À quel moment de la journée, de la semaine, de l’année, de la vie lisez-vous le plus volontiers ?
J’aime lire dans le silence, vers six heures, lorsque j’ai l’impression que tout dort autour de moi. J’entends alors de façon plus précise la musique des mots. Ou alors tard le soir pour tout oublier afin que la lecture guide mes songes.
Y a-t-il des livres dont vous puissiez dire qu’ils ont changé votre vie ? Dans ce cas, pourquoi ?
C’est la lecture des pièces de Molière qui a changé ma vie, un peu avant l’adolescence. Sa façon d’écrire m’a aidée à me construire, à développer ma passion pour la langue française et ses milliards de subtilités, à mieux comprendre les êtres humains dans leurs grandeurs et leurs bassesses. Molière est mon maître. Lorsque je me promène, je déroule inlassablement dans ma tête des scènes des Femmes savantes, de Tartuffe, du Misanthrope et de tant d’autres de ses personnages. Parfois même, je me surprends à parler seule à voix haute.
Y a-t-il un grand classique – ou plusieurs – dans lequel vous n’avez jamais eu le goût d’entrer ?
Sans doute, les Mémoires d’outre-tombe de Chateaubriand. Lorsque j’étais enfant, l’été, en Corse, j’entendais, à table, des joutes oratoires, entre les amis de mon père. C’était à qui pourrait déclamer les passages les plus longs de ce livre. Je ne sais pas pourquoi cela me terrifiait, mais maintenant que vous me posez la question, il est peut-être temps pour moi de le lire sans effroi.
Vous est-il arrivé d’aimer des mauvais livres ? Si oui, pourquoi ?
J’ai l’impression que chaque année il y en a de plus en plus. Mais ceux que je garde me sont précieux. Ils sont là, alignés dans un coin de ma bibliothèque. Leur lecture me donne la sensation que tout est possible. Je ris souvent, je peste parfois et puis je me désole. C’est un peu comme se vautrer devant une émission de télévision à la fois atterrante et distrayante. Alors des noms d’auteurs, eh bien non, évidemment. Pourquoi blesser ? Mais au fond, qui sommes-nous pour juger ?
Comment lisez-vous, Nathalie Rheims ?
par Nathalie Rheims
17 juin 2026
L’écrivaine et productrice Nathalie Rheims répond à notre enquête sur la littérature.
À quel moment de la journée, de la semaine, de l’année, de la vie lisez-vous le plus volontiers ?
J’aime lire dans le silence, vers six heures, lorsque j’ai l’impression que tout dort autour de moi. J’entends alors de façon plus précise la musique des mots. Ou alors tard le soir pour tout oublier afin que la lecture guide mes songes.
Y a-t-il des livres dont vous puissiez dire qu’ils ont changé votre vie ? Dans ce cas, pourquoi ?
C’est la lecture des pièces de Molière qui a changé ma vie, un peu avant l’adolescence. Sa façon d’écrire m’a aidée à me construire, à développer ma passion pour la langue française et ses milliards de subtilités, à mieux comprendre les êtres humains dans leurs grandeurs et leurs bassesses. Molière est mon maître. Lorsque je me promène, je déroule inlassablement dans ma tête des scènes des Femmes savantes, de Tartuffe, du Misanthrope et de tant d’autres de ses personnages. Parfois même, je me surprends à parler seule à voix haute.
Y a-t-il un grand classique – ou plusieurs – dans lequel vous n’avez jamais eu le goût d’entrer ?
Sans doute, les Mémoires d’outre-tombe de Chateaubriand. Lorsque j’étais enfant, l’été, en Corse, j’entendais, à table, des joutes oratoires, entre les amis de mon père. C’était à qui pourrait déclamer les passages les plus longs de ce livre. Je ne sais pas pourquoi cela me terrifiait, mais maintenant que vous me posez la question, il est peut-être temps pour moi de le lire sans effroi.
Vous est-il arrivé d’aimer des mauvais livres ? Si oui, pourquoi ?
J’ai l’impression que chaque année il y en a de plus en plus. Mais ceux que je garde me sont précieux. Ils sont là, alignés dans un coin de ma bibliothèque. Leur lecture me donne la sensation que tout est possible. Je ris souvent, je peste parfois et puis je me désole. C’est un peu comme se vautrer devant une émission de télévision à la fois atterrante et distrayante. Alors des noms d’auteurs, eh bien non, évidemment. Pourquoi blesser ? Mais au fond, qui sommes-nous pour juger ?