Le roi Juan Carlos Ier d’Espagne – jusqu’en 2015 – bien qu’il tutoie la plupart de mes collègues, m’a toujours honoré en me vouvoyant.
Comme lorsque nous avons assisté, deux des rares présents, à la cérémonie du lancer-de-casquettes d’une vingtaine de cadets, avec son fils le prince Felipe (à l’époque) ; et son « intime », mon inoubliable neveu Julito-Arrabal (Q.E.D.P[1]., victime de cette guerre du Golfe ?), dans la cour de l’Académie générale de l’Air à San Javier.
Dès le premier moment, le Roi a toujours plaisanté avec moi. Lors d’un dîner officiel avec des ministres et le prix Nobel Camilo José Cela, il m’assit à sa droite et m’a dit :
– Savez-vous que Lili croit que je suis anarchiste comme vous ?
– Mais qui est Lili ?
– Ma cousine.
– Mais pourquoi votre cousine prétend-elle que vous êtes aussi anarchiste que moi ?
– Parce que chaque fois que je vais la voir, je lui conseille de payer ses impôts comme tout le monde. Elle m’a répondu, très ferme, dans son rôle : « La reine d’Angleterre, que je suis, n’a jamais payé d’impôts. » Mais il se trouve que, lors de mon dernier voyage, elle m’a dit que je l’avais convaincue.
– C’est signe que vous avez dans la main quelque chose de très difficile et de très rare : la ligne d’intuition.
– Ah ! vous lisez les lignes de la main comme les gitanes ?
– J’ai étudié des livres très sérieux sur le sujet.
J’ai jeté un coup d’œil à sa main et, en effet, il possède une ligne d’intuition canon, comme moi. Les ministres voulaient que je leur lise aussi les lignes de la main.
À la fin du dîner, Camilo José Cela me dit : « C’est toi le lauréat, tu dois faire un discours. » Je n’avais rien préparé. J’ai dit au Roi : « Puis-je danser au lieu de parler ? » Il a répondu, enthousiaste : « Dansez, dansez ! »
Seul au centre de la piste, entouré de l’élite de l’Espagne, j’ai dansé merveilleusement bien. Tellement que, dansant avec plaisir, j’avais soif. Le Roi m’a tendu immédiatement un verre d’eau. Et je me dis : les pires langues ont inventé qu’il a le sida… Et si… si… je ne vais pas refuser le verre d’un ami !
Je l’ai bu d’un trait – comme un légionnaire.
Je suis sûr que le Roi a toujours été au courant de mon devoir de poète du vivant du général et dictateur. J’ai écrit Marcha Real, publiée dans le volume XI de mon théâtre… à Paris, bien entendu. Elle a été immédiatement représentée au Palais des Sports de Paris avec Jérôme Savary et son Magic Circus, devant des milliers de spectateurs.
Lors d’autres visites au Roi, j’ai évoqué Ciudad Rodrigo, Melilla, Madrid, tant de lieux et de places qui surgissent de l’oubli, rappelant des présences que le temps ne parvient pas à ensevelir. Dans tant d’années d’exil, tout est resté – et restera – écrit sur le bronze du souvenir. Demeurant palpitant comme la nostalgie.
Sept « pseudo-arrabalesques »
« …ils ont minimisé ses succès, croyant pouvoir anéantir sa gloire ? »
« …un remorqueur si faramineux pour une ruine si minable ? »
« …la fatale inquiétude nous fait-il oublier le luxe de l’angoisse ? »
« …est-ce que je ne supporte pas chez les autres les tares qui me définissent ? »
« …j’essaie de m’imiter, de me plagier, de me répéter, sans y parvenir ? »
« …il a dit : ce n’est pas parce que je suis un demeuré que les autres ont le droit de l’être ? »
« …ne trouve-t-il sa raison de vivre qu’en démolissant tout ? »
Cinq documents d’époque





[1] Q.E.P.D. est l’abréviation de « que en paz descanse » (qu’il/elle repose en paix).
