À quel moment de la journée, de la semaine, de l’année, de la vie lisez-vous le plus volontiers ?

Je lis dès que je peux. Il me faut toutefois de longues heures libres… J’aime lire dans les trains, et c’est mon secours dans les insomnies.

Y a-t-il des livres dont vous puissiez dire qu’ils ont changé votre vie ? Dans ce cas, pourquoi ?

Changé ma vie ? Je ne sais pas. Mais parmi les livres qui ont eu sur moi un impact décisif, il y a eu Les Démons, de Dostoïevski, j’étais éblouie par les personnages, la force du récit, la puissance de la langue, c’est un immense souvenir de lecture. Je peux citer aussi Une femme fuyant l’annonce, de David Grossman, qui m’a émue comme rarement un livre l’avait fait ; Andromaque, de Racine, un texte d’une vibration unique, je voudrais habiter ce texte, ce palais de deuil et d’effroi, hanter les couloirs de cette langue étourdissante. Mais je ne dis rien, et c’est injuste, de La Montagne magique, de Thomas Mann, de Tandis que j’agonise, de Faulkner, ces œuvres qui, quand je les lisais, abolissaient le temps.

Y a-t-il un grand classique – ou plusieurs – dans lequel vous n’avez jamais eu le goût d’entrer ?

Je n’ai jamais réussi à me frayer un chemin dans Belle du Seigneur, d’Albert Cohen – une architecture, une langue, que je ne parviens pas à dompter. Et, ce qui m’attriste le plus, Ulysse, de Joyce. Je suis restée à la porte. Je brûle d’y entrer, mais la porte reste scellée.

Vous est-il arrivé d’aimer des mauvais livres ? Si oui, pourquoi ?

Bien sûr, on lit des mauvais livres, mais on ne le sait pas avant, ça met en colère, parfois, pour le temps qu’on a perdu. Une déception. Et puis je pense aux auteurs de ces livres, et je les garde dans ma bibliothèque, au milieu des autres – sûrement à tort. Quant à les citer…

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