Radovan Karadzic reconnu coupable de crimes contre l’humanité et condamné à 40 ans de prison, c’est la nouvelle qu’attendaient, depuis des années, les survivants de Srebrenica ainsi que, plus généralement, les familles des 100 000 et quelques morts de la purification ethnique en Bosnie entre 1992 et 1995. La justice est donc dite. Elle est faite. Et c’est bien.

Mais pourquoi a-t-il fallu que cette bonne nouvelle soit entachée par cette autre nouvelle, que l’on a apprise quelques heures plus tôt : l’arrestation de Florence Hartmann qui, avec les familles des victimes de Srebrenica, attendait le verdict devant le Tribunal pénal international ? Florence Hartmann, rappelons-le, fut journaliste au Monde et couvrit, pour le quotidien du soir, la guerre de Bosnie. Elle fut, à ce poste, l’une des observatrices les plus aiguës, les plus lucides et, en même temps, les plus engagées de ce désastre européen.

Porte-parole de Carla del Ponte, premier procureur du tribunal de La Haye, elle a publié un livre, en 2007, Paix et Châtiment, où elle rendait publiques deux pièces à conviction permettant d’établir la culpabilité de la Serbie dans le massacre de Srebrenica. Un procès l’a condamnée, alors, à une amende, puis à 7 jours de prison – et c’est sur la base de ce verdict que s’est faite l’arrestation d’hier par les gardes du Tribunal. Autant dire que cette arrestation est absurde, scandaleuse et sans fondement juridique sérieux. Mais, surtout, le symbole est navrant et déconsidérerait, si l’on ne faisait pas machine arrière très vite, le tribunal : condamner, dans la même journée, le criminel et celle qui l’a dénoncé, l’un des pires assassins de l’histoire contemporaine et l’une des plus grandes voix en soutien à la Bosnie souffrante, martyre et en guerre, c’est renverser toutes les valeurs, confondre les bourreaux et ceux qui les ont combattus et effacer d’une main la courageuse sentence que l’on vient d’écrire de l’autre. Florence Hartmann est un symbole. Elle est, plus que jamais, l’une des grandes voix de ce qui reste de l’esprit de Sarajevo et de la Bosnie. Elle doit être remise en liberté sans tarder.

 

Lire également : l’article de Bernard-Henri Lévy consacré, en 2014, au livre Lanceurs d’alerte. Les mauvaises consciences de nos démocratie de Florence Hartmann..

9 Commentaires

  1. Mais pourquoi a-t-elle été arrêtée et par qui, on ne comprend pas tout là, enfin, moi…
    merci…

  2. This is an absurd and shameful act. To arrest this brave and great woman at the moment when, after 20 years waiting, one can just about justify the existence of this machinery that is ICTY. What a farce to sentence the criminal and then arrest the whistle blower!

  3. C’est révoltant! C’est elle qui devrait recevoir la Légion d’honneur!

  4. • Les Politovskaïa ne poussent pas sur n’importe quel terreau.
    • Quand des chasseurs de Bête immonde tels que Klarsfeld ou Hartmann sont menottés et jetés comme des malpropres dans le panier à salades d’un État de droit, une règle s’impose : chercher le panier de crabes.
    • L’omertà reconstitutionnelle nous a contraints, cinq décennies durant, à révérer, à la spartiate, le terrifiant cortège des Jean Moulin de la dernière heure.
    • Le changement… c’est quand?

    • Les faits d’armes de Florence Hartmann font d’elle une espèce menacée plutôt que menaçante. Au lieu de s’entêter à vouloir nous protéger de cette femme, l’Europe ferait mieux de surveiller les âmes intranquilles qui, depuis qu’elle s’est mise en travers de leur route, ont fait une fixation sur elle. Hartmann est un appât de choix. Qu’on ne la gâche surtout pas!

    • À l’heure où l’Union européenne éprouve tant de mal à refermer la plaie de la guerre de Bosnie, est-il bien raisonnable de la rouvrir d’un coup de savate aussi mesquin? Un procès Hartmann se transformerait très vite en procès du procès des bourreaux de la Bosnie. Il ne laisserait pas d’autre choix à l’accusée que celui de charger un Tribunal ayant trahi la justice. Il offrirait une tribune incomparable à une journaliste qui aurait la capacité de justifier ses transgressions mieux que ses juges ne sauraient expliquer les dysfonctionnements d’une institution pouvant, à toutes fins utiles, passer pour traître à l’internationale. Non, vraiment. Quelle piètre idée que d’arrêter ainsi la justice en public!

    • On peut aussi implorer la clémence. Une option plus classique, avec un petit moins en plus : il faut plaider coupable.