Ce soir, à la Bastille, il paraît que l’on chantera et que l’on dansera. Sur cette place où fut une forteresse, un autre symbole connaîtra sa destruction définitive. On enterre, en effet, et pour de bon, le socialisme mitterrandien, cette contradiction dans les termes, agonisante déjà depuis trente ans. Cet avis tient lieu de faire-part.

Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans… Nous fûmes, le 10 mai 1981, à la Bastille et ailleurs, en rires et chansons, en cris et en vivats, parce que la vie allait enfin changer. N’est-ce point Mitterrand qui nous avait martelé, depuis qu’il dirigeait le Parti socialiste, qu’il fallait en finir une fois pour toutes avec le capitalisme abhorré, l’argent qui corrompt et qui pourrit tout, et que quiconque se compromettrait, fût-ce l’espace d’un cillement, avec la finance, ne mériterait plus le beau nom de socialiste. Le peuple reprenait la parole, les coffres-forts franchissaient les frontières à toute allure et, du bon côté du rideau de fer, l’on voyait déjà les chars soviétiques massés place de la Concorde.

L’euphorie dura près d’une année. Mais la cigale mitterrandienne se trouva fort dépourvue quand les terrifiantes épines de la réalité surgirent brutalement de la rose au poing. On connaît le reste : la gauche de gouvernement géra avec succès le système marchand et n’hésita pas à cohabiter avec la droite pour garder le pouvoir. C’est de ce temps que ladite gauche garde au cœur une plaie ouverte et que les Français ont perdu confiance dans la politique et ceux qui la représentent.

Heureux Mitterrand qui arrive au pouvoir quand Facebook et Wikileaks, les portables et Twitter sont des mots étranges qui ne veulent strictement rien dire, puisqu’ils n’existent pas. Imaginons un instant l’élection de 1981 à l’heure d’Internet : auraient circulé à des millions d’exemplaires, la Francisque et la poignée de mains Mitterrand-Pétain de 1942. Auraient été téléchargés à la vitesse du son, les photographies des dîners intimes, à Latché, de la famille Mitterrand avec René Bousquet, le gentil organisateur de la rafle du Vel d’Hiv, et Jean-Paul Martin, son adjoint cagoulard. Auraient été reproduits à l’infini, les articles antisémites d’André Bettencourt dans certains journaux de l’Occupation, ainsi que le papier attestant en 1947 de la remise de la rosette de la Résistance au même André Bettencourt, par un Secrétaire d’Etat nommé… François Mitterrand. J’en passe et des plus ambigus.

Je m’acharne ? J’attaque un mort ? Personne n’aurait besoin de le faire si ses thuriféraires ne continuaient à entretenir la légende d’un Mitterrand progressiste qui aurait amené le peuple au pouvoir. Un Mitterrand qui a créé les centres de rétention administrative et qui a couvert les charters d’Edith Cresson ; un Mitterrand qui composait avec Kadhafi et se faisait, comme les autres, inviter par Moubarak ; un Mitterrand qui alla en Corée du Nord début 81, qui ne rentra certes pas dans l’OTAN, mais qui ne s’empêcha pas de laisser faire les essais nucléaires français dans le désert du Nevada. Et surtout, surtout, ses formidables victoires de 1981 et 1988 laissèrent au bout du compte, la gauche désemparée entre la tentation radicale et la réalité sociale-démocrate, le prurit révolutionnaire et les fourches caudines de l’économie de marché. Heureusement, il y eut la poésie, les grands travaux, l’abolition de la peine de mort et la décentralisation. Toutes choses qui transcendent absolument les notions de gauche et de droite.

Ce transformiste génial, collabo résistant, technicien inspiré de la conquête du pouvoir, animal politique avant tout, a parfaitement réussi, il y a trente ans, son envol au-dessus d’un nid de cocus. Il est temps que ceux-ci se réveillent et travaillent vraiment à expliquer ce que signifie d’être de gauche au XXIème siècle. Car la gauche est plus que jamais légitime, mais il faudrait enfin cesser de la chercher dans les nostalgies délétères d’un homme qui a su, comme d’autres avant lui, mais plus brillamment encore, dévoyer les mots de leurs sens et les sens de leurs mots.

16 Commentaires

  1. À qui un jour lui reprochait d’avoir trahi les idéaux de la gauche, Mitterrand répondit qu’il n’y avait qu’une seule manière d’établir le socialisme : la révolution. Alors, y êtes-vous prêts? Sinon, il faudra accepter l’idée qu’il y a d’un côté la dictature du prolétariat, et de l’autre la droite. Ou bien plutôt, les droites. Celle de Rocard ou celle de Giscard, celle de Blair ou celle de Thatcher, et à cette droite, rien ne nous empêchera de désigner une gauche, à la gauche d’une droite, une question de penchant, une nostalgie pour un geste d’affection qui avait pris la forme d’une caresse, d’une gifle ou d’une discussion, un vague à l’âme de DomiNico.

  2. Venez ce soir à la Bastille vous verrez qu’il ne s’agit pas d’obsèques mais du plaisir de partager un passé humaniste révolue.
    Etra de gauche sous Mitterrand, ça voulait dire quelque chose encore.

  3. Ah, merci monsieur Bercoff.
    J’attendais enfin un esprit sain. On dirait que la totalité des critiques, journalistes et intellectuels ont perdu leur mémoires.
    Tout n’était pas que rose. il y eut de multiples épines.

  4. « Mais la cigale mitterrandienne se trouva fort dépourvue quand les terrifiantes épines de la réalité surgirent brutalement de la rose au poing.  »
    Ahahahahaha.
    Très très bon!

  5. Réflexion très juste : Si wikileaks, Twitter et Facebook existaient à l’époque, à peine élu, Mitterrand aurait dû démissionner.
    Peut-être n’aurait-il d’ailleurs jamais été élu.
    Il a eu de la chance. C’est le dernier président à ne pas avoir eu son passé dévasté.

  6. Q C epusant tout ce tralala sur mitterrand. Le type étais un facho. Ce qu’il a fait en afrique n a pas de nom. Faut arreter avec cette mitterrandolatrie. ca fait trente ans. il serait temps de passer a aute chose.

  7. Mitterrand n’est pas seulement un homme politique que l’on puisse juger comme vous le faites.
    Mitterrand est un symbole. Le symbole d’une époque révolue où la gauche gagnait encore.

  8. les jeunes ne tombés pas de le piege ,,,,ces gens on mis la france sur la paille,,,,,,et la droite le feu a la paille,,,,donnez une chance a des nouveaux partis,,,,plus jeunes plus modernes,,,ou alors crées vos partis,,,,

  9. j’adore la citation les épines du temps de Mimi il y en a eu et les gens ont été vraiment déçus de ses mandats

  10. André Bercoff.
    Comment osez-vous tenir des propos pareils sur un tel personnage de l’histoire française? Vos phrases sont irrespectueuses.
    OUi, vous vous acharnez. Oui vous attaquez un mort d’une vilaine façon. Mitterrand n’était pas un animal politique mais un homme de convictions. Il a dû faire face à tant de choses avant de se faire élire. Heureusement qu’il a eu Mitterrand. Sa politique d’entreprises d’Etat, l’abolition de la peine de mort ont fait de la France le pays humaniste que nous sommes.
    Dommage de gâcher votre sens d’humour et de la phrase certains avec un manque des respect du seule héritage de gauche que la france ait eu.

  11. Vous? André Bercoff? A la RDJ?
    Drôle de mélange… On peut dire que vous êtes là où on ne vous attend pas.
    Tant mieux!!!!!!!!!!

  12. Je vous trouve trop dur.
    C’est facile de sortir tout cela maintenant. Qu’aurez-vous fait lors de la deuxième guerre mondiale?
    Personne peut le savoir.
    Mitterrand est le plus important président que la France ait eu au XXe siècle.
    Avoir aboli la peine de mort alors que la quasi totalité des français étaient pour son maintien vaut déjà qu’on lui voue un culte.
    Ne parlons pas de toutes les bases syndicales et des droits des travailleurs.
    Il me semble que les centres de rétention dont vous parlez ont été construits lors d’une cohabitation.
    On ne peut donc, en toute logique, tenir François Mitterrand pour responsable.

  13. J’habite à la bastille.
    Ce soir je vais dormir ailleurs. Toutes ces manifestations m’irritent. Franchement… Dans dix ans, ce sera autour de Chirac.