Tard dans la nuit de Beltane, j’ai relu Milton sous la lune pleine. Circa 1994, un grand patron déclare à l’un de ses amis : « Il peut avoir ma boîte, mais pas mes femmes et mes costards. » (À bon entendeur.) Un ami m’appelle tout à l’heure : « Demande à M. quel était le nom de ce type qui traînait tout le temps chez Gobi l’antiquaire, et qui trouvait des putes pour Agnelli. » Je m’exécute, réponse : « Jacky ! Jacky Cohen ! Un génie ! »
Le Temps nous regarde. Minerve, en ce moment très en forme. Soyons légers comme des fils d’or, confiants comme des astres libres. L’océan se déchaîne, Memento mori girl. Le monde repoussera.
L’autre jour, évènement impronostique, un journaliste éclairé : « Les gardiens de la République islamique dirigent le Comité et la Commission aux droits des femmes à l’ONU ». Le journaliste prend un air ahuri : « J’ai l’impression que c’est une mauvaise blague. » L’Esprit est-il à l’œuvre, penché au-dessus de son métier à tisser, la liberté pour les justes, le jugement pour les fous ? Ou bien est-il aux Maldives ? J’ai comme un doute. TikTok, et le ministre de l’Éducation nationale : « On a créé, avec mon cabinet, un compte TikTok, en faisant croire que l’on avait quatorze ans. En moins de vingt minutes, sans avoir liké quoi que ce soit, on s’est retrouvés avec des vidéos dépressives, de véritables tutoriels de scarification, et des vidéos d’incitation au suicide ».
Qu’avons-nous fait ?
Disparition, hier, d’un roi virtuose de la composition, Georg Baselitz. Il ira loin.
À mesure que les âmes diminuent, la littérature s’essouffle. Yuval Noah Harari, dans une interview, a déclaré : « L’esprit, l’âme, le libre-arbitre, tout ça, c’est terminé ! ». Elon Musk, quant à lui, nous annonce que notre nouveau Dieu viendra de Memphis.
Je m’aperçois de plus en plus vivement qu’une ontologie du paradoxe œuvre partout en sous-main. Pourtant, Béatrice dort dans les cœurs et les esprits. Dessiné cette phrase de Bataille, à l’aquarelle : « Atteindre une parfaite indifférence de soleil. » Difficile indifférence, et Difficile Liberté.
Isaac Newton, dans ses Observations sur les prophéties de Daniel et l’Apocalypse de saint Jean(1733), calcule, à partir de Daniel, la date de la fin des temps, aka Armageddon, pour 2060. Newton dit : « On ne comprendra les prophéties bibliques qu’au dernier moment, et, dans ces temps-là, les méchants ne comprendront pas ». Jacques Lacan l’aurait formulé autrement : « les dupes errants n’y entraveront que pouic, et de toute façon, ce n’est pas ça ! » Je me suis demandé, après cela, si la parousie pouvait correspondre à la bioconvergence avec la singularité (IA). Être, ou ne plus être ? Telle serait la question… Masse narcoleptique, ta descendance est-elle promise à l’éveil, ou à un éternel sommeil ? Fermons les yeux. Écoutons Miles Davis. Respirons, doucement, par le ventre. Love is all. Je me raccroche aux lanternes vénitiennes ; aux cheveux et au parfum d’un homme ; à une carapace de tortue ; aux fards à paupières ; à la Sagesse perdue.
Vendredi dernier, je me suis réveillée à la fin de 2001, A Space Odyseey. Ça m’a soufflée. J’ai aussi fini par comprendre que cette vieille série Fringe était peut-être en réalité un documentaire. Le monde a toujours été bizarre.
Le jour suivant, dans un ravissement pur, j’ai appris que John Coltrane étudiait la numérologie, l’astrologie et la philosophie védiques. Il ne faisait aucune différence entre ces sciences et la musique. Au cours des trois dernières années de sa vie, il ne dormait presque plus ; lisait en simultané le Bhagavad Gita, la théorie de l’espace-temps d’Albert Einstein, le Répertoire de gammes et de motifs mélodiques de Yusef Lateef ; et s’était plongé dans les arcanes de l’Art Royal. Coltrane se levait à 3h du matin, pour composer, six heures durant. Il pensait que le son était un chemin vers « l’Esprit universel », et que cette discipline très rigoureuse lui permettait de garder la voie ouverte, et claire. La musique, le cinéma, la peinture, la pensée, l’étude, la danse, l’écriture… les arts comme offrandes. Coltrane, où le jazz, la physique, les nombres, la mystique et la magie se rejoignent enfin. Horizon merveilleux.
Brigitte Macron, parlant de son pessimisme nouveau quant à la noirceur de la nature humaine dans Paris Match, m’a percutée. I feel you, Brigitte… and Isaac Newton, too. Les méchants auront toujours tort.
La disparition, survenue en septembre 2025, de John Searle, éminent philosophe américain, auteur d’un essai somptueux intitulé La Redécouverte de l’Esprit, n’a d’ailleurs ému personne. Si vous ne voyez pas le rapport, tant pis pour vous.
Prince dit : « Don’t be fooled by the internet. It’s cool to get on the computer, but don’t let the computer get on you. It’s cool to use the computer, but don’t let the computer use you. You all saw the Matrix. There’s a war going on, the battlefield is in the mind, and the prize is the soul… so, just be careful… »
Monde cyberpunk matrice phosphorescente métallique biotechnologique justice calcul écrans hologrammes avatars morts uploaded empire 54 tokens data centers partout monde purifié par le tout électrique apparences de silhouettes hybrides cavaliers blancs robotisés croisent d’intouchables associations de malfaiteurs, cavaliers noirs.
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