Dieu (devant tant de dévotions sur les terrains, on ne sait lequel choisir), dieu que la semaine a été riche en émotions !
Ce fut d’abord l’élimination surprise du Brésil. Certes, on pressentait depuis plusieurs matchs une faiblesse constitutionnelle de la défense brésilienne, comme dépassée par l’intensité du football moderne pratiqué en Europe. À l’exception de Vinicius et Raphinha – ce dernier étrangement ignoré par Ancelotti, qui aura fini par avaler son chewing-gum –, les seuls capables de dynamiser une équipe vieillissante, les Brésiliens ont dû se contenter d’un jeu poussif et laborieux. Durs avec l’adversaire et, pour finir, sans génie, ils étaient bien loin de la marque autrefois intrinsèque des Auriverde. Malgré deux penalties généreux et douze minutes de temps additionnel, ils devront s’incliner face à la Norvège de Haaland, bien décidée à relever le défi du meilleur buteur de la compétition.
Puis il y eut le Mexique, terrassé dans son stade Azteca, devant 80 000 spectateurs, par une Angleterre pourtant réduite à dix pendant cinquante minutes et contrainte de jouer treize minutes au-delà de la limite réglementaire. Troisième pays d’Amérique latine, avec le Brésil et le Paraguay, écarté dès les huitièmes de finale en dépit d’un contexte favorable.
Et puis, « l’affaire du carton rouge ». Le scandale politique de ce Mondial est à mettre au débit du duo Trump-Infantino ! Quelle est cette justice sportive qui condamne, à juste titre, un joueur (Balogun, star de la sélection américaine) à l’exclusion et l’autorise finalement à jouer contre la Belgique après intervention du président des États-Unis auprès de la FIFA ? (On ne pourra pas en dire autant du carton jaune de Michael Olise, que la FIFA a refusé de retirer en dépit du précédent juridique.) Le football nous avait habitués à bien des turpitudes, mais à ce niveau d’impunité et d’injustice, personne, même les plus obscurs arbitres ou dirigeants, n’était encore parvenu. Un chef-d’œuvre, en quelque sorte, de la voyoucratie sans vergogne, à la hauteur du patron du football mondial et de l’homme le plus puissant de la planète. Jusqu’où ces deux-là sont-ils capables d’aller ? Il faudra probablement attendre encore un peu pour le savoir. Make America First In America, a-t-on pu lire ces jours-ci sur les réseaux – chacun appréciera l’acronyme. Fort heureusement pour le sport et malgré la présence dudit Balogun, la Belgique a largement dominé les USA sur la pelouse de Seattle. Débordés par onze Belges surmotivés, les Américains ont senti souffler le vent de la révolte. Il a suffi à Rudi Garcia de quelques mots bien choisis, même pas besoin de son stylo quatre couleurs. Et le monde entier de constater : tout ça pour ça.
Et comme un malheur n’arrive jamais seul, hasard du calendrier, quelques heures plus tard tombait le verdict de la Cour d’appel de Paris : la culpabilité de Marine Le Pen était confirmée, sa peine étant néanmoins réduite à trois ans de prison dont un ferme et quinze mois d’inéligibilité. Que faire alors dans un cas pareil ? Se précipiter au 20 heures de TF1 pour annoncer son pourvoi en cassation et sa candidature à l’élection présidentielle de 2027. Toute honte bue, au point de faire passer Trump et Infantino pour des amateurs. Une décision arbitrale ? Une cour de justice ? Des promesses électorales ? Quelle importance ? Seul compte le résultat, celui qui privilégie l’intérêt particulier au mépris du droit commun et des lois de la cité. Marine Le Pen fera donc campagne, avec les chances de succès qu’on lui prédit, de même que Gianni Infantino devrait être réélu pour la quatrième fois à la tête du football mondial, quelle que soit l’issue de cette Coupe du monde, et bien que les statuts de la FIFA prévoient un maximum de trois mandats ! Quand le peuple n’a plus de contrôle sur le pouvoir, c’est, étymologiquement, la fin de la démocratie.
Reste, pour achever ce petit tour des privilèges accordés aux (Sud)Américains, le cas le plus intéressant : celui de l’Argentine.
L’accumulation de facteurs systématiquement favorables (tableau de très loin le plus facile jusqu’en demi-finale, horaires des matchs et, surtout, décisions arbitrales…) donne à penser que le grand ordonnateur de la compétition préférerait voir gagner une équipe plutôt que d’autres. Bien sûr, rien n’est prouvé et ne le sera probablement jamais. Bien sûr, on connaît le risque de se vautrer dans le complotisme idiot, mais, comme on dit pudiquement dans les affaires judiciaires, il existe un faisceau d’indices concordants. Alors, à supposer que l’Argentine ait les faveurs d’Infantino, se pose au fond la question la plus importante : pourquoi ? Pourquoi privilégier cette équipe championne du monde en titre, naturellement parmi les meilleures sans qu’il soit nécessaire de l’aider et qui, au regard du football européen, ne représente pas d’enjeu financier majeur ? (Sauf s’il est un jour établi qu’il y a eu des faits de corruption.) Je ne vois qu’une seule réponse, qui dépasse certainement toute hypothèse rationnelle ou tout soupçon de cupidité : Messi. Messi le bien nommé. Il y a chez ce joueur, comme autrefois chez Pelé ou Maradona, du sacré. Le bon peuple du football a besoin de symboles, d’idoles à vénérer pour accepter sa condition et se nourrir d’espoir. Lionel Messi a été le plus grand joueur du monde pendant toutes ses années barcelonaises et il reste, notamment aux États-Unis où il joue aujourd’hui, une icône absolue. La tentation est forte alors d’en faire un dieu définitif. Le dieu du stade dont la dernière Œuvre serait la sanctification de l’Albicéleste, blanche comme la Vierge et bleue comme le Ciel. À moins que d’autres Bleus viennent à régner… Les quatre premières nations du classement FIFA qualifiées pour les demi-finales, ça ne s’était jamais vu.
