Que s’est-il, au juste, passé, ces jours derniers entre la France et la Libye? Et quel a été le rôle du directeur de La Règle du Jeu, Bernard-Henri Lévy, dans le coup de théâtre diplomatique lancé ce vendredi, 11 mars, par Nicolas Sarkozy, en reconnaissant le « Conseil National de Transition » comme seul représentant légitime du peuple libyen?

« Mon rôle a été modeste, confie BHL. D’abord parce que j’étais à Benghazi à titre parfaitement personnel, mandaté par nul autre que moi-même. Ensuite parce que je suis, et l’intéressé le sait mieux que personne, un opposant résolu à la politique de Nicolas Sarkozy. Et, enfin, parce que le dit Sarkozy n’est, de toutes façons, pas homme à se laisser influencer par quiconque sur un dossier aussi délicat que celui-là. »

Pour résumer les choses, il y a eu trois étapes.

1. Vendredi dernier, 3 mars, Bernard-Henri Lévy se trouve donc à Benghazi en compagnie de Monsieur Gogha, porte-parole du Conseil National de Transition et de Moustafa Abdeljeleel, son Président. Bouleversé par ce qu’il a vu sur le terrain, admiratif de la bravoure des combattants de la liberté libyens, impressionné, enfin, par la qualité de ses deux interlocuteurs, il téléphone au Président de la République française, lui décrit sommairement ce qu’il perçoit de la situation militaire et de l’état des forces en présence et lui propose de lui amener, à Paris, des représentants du Conseil National de Transition. Nicolas Sarkozy, sans hésiter, en accepte le principe.

2. Le lendemain, samedi, 4 mars, le Conseil National de Transition demande, avant d’entreprendre le voyage de Paris (où ils se rendraient sur la route de Bruxelles où ils sont attendus le 11 mars), que le gouvernement français accomplisse, d’abord, un geste de bonne volonté significatif. Bernard-Henri Lévy suggère une reconnaissance anticipée du Conseil National de Transition. Paris refusera et offrira un simple « salut » au Conseil National de Transition nouvellement créé; mais BHL convaincra ses nouveaux amis libyens que le geste est déjà fort et qu’il serait vain d’attendre un geste plus fort encore avant d’accepter l’invitation française.

3. Le lundi 6, retour de Benghazi, BHL est reçu par le Président Nicolas Sarkozy, en présence de son conseiller diplomatique Jean-David Lévitte. Il lui expose ce qu’il a perçu des espoirs et des attentes des combattants de la liberté libyens. Levitte prend note. Nicolas Sarkozy écoute.

4. Vendredi 10, dans une salle de réunion du Palais de l’Élysée, siègent, d’un coté Nicolas Sarkozy, l’ambassadeur Jean-David Levitte, Henri Guaino et un conseiller diplomatique; et, de l’autre, les trois membres de la délégation libyenne ainsi que Bernard-Henri Lévy qui a choisi, consciemment ou inconsciemment, de siéger à coté d’eux. Nicolas Sarkozy, ce matin-là, prend une décision: reconnaître le Conseil National de Transition comme seul représentant légitime du peuple libyen. Il fait une promesse: défendre les couleurs de la Libye libre, le lendemain, lors du Conseil Européen Extraordinaire qu’il a convoqué pour traiter de ce dossier libyen. Et il forme un vœu: que le Conseil de Sécurité autorise, sur demande du Conseil National de Transition, la neutralisation de la chasse libyenne (neutralisation qui peut prendre la forme – mais pas nécessairement – de bombardements ciblés sur une, deux ou trois bases militaires libyennes).

Bernard-Henri Lévy a peut-être joué un rôle modeste. Il semble en tout cas avoir retrouvé son style du temps de la guerre de Bosnie, quant il bousculait la diplomatie française en invitant le président Izetbegovic à la table de François Mitterrand.