Voilà l’anti-journal de confinement. Le coup de gueule d’un homme en mouvement qui, bien que civiquement confiné, refuse le marasme social auquel le monde a été et reste soumis, dans sa presque entièreté. Bernard Henri-Lévy nous livre ses réflexions alors que nous entrons dans ce que l’on appelle le « déconfinement », même si le mot n’existe pas. S’il existe un contraire au « confinement », c’est la liberté. Comme le contraire de la mort est la vie. On ne « démeurt » pas – éventuellement, on ressuscite – comme on ne « déconfine pas ». On élargit. On libère. En cinq chapitres qui sont autant d’angles de vue du même phénomène, et un prologue qui revient sur les pandémies historiques – celles qui n’ont jamais conduit à l’interdiction de mouvements de milliards de personnes – BHL dit sa colère.

Le cœur du livre, le chapitre 3, porte comme chapeau « le confinement délicieux ». Ce chapitre-là fustige les « pascaliens du dimanche » comme autant de ravis de la crèche. Car tout part d’une citation tronquée de Pascal, que l’on nous a serinée durant des semaines, sur tous les réseaux sociaux, sur des fonds de couleur rose ou bleu pâle, lénifiants. Rappelons-nous : « tout le malheur du monde vient de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre. » Outre que le confinement n’est en rien le repos, qu’il y a l’école à faire à domicile et le travail à accomplir à distance, par écran et claviers interposés, s’en remettre à cette citation était un contresens. Un contresens rassurant, qui invitait, croyait-on, faisait-on croire, au retour sur soi, si ce n’est au repli sur soi. Bernard-Henri Lévy remet les pendules pascaliennes à l’heure, et rappelle que selon l’auteur des Pensées, le moi est haïssable. A partir de ce contresens, tous les autres en ont découlé : on s’en est allé lire, ou simplement rappeler que l’on avait lu, ou entendu parler, des œuvres de confinement, celles de Kafka, de Thomas Mann, de Proust, de Montaigne, confinant dans le même élan, et le même contresens, la vie des écrivains et les aventures immobiles de leurs personnages. Ce chapitre-là, le troisième, central, part de la littérature philosophique pour déboucher sur le surréalisme de Crevel et la peinture de l’univers carcéral de Genet. Être enfermé, confiné, c’est être seul et « on n’est rien quand on est seul, on […] ne pense le plus souvent à rien, et  […] l’enfer ce n’est pas les autres, mais c’est moi. »

Autour de l’axe du chapitre 3 se déploient deux versants de réflexion : un premier autour de l’attitude politique et médiatique du savoir médical et de la posture écologique, un second sur ce que l’on nous a enlevé et occulté, sur notre manière d’être humain et notre façon d’être informés. Premier versant, donc : les sociétés savantes, expression souvent employée par le ministre de la Santé, ont pris une importance inimaginable jusqu’alors. Ces sociétés-là sont en général presque secrètes, et murmurent à l’oreille de quelques initiés. Les experts médicaux ont tout à coup envahi l’espace médiatique, et on les a écoutés comme des oracles, d’édition spéciale en édition spéciale, sur toutes les chaînes, en attendant la conférence de presse quotidienne du directeur général de la Santé. « Jamais un médecin ne s’était invité, chaque soir, dans les foyers, pour annoncer, telle une pythie triste, le nombre des morts de la journée ». C’était, pour parodier un titre de Gary-Ajar, l’angoisse du professeur Salomon. BHL remonte le cours historique des confrontations ou appariements entre le politique et le médical. C’est saisissant. Quant aux hérauts de la nature-mère et des bienfaits évidents du confinement sur le vice des villes, BHL les renvoie à des temps pas si lointains. On entend les oiseaux dans Paris ? Quelle merveille ! L’homme a disparu des rues ? Quelle même merveille… Comme si c’était l’homme le virus, le méchant. C’est oublier un peu vite que le virus n’a aucune « vertu cachée ». Et BHL de rappeler que Giono, en 1940, dans la cour du Carrousel du Louvre,  « s’extasiait d’un Paris qui n’avait “jamais été si beau ni fleuri”. » Le confinement comme un silence d’occupation. Le confinement, dont BHL ne nie pas les effets bénéfiques sur la lutte contre la propagation du virus, a fait s’amplifier un bruit écolo inquiétant. Car la ville, c’est l’homme. Plus bas, BHL rachète Giono par l’attitude de son Hussard : voler libre sur les toits.

Second versant : la mort cachée, l’information occultée. Le confinement a avalé la mort, la représentation de la mort. On isole, pour leur bien, des vieillards, on les prive de visites. On ne tient pas la main de ceux qui vont partir, on enterre en catimini en tout petit comité. Bernard-Henri Lévy en appelle à Canguilhem et à Foucault, revient sur l’humus et l’homo. Porter l’homme en terre, c’est être humain. La mort solitaire et l’inhumation volée, c’est inhumain. Et l’oubli… on a oublié, pendant le confinement, tout ce qui se passait ailleurs. On savait que tous les pays étaient frappés par le virus, on connaissait même le nombre de morts par pays et par jour. Mais… il ne se passait donc rien d’autre que la pandémie ? Bien sûr que si. Mais… silence…

Ce virus qui rend fou est un anti-journal de confinement. BHL ne se regarde pas en tant que citoyen confiné, il ne donne pas de leçon, il constate. Il observe, en philosophe et en homme engagé, ce que la crise sanitaire a fait de nous. Des êtres masqués, à qui l’on conseille d’éviter tout contact physique. Pour un temps. Seulement pour un temps, hein… Car la poignée de main, l’embrassade, le bisou, il faudra y revenir pour se sentir plus humain. Et pour se sentir plus humain, pour simplement redevenir des hommes et des femmes conscients de la marche du monde, il faudra vaincre ce foutu virus qui étouffe les corps et les esprits. On retiendra, en toute fin d’ouvrage, l’allusion au Gaffiot, et les deux sens latins de mundus. Le « monde » et le « propre », l’aseptisé. Un même mot latin pour une contradiction. Le monde aseptisé n’est pas le monde humain. On ne peut vivre dans un monde où l’on passe sa vie à se laver les mains – à s’en laver les mains – au gel hydroalcoolique.

2 Commentaires

  1. Les amis d’Israël ont-ils examiné les possibilités infinies d’échanges de fluides intellectuels et d’associations de bienfaiteurs en tout genre qu’ouvrirait la réforme des terres qui érigèrent l’islam en religion d’État, dès l’instant que celles-ci incorporeraient en 1 : le Pentateuque, en 2 : les quatre évangiles canoniques — nous éviterons d’appréhender ces monuments civilisationnels en tant que premier et second testaments d’un Moribond : ne dit-on pas « jamais deux sans trois » ? — de sorte qu’on pourrait mesurer la dette spirituelle qu’elles contractèrent auprès de celles et ceux auxquels elles dénient un fleuve de connaissance qui, nonobstant le motze chem ra, irrigue leurs berceaux respectifs.
    Notre rempart républicain contre l’obscénité aboutie que représente la tentative de récupération de l’héritage gaullien par le Rassemblement nationaliste est-il parvenu à obtenir des Palestiniens que le nazi Mohammed Amin al-Husseini soit frappé d’indignité nationale à titre posthume comme nous autres, Français, fûmes attachés à ce que notre patrie repartît de l’Arc de Triomphe en marchant dans les pas d’un ennemi intraitable du Troisième Reich ?
    Les alliés d’Israël anticipent-ils l’utilisation qui pourrait être faite d’une citoyenneté que l’État juif accorderait à la tête de pont du réfugianisme, sachant que les concepteurs du statut de réfugié permanent ont compris tout le prix que nous autres, occis Dante, ô, attachons au caractère universel de la rédemption par le droit ?
    Les voisins d’Israël vont-ils enfin prendre au sérieux notre demande d’octroi de la citoyenneté aux réfugiés palestiniens résidant sur leur sol depuis plus de dix ans ?
    Les États de droit et leurs coalisés de non-droit se risqueraient-ils à transposer leur êthos, par souci de poursuivre une obsession de la guerre symétrique improprement qualifiée de recherche de solution juste et équitable, vers le théâtre des opérations libyennes, sahéliennes, irakiennes ou syriennes ?
    Pour ne rien vous cracher, je ne trouve pas grand-chose à moissonner, dans notre histoire récente, qui présagerait du dénouement satisfaisant d’un processus de paix dont la statue de glaise hésite encore entre le maintien au stade de la boue et le retour à la poussière.
    Voilà pourquoi je ne m’opposerai pas à l’annexion de la vallée du Jourdain ni à celle des implantations de Cisjordanie dans l’espoir de complaire aux assassins et à ceux qui préféreront toujours les remettre en liberté plutôt que d’avoir à prendre leur part de responsabilité dans leur séquestration et leur réinsertion, sous réserve que celle-ci entre dans l’ordre du possible.
    Non, si je ne soutiens pas le volet « annexion » dudit deal of the century, ce n’est en aucun cas pour complaire à l’ennemi ou à des nations qui feignent d’ignorer que rien ne ressemble moins à un horizon pacifique, dont nous serions en droit de paniquer à l’idée qu’on l’efface de nos visions convergentes bien que disparates, qu’un partenariat pour la guerre totale avec des civilisations écrans qui ne déposeront pas les armes avant que le dernier Juif de son État n’ait embarqué comme tous ceux qui
    l’auront précédé sur la flottille Free Panarabia et qu’une fois arrivé au large, il se soit jeté par-dessus bord, lesté de parpaing, faisant d’une pierre deux coups en réalisant la prophétie drumontiste d’une impayable Marseillaise antijuive de même qu’en observant l’inénarrable clause de la Charte nationale palestinienne.
    Je rejette l’annexion de la Judée par les Juifs pour cette seule et unique raison que la sanctification du Nom ne devra prendre effet qu’avec la reconnaissance du peuple qui Le porte par une communauté internationale consciente de ce que ce privilège a d’impersonnel, or il semble que notre belle globalité transcendantale ait encore à faire ses preuves en la matière.
    Il faut donc qu’un État souverain ne puisse pas être proposé aux populations arabo-musulmanes des anciennes colonies de peuplement des empires islamiques démantelés aussi longtemps que leur névrose collectiviste ne désépaissira pas, or celle-ci ne cessera jamais de charrier le témoignage de leur présence historique dans cette région hypersymbolique de l’intangible psyché d’Homo.
    Sauf à éradiquer le mal comme ses hôtes l’envisagent chaque fois que le mot « juif » contracte leur mâchoire, nous ne chasserons jamais de la Terre son funeste projet.
    Si, par malheur, les Israéliens abandonnaient le rêve sioniste pour un choix exterminationniste, ils finiraient par ressembler trait pour trait au portrait que dressent d’eux ces factions négationnistes du BDS qui pensent avoir fait la démonstration qu’en apportant notre soutien à Israël, nous nous rendons complices de crimes contre l’humanité : une pure infamie, une torture atroce infligée à la toute-vérité dont nous veillerons à ce qu’elle soit faite pour le rester.