Armand Abecassis n’est plus.
Ces cinq mots font mal à celles et ceux qui l’ont connu, lu, écouté, aimé et nous laissent sonnés, incrédules, inconsolables. Et peut-être par-dessus tout : orphelins.
Lors de sa dernière apparition publique, un hommage merveilleusement orchestré par sa fille Éliette en janvier dernier, Armand Abecassis avait confié n’avoir cessé de se demander : « Est-ce que je mérite la vie qui m’a été donnée par mes parents – et par Dieu – par amour ? »
La question qui me vient aujourd’hui en écho est : « Comment être dignes de l’enseignement dont il nous a fait don ? » Tant qu’il était là, on avait, probablement à tort, le sentiment d’un répit. Nous sommes désormais en première ligne. Plus moyen de nous dérober à cette responsabilité qu’il nous a transmise, lui pour lequel enseigner, c’était précisément transmettre le désir de transmettre. Serons-nous à la hauteur ? Y parviendrons-nous sans lui pour nous encourager, avec cette bienveillance et cette grâce qui le caractérisaient si singulièrement ?
La première fois que j’ai rencontré Armand Abecassis, c’était dans un amphithéâtre rempli de professeurs en formation. Il revenait d’un séjour en Israël et était en colère – une colère à la fois retenue et intense, dont je ne me rappelle pas avec exactitude la cause, sinon qu’elle avait à voir avec des malversations au sein de partis politiques religieux qui avaient ainsi pris le risque de jeter l’opprobre sur le judaïsme et l’éthique dont il est porteur. J’ai aimé cette rage, héritée des prophètes d’Israël qui se méfient des politiques, rappellent qu’une terre se mérite et mettent en garde contre le mélange des genres et des pouvoirs.
Je ne savais pas encore que quelques années plus tard, Armand Abecassis assurerait le cours du shabbat matin à l’École normale israélite orientale, prenant ainsi la suite d’Emmanuel Levinas, disparu près de vingt ans plus tôt, qui avait fondé ce lieu d’étude et cette synagogue sans rabbin.
Et encore moins que, devenue directrice du réseau scolaire puis directrice générale de l’Alliance israélite universelle, j’aurais la joie et le privilège de travailler étroitement avec lui pendant près de dix ans, Marc Eisenberg lui ayant confié la direction des études juives de cette grande institution juive et républicaine.
Venir chaque samedi au cours de Talmud d’Armand Abecassis, c’était avoir la certitude que sa parole inspirée, mêlant sagesse juive et philosophie, toucherait, comme par miracle, quelque chose de profondément intime, au cœur de nos préoccupations du moment.
Commenter avec lui le passage du Talmud selon lequel « un rêve qu’on n’interprète pas est comme une lettre non lue » (Berakhot, 55a), c’était à la fois entrevoir les origines juives de la psychanalyse et saisir le caractère essentiellement non dogmatique du Talmud, qui invite chacun à une interprétation à la fois fidèle et créatrice. La preuve du caractère révélé du texte ne résidant pas dans une lecture qui serait la « bonne » – ce qui relèverait de l’idolâtrie – mais dans l’infinité des interprétations que le texte biblique rend possibles.
L’écouter dire que le son du shofar, semblable au cri d’un nouveau-né, est là pour réveiller la richesse du potentiel infini qui est en nous à la naissance et qui se perd année après année, c’était deviner la source de sa jouvence éternelle.
L’entendre parler du couple, c’était comprendre qu’aimer l’autre, c’est l’aider à être ce qu’il aspire à être au plus profond de lui-même.
Apprendre à distinguer entre Athènes – du côté du savoir, de la science ou de la politique – et Jérusalem – qui se situe du côté de la recherche du sens (l’aspiration à ce qui devrait être) –, c’était poser la possibilité d’une laïcité apaisée où judaïsme, science et politique ne s’opposent pas mais coexistent harmonieusement, à partir du moment où il est clair qu’ils ne répondent pas aux mêmes questionnements.
Rappeler que le tort des bâtisseurs de Babel n’est pas d’avoir eu l’audace d’atteindre Dieu, mais de parler la même langue – la pluralité des langues n’étant donc pas une punition qui divise mais le retour du pluralisme essentiel à l’humanité et de la multiplicité des voies qui conduisent au vrai –, c’était confirmer le caractère profondément non dogmatique du judaïsme et justifier la valeur du dialogue entre le judaïsme et la sagesse des nations, y compris et surtout le christianisme.
Être convaincu de la force transformatrice des rites tout en refusant catégoriquement que quiconque puisse être rejeté du collectif sous prétexte qu’il ne s’inscrirait pas dans leur respect était au cœur de ce judaïsme généreux et accueillant pour qui le religieux ne doit jamais être là pour exclure mais pour rassembler.
Coécrire avec lui la Charte des écoles de l’Alliance israélite universelle, c’était peser chaque mot. Choisir de ne pas parler d’un accompagnement « individualisé » mais « personnalisé », afin d’honorer la dimension irremplaçable et singulière – l’étincelle divine – de chaque enfant. C’était exiger que les écoles du réseau transmettent « la connaissance et la pratique des rituels juifs dans la joie et la sérénité, en insistant sur la recherche de leurs significations et sur leur valeur éthique ». Et affirmer avec lui que des liens doivent être établis entre « culture juive » et « culture générale » afin que l’élève prenne conscience que la sagesse juive est pleinement pertinente dans les débats contemporains et qu’elle s’enrichit en y participant ».
Il donnait chaque année une grande leçon lors de la journée fédératrice des écoles du réseau de l’Alliance que j’avais initiée et avait accueilli comme une évidence l’idée que l’ensemble du personnel soit invité à y assister, de l’agent d’entretien au chef d’établissement, chacun d’entre eux étant engagé dans un acte d’éducation dès lors qu’il contribuait à accueillir l’enfant « dans le monde des adultes », comme aurait dit Hannah Arendt. Il transmettait alors avec une forme de jubilation l’idéal éducatif que nous cherchions à atteindre. Présent à chaque réunion hebdomadaire de l’équipe dirigeante de l’Alliance, rien de ce qui pouvait toucher à la transmission aux enfants comme aux adultes ne lui était étranger.
Le Talmud enseigne que lorsqu’un élève transmet la parole de son maître, les lèvres de ce dernier remuent doucement dans la tombe (Yevamot, 97a). Notre deuil et notre dette ne font qu’un : en portant sa parole, nous le gardons en vie.Nous sommes désormais les héritiers de ce franco-judaïsme exigeant qui articule, sans syncrétisme mou, les sagesses du monde, l’ordre du politique et celui du spirituel. Dans un monde qui a perdu ses repères, rarement héritage n’est plus précieux – ni plus urgent à porter. Puissions-nous avoir collectivement le courage et la force de faire vivre ce judaïsme humaniste, « adulte » disait Levinas, qu’Armand Abecassis incarnait avec tant de bienveillance, de justesse et de bonté qui exige que chaque génération, fidèle et créatrice, confrontée à des réalités inédites, soit capable d’actualiser le message d’Israël

On cherche l’alternative au duel des extrêmes. Où ça ? à l’extrême centre ? au fond du couloir à gauche, dixit l’Antimitterandius.
Le roi des Petits cons serait atteint de scorpionite aiguë ; selon FOG, il ne pourrait pas s’empêcher de piquer. Moi, j’appellerais plutôt cela un penchant à l’autosodomie, car, très franchement, que cherche-t-on, sinon la merdre et sa gidouille, lorsqu’on situe l’épicentre du français dans le bassin du fleuve Congo ? pourquoi ce gros besoin d’évacuer du corps de la France tout ce qui a fait d’elle un être d’exception ? car oui, la France existe en tant qu’elle est une force de la nature créatrice de l’homme, dont nous pouvons relier les unes aux autres, tout en les distinguant les unes des autres, les injonctions et les jonctions des poètes et des rois qui l’ont rêvée afin de pouvoir se forger un être à travers le sien.
Les vers de Marot, de Boileau ou d’Hugo, ceux de Rimbaud comme ceux d’Artaud ne sont pas même régurgités sous la forme d’une vague idée bourbeuse de leur civilisation antiquifiée qui aurait vocation à déboucher sur la déclaration ante-mortem du décès de leur langue, ils ont tout bonnement été effacés de la mémoire faillante d’un peuple ignorant ce qu’il fut, méprisant la profondeur et l’amplitude de son être en devenir, hésitant à faire ce qu’il faut pour offrir à cet être la moindre chance d’advenir.
Ce que refusent, hélas, de regarder en face nos sommités en chute libre, c’est la continuité programmatique des panarabisateurs d’un monde qui, qu’on le veuille ou non, ne sera jamais qu’un, pour le meilleur et pour le pire.
Il fut un temps où l’on débectait la politique d’arabisation des impérialismes décoloniaux sous l’algue verte desquels on n’osait dénoncer la matrice pan-nationaliste de la dérive dictatoriale. On en est aujourd’hui à se tromper de couleur en redoutant la résurgence d’une Terreur blanche qui, depuis trop longtemps en Europe, et j’allais dire au-delà, au sens canichien s’entend, s’illustre par sa jalousie rageuse.
À la toute fin du XXe siècle, un recteur de la Grande Mosquée de Paris demandait à ses ouailles de faire preuve de patience face aux offenses que la République faisait subir à ceux de ses enfants dont elle n’admettait pas que leurs chefs de communauté leur bétonnassent les pieds, avant de les pousser dans le dos dans la ténèbre aqueuse de l’indigénisme. Cet hôte consentant ou, pour le dire autrement, l’alien politico-religieux dudit hôte, était à l’époque assez clair sur son projet d’obscurantisation de la Nation, arguant que l’islam serait sous peu la première religion de France et qu’alors, plus rien ni personne ne pourrait y interférer avec le bulldozer cultuel et culturel du mutant démonographique.
Et si l’on rapportait à l’accablant oracle 1) ce petit parfum de conquête ayant pris possession d’un président de la Cinquième qui, ne pouvant plus contenir sa joie, balance à son public — un public acquis à une cause qui le dépasse et le déborde — qu’en 2026, l’arabe est la deuxième langue la plus parlée en France ; 2) l’usage méta-impérialiste de la langue arabe comme véhicule de l’islamisation planétaire en vue de l’instauration rampante et galopante du Califat final ?
Ça y est. On comprend mieux qu’après avoir accusé l’Amérique d’avoir fabriqué de fausses preuves d’existence d’une arme chimique pour envahir l’Irak de Saddam, les mêmes Zinzins soumis nous bassinent pour que le Grand Bouc de Goya ne puisse jamais violer le sanctuaire des Mollahs et des Ayatollahs (au pluriel) dont nul ne conteste qu’on y a enfoui près d’une demi-tonne d’uranium enrichi à 60 % nous exposant non pas à une Seconde Guerre du Golfe, mais à un 11-Septembre nucléaire à effet papillon.