Un petit peuple martyrisé, il y un peu plus d’un siècle, par les maîtres de la Turquie se bat de nouveau pour sa survie face au même Etat, plus puissant et déterminé que jamais à soumettre une fois pour toutes ce peuple en trop, fait des descendants irréductibles du génocide de 1915.

Hommes et femmes d’Arménie luttent le dos au mur. Ils périssent par centaines sous les bombes et les drones de l’ennemi à deux têtes, Turcs et Azéris, qui les visent droit sur eux. Mais, jusqu’à ce jour, ils tiennent.

Face au Moloch qui menace de les broyer, ils ont tous ce qui fait d’eux, dans ce combat suprême, des Résistants : le souvenir du Plus jamais ça, le courage du désespoir, la patrie ou la mort. Et ils savent qu’ils sont nos frères humains, que nous tremblons pour eux et que nous les admirons. Mais résister, cela veut dire avoir en mains ce qui fait de tous ces combattants, ces volontaires venus du monde entier, des hommes capables de rendre coup pour coup à l’ennemi sans lui laisser de repos.

Pour l’heure, cet ennemi à deux têtes dispose d’une supériorité redoutable. Elle a deux noms, deux noms de terreur et d’effroi : Bayraktar TB2s et Anka-S. Ce sont des drones. Que rien, pour l’heure, ne peut empêcher de frapper  es défenses arméniennes : ni les systèmes anti-missile, trop sophistiqués pour les intercepter ; ni, au sol, les bunkers de fortune pour s’en protéger. Ne parlons pas des cessez-le-feu du « protecteur » russe ou de la communauté internationale. La parade viendra-t-elle du brouillage ? des brouillards opaques de l’hiver ? Nul, à ce stade du conflit, ne peut s’en remettre à ce fragile espoir.

En un mot, il faut des armes pour cette armée si démunie, pour que ce grand petit peuple ne cède pas.

Comme nos parents criaient jadis : « Des canons, des avions pour l’Espagne républicaine ! », comme nous criions il y a un quart de siècle, face au siège de Sarajevo sous embargo, « Des armes pour la Bosnie ! », il faut crier aux oreilles des peuples européens et de leurs dirigeants : « Des armes pour l’Arménie ! » 

Appel à l’arsenal des démocraties.

Quant à cet autre arsenal qu’est celui des idées, voici une munition célèbre, à la poudre toujours sèche et à la mèche toujours allumée car elle ne s’est jamais depuis éteinte dans la mémoire du temps.

Le 3 novembre 1896, Jean Jaurès tente en vain de convaincre la Chambre des députés de voter un ordre du jour appelant le gouvernement et les prolétaires français à réagir aux massacres de masse de ses sujets arméniens par Abdulhamid II, le sanglant Sultan rouge. « L’essentiel, conclut Jaurès au terme d’un fleuve de paroles admirable, c’est de préciser la responsabilité non seulement du Sultan, mais la responsabilité de l’Europe elle-même et la responsabilité précise de la France. Et c’est aussi de chercher avec précision quelle peut être la solution de la question qui est posée à cette heure devant la conscience européenne. »

Marcel Proust, dans Jean Santeuil, son grand pêle-mêle de jeunesse où se génère et se rassemble la matière de ce qui donnera plus tard La Recherche, rendra hommage à cette intervention de Jaurès, peint sous les traits du député Couzon. Couzon tente par sa « dignité » et sa « grandeur » de faire naître une révolte morale contre l’assassinat d’un peuple. Et Proust de lui prêter ces mots : « La vie et surtout la vie politique n’est-elle pas une lutte, et puisque les méchants sont armés de toutes les manières il est du devoir des justes de l’être aussi, quand ce ne serait que pour ne pas laisser périr la justice. »

Ne pas laisser en Arménie périr la justice sous la mitraille du nouveau Sultan.

2 Commentaires

  1. M. Herzog, merci pour vos idées et suggestions. On pourrait peut-être aussi travailler à empêcher la livraison d’armes à l’Azerbaijan, en occurrence par l’arrêt des livraisons des drones israéliens.