déborde de banderoles pour tout et n’importe quoi demeure vide.

Or, il se trouve dans notre pays des indignés d’habitude et des révolutionnaires professionnels, mais pour les Iraniens, il n’y a rien ! C’est le néant face à Téhéran.

C’est simple il y a plus de morts en Iran en une semaine que de manifestants pour les soutenir dans tout l’Occident réuni.

Ce régime a beau être le plus rétrograde et sanguinaire du monde, cela ne suffit pas à nos consciences locales et internationales pour s’en émouvoir. Elles préfèrent de loin leur détestation à leurs principes. Le malheur des Iraniennes et des Iraniens en lutte, c’est d’avoir pour bourreaux des personnes qui haïssent aussi Trump et Netanyahu.

La démonstration sanglante de cette faillite morale s’étale sous nos yeux tous les jours depuis une semaine.

La révolte des Iraniens tend à l’Occident un miroir impitoyable. Le courage des Iraniens est le creuset de notre lâcheté. Notre silence complice, nos accommodements coupables et nos indignations sélectives marqueront notre fin sauf à ce que nous nous décidions enfin à nous montrer dignes et solidaires et surtout dignes parce que solidaires avec les Iraniens !


Ce texte est issu du « Billet d’humeur » de Patrick Klugman sur RCJ.

Un commentaire

  1. Les passions

    Rien d’étonnant à tout cela, si l’on admet que l’opposition entre le camp du bien et le camp du mal est une foutaise.
    Qu’est-ce qui agite ? qu’est ce qui démange ? Qu’est-ce qui fait gargouiller les bonnes consciences ? Les passions ! Celles que suscitent la jalousie, l’envie, les frustrations, les rancunes, les peurs … Les passions tristes, quoi. Les passions qui donnent envie de tuer symboliquement ou réellement.
    Sans remonter à Robespierre, Marat, à l’épopée des bouffeurs de curé de la troisième république, citons :
    – l’antisémitisme que l’existence de l’état d’Israël a ranimé. Qui peut sérieusement croire que l’antisionisme et l’antisémitisme sont deux choses distinctes ?
    – l’anti-américanisme qui, en Amérique latine, a fait de Fidel Castro et de Maduro des héros simplement parce qu’il faisait la nique à Washington. Cet anti-américanisme est bien antérieur à l’arrivée de Trump à la Maison-Blanche,
    – la jalousie de la petite bourgeoisie d’état à l’égard du monde de l’entreprise ; c’est sur cette jalousie, cette hargne que s’appuient Mélenchon, Olivier Faure et leur faune. Cette petite bourgeoisie s’estime intellectuellement au-dessus des entrepreneurs et ne supportent pas d’être
    matériellement en-dessous. Sa jalousie n’a d’égal que son profond mépris pour la classe ouvrière et paysanne.
    Je pourrais allonger la liste. Qu’y a-t-il de grand, de noble dans tout ça ?
    Il y a, en revanche, des ressorts pour l’action politique, la mobilisation derrière des organisations qui brandissent des idéologies vengeresses.
    Pour soutenir les Iraniens, il faut d’autres ressorts. Le vieil humanisme, laïc ou religieux, peut les susciter, mais c’est une autre histoire…