Comme attendu dans un grand événement, la lumière est venue des grands, capables de se dépasser quand la situation l’exige. Lionel Messi d’abord, avec un triplé à la veille de ses trente-neuf ans et pour sa sixième Coupe du monde consécutive – un record. Kylian Mbappé ensuite, doublé avec une équipe de France longue à se mettre en marche, pour devenir le plus prolifique Français de tous les temps ; les deux finalistes de la précédente édition confirmant ainsi un statut provisoire de favoris. Harry Kane enfin, également double buteur avec l’Angleterre mais aussi infatigable récupérateur et, à l’occasion, dernier rempart quand son gardien fait défaut. Trois grands joueurs, trois nations dont les prétentions à la victoire, contrairement au Brésil, à l’Espagne ou au Portugal, ont été assumées dès le premier match.

La lumière, en revanche, n’a toujours pas touché la FIFA, encore très inspirée en interdisant le maillot officiel de l’équipe d’Haïti. Le symbole de la bataille de Vertières (décisive pour l’indépendance de l’île face à l’armée française en 1803) qui y figurait a été jugé trop politique. Sûrement trop anticolonialiste. Ne parlons pas des très nombreux supporters haïtiens à qui l’entrée sur le territoire américain a été refusée. On n’hésite pas cependant à prolonger une pause fraîcheur déjà contre nature (Mexique vs Afrique du Sud) pour que Fox News puisse achever la diffusion de ses annonces publicitaires. Business as usual. À Los Angeles, où réside la plus importante diaspora iranienne au monde, le drapeau de l’opposition au régime des Mollahs a été interdit de stade par la cour supérieure du Comté de Californie, toujours à l’initiative de la FIFA d’Infantino. Ironie de l’Histoire, avec un H supposé grand, c’est à peu près au même moment que Donald Trump, sous le regard mi-flatté, mi-revanchard d’Emmanuel Macron, a signé à Versailles un accord de paix en forme de capitulation face à l’Iran. Rien de ce qui avait servi de justification à la guerre n’a été obtenu par les États-Unis. C’est au contraire l’Iran des gardiens de la révolution qui sort gagnant de ce mauvais deal en quatorze points dans lequel le peuple a été passé par pertes et profits et donc, symboliquement, prié de remiser son drapeau hors des stades.

Autre saillie croustillante, celle d’Ousmane Sonko, actuel président de l’Assemblée nationale sénégalaise. Interrogé à la veille du match France-Sénégal afin de partager son pronostic, l’ancien Premier ministre et dirigeant de facto du pays avec son “associé” de président, Bassirou Diomaye Faye, a en effet déclaré : « Quel que soit le vainqueur du match, dans tous les cas, c’est l’Afrique qui aura battu l’Afrique ». Les Français apprécieront. Et l’anticolonialisme, cette fois, se sera clairement exprimé.

Comme tout est politique, nous apprend Libération, on découvre que Messi est le joueur préféré des gens de gauche tandis que Ronaldo séduit la droite. L’étude, menée depuis Singapour par le très sérieux Social Science Research Network dans vingt-six pays sur six continents, oppose le génie créatif de l’un à la performance pure de l’autre. Gauche donc pour Messi le gaucher, contre le pied droit de Ronaldo. Cqfd.

Ce qui, incidemment, nous amène à considérer le cas de l’Italie. C’est la seule des grandes nations européennes du football contemporain à ne pas être présente à ce Mondial américain – et, comble d’humiliation pour un pays quatre fois titré, non qualifiée pour la troisième fois consécutive ! De ce constat, il est très facile de déduire, par un raisonnement aussi limpide qu’une décision de la VAR, que les gouvernements d’extrême droite (au pouvoir en Italie, mais aussi en Hongrie jusqu’il y a peu) n’aiment pas le football et plus généralement le sport et, quitte à inviter la rigueur arbitrale dans la logique, plus généralement encore la culture. Exit donc l’Italie et la Hongrie, bienvenue à l’Ouzbékistan, Curaçao, Haïti ou le Cap-Vert. C’est là tout le charme et le mérite d’une Coupe du monde par opposition à la Ligue des Champions européenne plus élitiste. Il suffisait de voir la joie des joueurs et supporters de Curaçao lorsque Livano Comenencia, désormais illustre en son pays, a égalisé contre l’Allemagne ! Et peu importe qu’au terme de la confrontation la Nationalmannschaft l’ait emporté 7 à 1.

Générosité toujours avec les Japonais. À la fin du match opposant les Nippons aux Néerlandais, les supporters des premiers se sont saisis de grands sacs pour collecter les montagnes de détritus abandonnés par les seconds dans les travées du stade de Dallas. Respect admiratif et so long mesdames et messieurs. On espère vous voir encore longtemps.

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