Merci à la région Île-de-France et à Valérie Pécresse d’avoir organisé cette soirée qui nous redonne le goût, le sens et la gravité de ce que signifie le mot « liberté ».

Depuis quelques semaines, je suis sidéré par le silence du monde politique et d’une grande partie de la société en France face au mouvement héroïque des Iraniens et à la répression abominable et criminelle qu’ils subissent, et qui constitue une triple trahison de l’âme de la France.

La première trahison, c’est que la France a contracté – au moins depuis qu’elle est révolutionnaire et républicaine – un pacte éternel avec la liberté. C’est Lamartine rendant le pouvoir au peuple en 1848, et déclarant sur le balcon de l’Hôtel de ville : « La France libre sera l’amie de tous les amis de la liberté dans le monde. » Toute l’Histoire de la France est contenue là. 

Comment ne pas être scandalisé de voir que, depuis le début de cette révolte en Iran – révolte qui, si elle va jusqu’à son terme, peut avoir l’importance de la chute du mur de Berlin au siècle passé, et constituer un événement politique mais aussi métaphysique majeur –, un certain nombre d’élus, notamment, pour la nommer, de La France insoumise, parlent d’ « émeutes contre la vie chère » ? C’est une ignominie, car il est évident qu’il existe une dimension économique dans cette révolte, comme il y en avait une au début de la Révolution française. Et mettre à ce point l’accent sur cette dimension-là, c’est évidemment chercher à faire taire l’autre dimension – et, encore une fois, il faut la nommer, car dans des conflits de cette nature, dire les mots est la première exigence – : celle de la liberté, celle d’une guerre contre l’islamisme. C’est la deuxième dimension que je voudrais souligner ce soir. La France a été victime, à de très nombreuses reprises, de la République islamique d’Iran – il y a eu des assassinats politiques nombreux en France depuis 1979 – et de l’islamisme de façon plus générale. Inutile de rappeler les événements qui nous ont tous traumatisés, de Charlie-Hebdo au 13-Novembre, de Mohammed Merah à l’Hyper Cacher. Et comment ne pas être scandalisé de voir que, d’une part, certains responsables politiques ont décidé, une fois encore, d’être extrêmement complaisants à l’égard de l’islamisme, dans le monde comme en France ; et, d’autre part, de constater que des marées humaines ont déferlé sur les boulevards parisiens et dans d’autres villes de France ces deux dernières années pour s’indigner de ce qui se passait à Gaza – les morts civiles sont toujours abominables –, alors que, face au massacre de plus de 10 000 personnes, davantage peut-être, en quelques jours, on ne voit pas les gens sortir massivement dans les rues. C’est une deuxième trahison de la France en tant que victime de l’islamisme.

La troisième trahison de la France est, je pense, la plus importante. Et malheureusement, nous n’y sommes pas pour rien. Il y a une grande France révolutionnaire, amie et amoureuse de la liberté. Il y a aussi une autre France qui porte sa part de responsabilité – une part importante – dans ce qui existe aujourd’hui en Iran depuis 1979. C’est la France qui a hébergé Khomeini pendant des années, en fermant les yeux sur ce qu’il faisait. C’est la France philosophique et intellectuelle dont je me réclame, dont je suis fier, mais à propos de laquelle il faut avoir le courage de dire qu’il y a là une tache noire, et même rouge. C’est Michel Foucault qui écrivait en 1978-79 qu’il était « impressionné », je cite littéralement, par la « volonté politique » du gouvernement islamique qui allait ouvrir la voie à la « spiritualité en politique ». C’est Michel Foucault, lui qui était pourtant un défenseur de toutes les minorités – et il avait raison de l’être : homosexuels, marginaux, patients des hôpitaux psychiatriques, prisonniers –, qui justifiait que le gouvernement islamique d’Iran n’accorderait pas aux femmes les mêmes droits qu’aux hommes : « Oui, là-bas, les femmes et les hommes ne seront pas égaux ; ils seront différents, et c’est formidable. » C’est Jean-Paul Sartre, que j’admire immensément sur d’autres plans, et qui rappelait pourtant que les intellectuels sont responsables de ce qu’ils disent : « Je tiens Flaubert et Goncourt pour responsables de la répression qui suivit la Commune parce qu’ils n’ont pas écrit une ligne pour l’empêcher. » C’est le manifeste inaugural des Temps modernes qui a approuvé, dans un premier temps, la révolution iranienne. 

Pour reprendre un concept de Jean-Paul Sartre : il y a des intellectuels qui se sont comportés dans cette affaire comme des salauds, c’est-à-dire comme des gens qui ont nié leur liberté et laissé faire un bain de sang. Ils portent leur part de responsabilité dans les chiffres abominables que je viens de citer. 

La grande question est celle-ci : comment ne pas être des salauds ?

Ce soir, en étant ici et en disant : mort à l’islamisme en tant que projet politique ! Défaite absolue à ses représentants actuels et à tous ceux qui veulent le faire triompher ! Honneur, vie et victoire totale à celles et ceux qui, de manière héroïque, sacrificielle et exemplaire, se battent contre lui ! Et longue vie, je l’espère, à la transition vers la démocratie du grand peuple d’Iran !

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