Moi-Narrateur,
Sur une scène quelconque…
on ne sait quoi,
recouvert de couvertures – immobile.
Des sacs de paillasses
en partie visibles
obligent à admettre que
sous les couvertures gisent des gens.
Sont-ils vivants – dorment-ils,
sont-ils morts ?
Cela est inexpliqué.
D’où viennent-ils ? (si ce sont des gens), qui sont-ils ?
que font-ils ici ?
Depuis mes débuts j’étais possédé par l’idée de rapprocher
la fiction théâtrale de la vie réelle.
Un rapprochement maximal
un rapprochement sur le principe d’un
Miracle.
Ce « miracle », cette nécessité d’un
miracle –
c’était l’essence de mon
attitude,
de ma création.
Il s’agissait avant tout
du « MIRACLE ».
Ces conceptions
opposées,
fiction
et
réalité
n’étaient que les moyens utilisés
pour que le MIRACLE ait lieu.
Disons plus précisément : la POÉSIE.
Évidemment, je rejetais la
notion de fiction, elle
m’était étrangère.
C’est pourquoi je rejetais les procédés, décors,…scénographie,
costumologie…
La réalité « réelle » m’était proche,
la place dans la vie
et ses fonctions vitales.
C’est pourquoi : Ulysse revenant à Ithaque
(système fictif)
revenait (dans mon
théâtre)
à Cracovie,
plus précisément,
dans la chambre – l’appartement
détruit par la guerre.
(système réel)
Le miracle avait lieu,
c’est-à-dire :
la poésie.
Je souligne ce
MIRACLE,
afin qu’il n’y ait pas
d’erreur.
Je parle
du RÉEL
et je condamne
L’ILLUSION,
tant et si souvent,
que l’on pourrait me
prendre pour quelqu’un
pour lequel « le
réel » est le but et la quintessence de tout,
qui se décide à faire
du « réel » une œuvre d’art.
Cela ne réussit
qu’aux plus grands.
Excellent champ de
parade
pour les gens (qui se prennent
évidemment pour des artistes),
dénués d’imagination
et de
sensibilité,
obtus, prétentieux,
avec des airs
extraordinairement
sérieux et ennuyeux –
Nous les connaissons
bien !
Je pourrais le définir
ainsi :
« le réel » m’est
proche
réel,
quotidien,
pauvre.
Je rêve
de fiction,
d’illusion,
d’irréel, d’inaccessible.
J’ai toujours l’espoir,
et il me semble que
l’on peut accomplir
le rêve lorsqu’on
l’amène au
« réel ».
Le réel n’aurait pas de
sens sans ce
rêve
sans FICTION.
