Prenant la liberté qu’offrent de nombreuses années de diabolisation par la presse iranienne, j’ai depuis longtemps averti publiquement Téhéran de la nécessité de repenser ses velléités de conflit volontaire, et potentiellement cataclysmique, avec Israël. Et ce, avant qu’Israël ne finisse par considérer comme totalement inadmissible ne serait-ce qu’une simple trêve avec un ennemi résolu à sa destruction totale. Dans cette logique, le 14 janvier 2024, lors d’une interview au 92NY avec Norman Roule, ancien analyste en chef sur l’Iran pour la communauté du renseignement américain, j’ai réitéré cet avertissement. Insistant sur la course effrénée du régime vers une collision frontale avec Israël, j’ai donc lancé un message « de service public » à Téhéran : Trouvez une porte de sortie ! A mon grand dam, ils ont fait le choix inverse, et cette opportunité est désormais révolue. L’Iran a joué son va-tout. Et maintenant, c’est au tour d’Israël.

Le défunt Hassan Nasrallah avait assimilé l’avenir d’Israël à la fragilité d’une toile d’araignée. Le prince du prétendu « Axe de la Résistance » n’est plus – condamné par sa propre vanité à rejoindre au Jahannam ses plus proches acolytes, de Qasem Soleimani à Mohammed Deif. Il pourrait bientôt être rejoint par ses maı̂tres iraniens, les parrains idéologiques et matériels de ceux qui ont orchestré l’actuel bouleversement et chaos. Depuis le 7 octobre, Téhéran a accumulé les bévues géopolitiques en trop grande quantité pour qu’elles puissent être énumérées. Et, aujourd’hui, ce n’est point l’exquise dentelle d’Israël qui se défait, mais bien la sienne – brisée sous les gravats et les fers à béton des bunkers de la banlieue sud de Beyrouth, ainsi que dans les restes fumants de ses propres batteries russes de missiles S-300. Avec l’effondrement de la Syrie qui s’en est suivi, ce sont des décennies d’expansionnisme impérial qui se sont presque entièrement évaporées. Aujourd’hui, en lieu et place d’un nœud coulant se resserrant autour d’Israël par un encerclement méthodique, c’est une dague affûtée qui est désormais pointée sur la gorge de l’Iran.

Téhéran a longtemps cru jouir d’un mandat divin pour déclencher une révolution islamiste dans la région et au-delà. Des années de succès ont semblé couronner l’exécution de leur projet d’un « Arc chiite » (celui-ci coïncidant avec l’ambition d’assiéger Israël) et ont nourri leurs prétentions messianiques. Enivré par une arrogance extraordinaire, le régime a progressivement perdu le sens de l’analyse rationnelle du rapport de forces qui, jusque-là, lui avait permis de maitriser avec un certain brio le principe du rapport coût/bénéfice de son aventurisme politique.

Pourtant, en légitimant l’anomalie flagrante que représente l’expérience du Velayat-e faqih[1] dans l’histoire et la théologie iraniennes, les adeptes de l’absolutisme clérical suivent un chemin déjà bien balisé par leurs prédécesseurs dynastiques. Car l’histoire persane est jalonnée d’épisodes de surexpansion et d’hubris. De la complaisance des Achéménides face à Alexandre de Macédoine jusqu’aux Parthes, Sassanides, Séfévides et Kadjars, l’incapacité chronique à mesurer les conséquences des défaites étrangères sur leur propre position intérieure a souvent conduit à la ruine. En Iran, les dynasties vont et viennent. Certaines ont duré des siècles, d’autres à peine quelques décennies. Les Afcharides, qui ont succédé à Nader Chah – qui avait renversé les Séfévides et que l’on surnomme parfois le « Napoléon de Perse » pour ses nombreux exploits –, en sont un exemple. Plus récemment, les Pahlavis incarnent une autre variation du même thème.

Ainsi, invoquant une nouvelle fois le passé, certes ancien mais ô combien instructif, mes lecteurs de Téhéran pourraient trouver pertinente une anecdote qui illustre ce phénomène récurrent – et rappelle étrangement notre époque : après une série de défaites infligées par les Sassanides au début du VIIème siècle, les Byzantins ont cherché à négocier la paix. Assoiffé d’une victoire totale contre ses ennemis romains, plutôt que d’entériner ses gains, Khosro II rejeta l’offre, malgré les termes généreux qui lui étaient proposés. Il ne sut pas lire la situation, ni à Constantinople, ni au sein de sa propre aristocratie et de son peuple las de trop de guerres. Après plusieurs revers cuisants face à l’empereur Héraclius, le shahanshah[2] fut renversé en 628 et, nota bene, exécuté par son propre fils, Shiruyih (plus tard Kavadh II). Une guerre civile s’ensuivit et, en 651, la dynastie sassanide, vieille de quatre siècles, disparut – oubliée de tous, sauf de ceux qui cherchent à connaitre l’histoire et en tirer ses leçons.

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Les fondements théoriques d’une issue possible à la crise en cours pourraient bien se trouver, contre toute attente, dans la pensée de Machiavel. Car l’un des plus grands stratèges de l’histoire appliquée avait une leçon toute particulière pour les Perses. Mais également pour les Israéliens, dont l’objectif principal devient de s’assurer que, si le régime de Téhéran venait à survivre à ce désastre, il n’ait plus jamais la capacité de reconstituer ses forces et de redéployer ses ressources. En effet, Machiavel nous enseigne que si un ennemi juré doit être attaqué, il ne faut pas simplement le blesser, mais bien l’anéantir – ou du moins lui infliger un châtiment si sévère que toute volonté de vengeance soit annihilée par l’incapacité à riposter. Rien n’est plus dangereux qu’un prince blessé cherchant à renverser la situation.

L’illustration la plus frappante de la dynamique du « Prince blessé » se trouve très certainement dans les propres guerres d’Israël. Pour ne citer que deux exemples : la contre-attaque face à l’invasion à double front du 6 octobre 1973[3], et plus encore peut-être, les conséquences du 7 octobre 2023 et la lutte acharnée d’Israël face à un péril immense. La guerre du Kippour a connu plusieurs revers majeurs à son début. Cependant, au moment où le conflit s’est terminé, Tsahal se trouvait aux abords de Damas et ses chars sur la route du Caire. Malgré la réelle catastrophe que constitua – jusqu’à son jubilé d’argent – l’échec du renseignement le plus grave depuis la création de l’État, la nation s’est mobilisée, avec le soutien matériel des États-Unis. Certes, les pays arabes avaient blessé Israël et brisé l’assurance née de la victoire totale du pays lors de la guerre des Six Jours de 1967. Mais Israël remporta bel et bien la victoire.

Presque jour pour jour 50 ans plus tard, le 7 octobre 2023, Israël a subi les terribles conséquences d’un fiasco du renseignement encore plus colossal. En 1973, peu de civils avaient perdu la vie, et encore moins avaient été massacrés, violés, torturés et enlevés. Pourtant, une fois de plus, les Israéliens se sont mobilisés pour, non seulement neutraliser le Hamas dans l’opération « Épée de Fer », mais aussi porter un coup écrasant au proxy préféré des iraniens – le Hezbollah. Cette réussite a ensuite entraı̂né l’effondrement du régime de Bachar al-Assad – le maillon clé du Croissant chiite reliant la Méditerranée – ainsi que l’élimination des capacités militaires syriennes.

Dans un triomphe du renseignement stupéfiant, qui sera enseigné pendant des décennies dans les académies militaires comme le contre-exemple ultime de l’effondrement de l’imagination qui avait précédé le 7 octobre, Israël, avec l’aide américaine, a renversé l’entreprise impériale la plus ambitieuse du Moyen-Orient moderne. En rejetant les demandes malavisées de « désescalade » et de « cessez-le-feu » émanant de la communauté internationale alors qu’ils menaient un combat pour leur survie, les sionistes ont fait leur la maxime du roi Salomon : « Il y a un temps pour tout, un temps pour chaque chose sous les cieux… un temps pour la guerre et un temps pour la paix. » Dans cette perspective, les succès spectaculaires d’Israël – si rapides et si complets – constituent l’étalon-or dans le retournement du destin d’une nation moderne.

La République islamique et ses dirigeants ont, à maintes reprises, des centaines et des centaines de fois, exprimé leur volonté de détruire Israël – le Guide suprême lui-même déclarant, après le 7 octobre, que ce massacre était ce dont la région « avait besoin ». La question de savoir ce que l’Iran aurait fait si la situation avait été inversée est donc purement rhétorique. Israël aurait été rayé de la carte. Ce qui n’est pas rhétorique, en revanche, c’est que si on leur en laisse l’occasion, l’Iran et ses alliés islamistes continueront de chercher les moyens d’anéantir le peuple juif.

L’Iran et ses confédérés ne disposaient pas encore de cette capacité génocidaire lors du récent conflit. Cependant, ils ont clairement manifesté – avec leur cruauté habituelle – leur volonté d’accomplir une telle annihilation si l’opportunité leur était donnée. Israël, par contre, possède bel et bien la capacité militaire de commettre un tel acte, mais n’en a jamais eu l’intention. Rappelons que, à tout moment, si le Hamas s’était rendu ou avait accepté un passage sécurisé vers l’exil, la guerre de Gaza telle que nous la connaissons aurait pris fin.

Désireux d’imposer le martyre à leur peuple, le Hamas et ses alliés islamistes ont préféré prolonger la guerre afin de pouvoir accuser Israël de génocide. Les Juifs, qui ont commémoré en janvier le 80ème anniversaire de la libération d’Auschwitz, savent ce que signifie et ce à quoi ressemble un véritable génocide – à savoir, la tentative délibérée d’éradiquer un peuple. C’est précisément ce que les Allemands ont fait aux Juifs dans les années 1940 et ce qu’ils prévoyaient de faire, entre autres, aux Slaves. C’est ce que les Turcs ont infligé aux Arméniens à partir de 1915. C’est ce que Saddam Hussein a cherché à accomplir contre les Kurdes, en particulier lors de la campagne d’Anfal en 1988.

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Ce sont donc les ennemis du prince israélien blessé qui subissent aujourd’hui les conséquences brutales de la tempête qu’ils ont semée. Tous, à l’exception d’un seul. Car l’Iran est dorénavant, aussi, un Prince blessé. En soutenant Yahya Sinwar[4], un jihadiste sunnite qui, dans d’autres circonstances, aurait été considéré par ses manipulateurs chiites comme un apostat, le régime a assisté impuissant à l’anéantissement de décennies de travail patient et méthodique. Néanmoins, hormis quelques assassinats ciblés et autres interventions limitées, l’Iran lui-même n’a subi que peu de pertes physiques. Même les répercussions de la dégradation ciblée de ses défenses aériennes par Israël ne constituent qu’une blessure superficielle. Ses principales pertes relèvent du domaine du prestige – mais cela implique une vulnérabilité stratégique et tactique accrue. L’Iran et le Hezbollah ont misé leur avenir sur un psychopathe – et ils ont échoué de manière spectaculaire. Loin d’annoncer le retour du Mahdi[5], le prince blessé de Téhéran a désormais une dague de fer sous la gorge.

Un tel levier doit être utilisé rapidement… et jusqu’au bout. Car qu’on ne s’y trompe pas : le prince blessé cherchera à se venger de ses pertes contre Israël et l’Amérique. Et avec la fin de la guerre en Ukraine en ligne de mire, une Russie libérée de cet engrenage meurtrier et de cette entreprise épuisante en ressources sera plus encline à un opportunisme tactique dans le Golfe – une posture qui pourrait facilement compliquer une approche plus linéaire et décisive du sujet iranien. Si toute discussion à cet égard se doit de prendre en compte une multitude de facteurs, concentrons-nous pour l’instant sur les menaces immédiates par le biais des « Trois Grands Impératifs » :

1. À ce stade, il est évident que l’Iran ne doit pas posséder de programme nucléaire.

Le programme nucléaire ne doit plus être sujet à négociation – au minimum, son existence ne doit pas permettre un enrichissement dépassant les 3% qui seraient nécessaires à un usage strictement civil. Pas un pour cent de plus et aucune centrifugeuse avancée. Il en va de même pour le stock de matières fissiles, dont la quantité doit être limitée de sorte à empêcher l’Iran de constituer une seule bombe. Les sites renforcés ou enterrés doivent être proscrits. Qui plus est, ces restrictions doivent être à durée illimitée. L’ère des nobles tentatives de rapprochement, durant lesquelles des contraintes temporaires sur le programme nucléaire s’échangeaient contre une levée permanente des sanctions, est désormais révolue.

La disparition de ce programme pourrait être enveloppée dans une déclaration encore plus ferme du Guide suprême, renonçant sur des bases islamiques à son développement et à son usage. Mais elle doit être totale et sincère. Un régime intrusif de surveillance et d’inspection doit être mis en place tout au long de la chaine d’approvisionnement nucléaire. Toute preuve de dissimulation ou de tricherie entraı̂nerait, non pas une négociation prolongée, mais un rétablissement immédiat de toutes les sanctions levées et des avantages accordés. Avec, en complément, une démonstration claire de la volonté de réemployer la force militaire si nécessaire.

2. Le programme de missiles balistiques, lui aussi, doit être strictement circonscrit.

La République islamique d’Iran a utilisé ses missiles balistiques de manière irresponsable contre le Pakistan, contre les forces américaines en Irak et, bien sûr, à plusieurs reprises, contre Israël – trois puissances nucléaires, respectivement – sans oublier les Kurdes d’Erbil. En franchissant toutes les lignes rouges imaginables dans la fabrication, le transfert et l’utilisation de ces armes, l’Iran a de facto perdu le droit de posséder tout type d’engin autre que des missiles balistiques à courte portée, dont la quantité serait limitée et placée sous restriction permanente et vérifiable. La détention de missiles balistiques intercontinentaux, voire même à portée intermédiaire, est hors de question.

J’ai récemment abordé ce sujet avec le président Macron, en lui faisant remarquer que Paris pourrait bientôt se retrouver à portée de l’arsenal de Téhéran. Il m’a corrigé : « Nous en prenons déjà le chemin », en faisant allusion à la variante du missile Khorramshahr. En réalité, Israël joue le rôle de rempart méconnu de l’Occident – protégeant ceux qui sont déjà ou qui seront bientôt à portée des ICBM du principal État sponsor du terrorisme dans le monde. Une erreur d’une gravité similaire, dont les effets terrifiants se poursuivent encore aujourd’hui, a été commise avec Pyongyang. Afin de prévenir cette nouvelle menace pour l’Amérique, l’administration Trump doit agir rapidement pour soutenir Israël dans son besoin de résolution stratégique de cette question. Car il n’y a littéralement plus d’autre choix que de neutraliser l’inventaire de missiles balistiques de Téhéran.

3. Les guerres par procuration – et le soutien de l’Iran au terrorisme – doivent appartenir au passé.

Cette forme hybride d’impérialisme national et religieux, aussi perverse qu’efficace, qui a imposé sa loi de Téhéran à Lattaquié et Hodeïda, doit être abandonnée. L’Iran devra se recentrer sur lui-même. Plus aucun soutien – officiel ou officieux – à sa clique d’entités non-étatiques au Liban, en Syrie, en Irak, au Yémen, à Bahreïn, dans les territoires palestiniens ne sera toléré. Comme l’exprimait Kissinger, « l’Iran doit choisir entre être un pays ou une cause ».

D’un point de vue pratique, cela veut dire que la Force Al-Qods qui dirige les proxys iraniens et les activités terroristes de Téhéran d’une manière générale devra être dissoute. Aucun autre pays ne dispose d’une telle unité. Les fruits amers du déploiement de proxys régionaux par l’Iran devraient être évidents pour tous. Les habitants de Gaza (et, d’ailleurs, de Cisjordanie aussi), du Liban et de la Syrie ont vu leurs nations ravagées par l’exploitation cynique de chair à canon arabe par Téhéran au service de ses ambitions destructrices. Ainsi, stopper net l’activisme des milices soutenues par l’Iran permettrait aux nations victimes de l’impérialisme iranien de se reconstruire.

Deux acteurs majeurs restent encore intacts : en Irak et au Yémen. Trop, c’est trop : les réponses aux assauts des Houthis et des milices irakiennes devraient désormais être dirigées principalement contre la source du problème et leur grand instigateur – l’Iran lui-même. Certes, le démantèlement des joyaux de la couronne du régime – incarnés par la force de dissuasion autrefois redoutable du Hezbollah et la profondeur géostratégique de la Syrie – rend aujourd’hui les attaques irakiennes et houthies plus symboliques qu’impactantes. Après avoir observé avec Nasrallah les conséquences désastreuses d’un kabuki mal conçu, c’est au tour de l’Iran d’apprendre où et à quoi le bluff avec Israël (et les Etats-Unis) mène réellement.

Si ces exigences sont refusées – une négociation qui ne devrait pas prendre le temps de tisser un tapis à Tabriz, mais 72 heures tout au plus – les trois menaces en question seraient détruites militairement. Dans cette hypothèse, si l’Iran venait à menacer les alliés du Golfe en guise de représailles, la menace serait immédiatement contrée par un rappel officiel de la Doctrine Carter[6], affirmant la détermination des États-Unis à employer la force pour protéger leurs intérêts dans la région – ainsi que du Corollaire Reagan de 1981, concernant la sécurité de l’Arabie saoudite. Si l’Iran choisissait d’étendre le conflit, il sacrifierait de facto l’intégralité de son infrastructure économique. Dans le cas contraire, il serait laissé tranquille pour gérer ses propres affaires et (éventuellement) prospérer.

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En échange d’une renonciation à son programme de mort, en répondant de manière constructive et définitive aux « Trois Grands Impératifs », la République islamique récolterait les « Quatre Gains Massifs » suivants :

1. Le régime, dont la vulnérabilité a atteint un degré historique, serait autorisé à survivre (aussi longtemps que le peuple iranien le tolérera).

2. Les sanctions seraient levées, dès lors qu’il sera établi que l’Iran a cessé son soutien aux proxys et au terrorisme.

3. Si tel était son choix, l’Iran obtiendrait une reconnaissance diplomatique et des relations complètes avec les États-Unis.

4. Le nouvel état des choses serait formalisé par un traité approuvé par le Sénat américain.

Cette situation critique n’est que la conséquence directe du déclenchement d’une guerre épouvantable, du franchissement de toutes les lignes rouges face à un adversaire, et d’une défaite. Bien que prévoir le moment exact d’une révolution demeure une entreprise hasardeuse, il est difficile d’imaginer le régime survivre sans armes ni argent. À l’instar de Khomeini, qui accepta à contrecœur de boire le « calice empoisonné » de la paix avec l’Irak pour éviter un changement de régime dans son pays, ce moment serait celui où Téhéran devra décider si la Révolution islamique a encore une chance de perdurer. Avec un Hezbollah en lambeaux, la Syrie hors-jeu pour un moment – sans parler du fait que l’espace aérien iranien est désormais grand ouvert aux frappes israéliennes – la fenêtre de tir pour soumettre les mollahs à une offre qu’ils ne peuvent refuser est arrivée.

Comme l’a si élégamment observé le poète romain Ennius : « Le vainqueur n’est pas victorieux si le vaincu ne se considère pas comme tel. » C’est, après tout, l’un des principes fondamentaux des échecs – un jeu qui aurait été diffusé à travers le monde islamique via la Perse. Sous cette influence, ses expressions les plus célèbres sont devenues « shah » (échec) et « shah mat » (échec et mat). Avec tant de pièces essentielles retirées de l’échiquier, Téhéran est indéniablement sur la défensive… et terriblement proche de la reddition. Se voir infliger un « Mat » sans équivoque, avec une possibilité de survie, n’est peut-être pas aussi satisfaisant que le règlement que Khosro II aurait pu obtenir – une victoire qui aurait peut-être évité le changement de régime sassanide. Mais la proposition actuelle reste généreuse, vu la position calamiteuse de l’Iran. L’heure est venue.

(Un texte traduit de l’anglais par Antoine Artiganave)


[1] Velayat-e faqih (conservateurs de la jurisprudence ou gouvernement du docte) est un principe développé par l’ayatollah Rouhollah Khomeini et par Mohammad Sadeq al-Sadr. Il confère aux religieux la primauté sur le pouvoir politique en Iran. Ndlr.

[2] Shahanshah signifie « roi des rois ». Ndlr.

[3] Le 6 octobre 1973, jour du jeûne de Yom Kippour, une coalition militaire arabe menée par l’Égypte et la Syrie attaque Israël par surprise simultanément dans la péninsule du Sinaï et sur le plateau du Golan, déclenchant la Guerre du Kippour. Ndlr.

[4] Yahya Sinwar était le chef de la branche armée du Hamas. Il est mort le 16 octobre 2024 à Rafah. Ndlr.

[5] Dans la foi chiite, le retour du Mahdi est une continuation de la bataille de Achoura et le retour de l’imam est censé venger la mort de l’imam Hussein. Les croyants sont tenus de lutter contre l’oppression pour hâter le retour du Mahdi. Ndlr.

[6] La doctrine Carter fut formulée par le président des États-Unis Jimmy Carter dans son discours sur l’état de l’Union du 23 janvier 1980. Elle stipule que toute tentative de gagner le contrôle de la région du golfe Persique provoquera des représailles des États-Unis. Ndlr.

2 Commentaires

  1. Ces milliers d’Israéliens qui manifestent à Tel Aviv dans l’espoir angoissé de faire entendre raison (sic) à Benyamin Netanyahou afin que leur ennemi juré — eh oui ! — cède à la réitération d’appels au cessez-le-feu d’une IIIe Internationale collaborationniste au moment même où le gouvernement d’urgence et d’unité s’apprête à prendre le contrôle de Gaza, cette rue juive impatiente de rétablir l’état de paix à tout prix, fût-ce au mépris d’une lutte de tous les instants contre les totalitarismes, ces ravis de la peste rouge-brun ne décarraient déjà pas de la future place des Otages alors même que le pogrom hybride du 7 octobre 2023 n’en était qu’au stade des préparatifs, et ne lèveraient plus le camp dès lors qu’après quelques jours de riposte, l’assurance-vie des ravisseurs leur permettrait de se draper dans le Saint-Suaire de la Gauche hamassiste, partenaire sans égale pour la paix (dans l’islam).
    Si nous nous étions mis à plat-ventre devant ce mausolée de haines et de douleurs mêlées, l’effigie dépressive de Yahya al-Sinwar ne se contenterait pas de parader sur les T-shirts de la Beast Generation tel un Che Guevara de la fin des temps, d’autres louchées de soupe à la frime auraient été versées par Hassan Nasrallah dans l’entonnoir du Web et des médias mainstream, la chute de Bachar el-Assad aurait pu être évitée de justesse et l’arc chî’ite freiner, sinon tuer dans l’œuf les opérations salvatrices de Tsahal contre la République islamique aryenne, se réjouissant en chœur que ‘Amaléq pût endosser le costume poussiéreux du Prince blessé auprès des chancelleries d’un monde libre embourbé dans son humiliante dépendance énergétique et son complexe décolonial intolérant au suprémacisme, à moins qu’il ne lui eût redonné des couleurs exotiques.
    L’ONU et l’UE ont rejoint les forces du Néo-Axe.
    Elles sont désormais les alliées objectives, quand ce n’est pas les complices exaltées d’une organisation révolutionnaire politico-terroriste selon laquelle Adolf Hitler ne fut rien de moins qu’un visionnaire.
    Dans l’attente d’un éventuel sursaut phénigien, je crains que les derniers pays qui ont à cœur de sauver ce qui peut encore l’être de l’esprit des Lumières, ne soient sommés de faire leur deuil d’un ordre international et supranational régi par des principes que ses piètres gardiens ne font plus que prétendre incarner.

  2. S’il y a bien un reproche que l’on ne peut pas adresser à l’État juif, c’est de s’en remettre aux facultés de discernement d’autrui pour la sécurité de ses propres frontières.
    Les ennemis d’Israël, qu’ils exhibent ou feignent d’inhiber leurs pulsions génocides, encerclent la Terre sainte comme autant d’oiseaux de proie aux ailes coupées que couve de son brouet idéologique une infanterie d’hyènes édentées. À la regarder, on croirait que le chaos en croûte à l’intérieur duquel se cabre cette armée de civils fachisés, tempère les néfastes effets d’un état de siège s’avérant être plus parasite que mortifère ; ce serait sans évaluer le potentiel de régénérescence que lui confère une Propagandastaffel fort appréciée des clientèles de la démocrature cryptothéocratique ainsi que des complices de crimes contre l’humanisme que sont les partenaires économiques et politiques de Méta-Empire & Associés. Ces derniers se seront sans doute félicités que le grand méchant de loup de la fable palestiniste n’ait pas révisé ses objectifs de guerre en y incluant ou l’annexion ou le gouvernement de Gaza, dont il se bornera à prendre le contrôle, ou plutôt à en confisquer au Hamas les prérogatives pour mieux vider de leur sève hallucinogène ses organes de réserve militaro-terroriste. Reste à voir de quelle manière sera accueillie par une (communauté internationale)ment acquise à la cause antijuive, la décapitation partielle de l’hydre djihadiste.
    Le cabinet de guerre israélien valide la proposition du Premier ministre, ennemi n° 1 de feu le monde libre, visant à « supprimer le Hamas et permettre à la population d’être libre et de passer à une gouvernance civile ». Comment les Israéliens comptent-ils s’y prendre pour atteindre un but aussi ambitieux : en passant « le relais à des forces arabes qui gouverneront correctement — qui y veillera ? — sans nous menacer — pour combien de temps ? — et en offrant une vie agréable — selon quels critères ? — aux habitants de Gaza. »
    Nous commencions à désespérer d’entrevoir une lueur de vérité à l’horizon du troisième Decennium horribilis. Raison de plus pour ne rien laisser au hasard à quelques mètres de la ligne de départ. Nous savons sur quel modèle de civilisation sont voués à se déporter les suffrages printaniers d’une population égyptienne assoiffée de liberté et déjà ivre de pouvoir jouir de son droit de soumission aux ventriloques d’Allah ; un État qui, depuis qu’il s’est imaginé avoir privé la pieuvre frériste et de ses cœurs et de ses sangs, peut de nouveau honorer les accords de Camp David tout en fermant les yeux (froncement de sourcils du suspect pris en flag) sur les transferts d’armement clandestin qui s’opèrent à loisir, depuis son territoire plus blanc que blanc, vers l’enclave horrifique. Est-ce avec ce genre de forces arabes que nous espérons déradicaliser une masse palestinienne abreuvée de thèses conspirationnistes et aveuglée par les miroirs révisionnistes qu’agitent au-dessus d’elle d’orgueilleuses élites ayant toutes fait leurs classes dans les Hitlerjugend auprès d’une clique de disciples d’exfiltrés revanchards ?
    Que les sujets ou citoyens des terres d’islam ne soient pas condamnés à naître, puis à mourir en fanatiques religieux incapables de se conformer aux critères de l’état de droit, nul n’en disconviendra. Hélas, l’indéterminisme quantique ne déboulonnera pas à lui seul le tyran intérieur des peuples. Pour que Boualem Sansal ait la postérité d’un Voltaire algérien, il faut d’abord qu’au lieu de l’embastiller, les élites de son pays d’origine lui reconnaissent l’esprit d’un éclaireur et d’un libérateur. À ce qu’il paraît, la France était à Londres, tandis que les Français encensaient le héros de Verdun grâce auquel ils pouvaient de nouveau mener une petite vie tranquille, à quelque kommandantur près. Admettons, mais afin qu’un De Gaulle palestinien soit à même de remettre sur le chemin du droit son peuple hitlérisé, peut-être eût-il mieux valu que les Palestiniens ne fussent pas le produit d’un grossier canular.