Oserai-je l’écrire ? 

Retour en arrière sur le personnage Trump. J’avais passé quatre années de colère à chroniquer Trump I, l’arrivée d’un macho clown orange à la Maison blanche qui, au dernier jour de sa présidence, finit par monter dans un hélico pour sa retraite en Floride après avoir envoyé ses milices tenter un putsch au Capitole. 

J’avais raconté dans un livre comment cet homme qui se vantait d’agripper les femmes par leur pussy avait déclenché, à son corps défendant, un mouvement planétaire de femmes hurlant metoo !

Et puis arrive 2025, annus horribilis, une année de stupéfaction avec le retour d’un Trump II encore plus caricatural, hystérique, erratique, dictatorial, mégalo, assoiffé de bitcoins et de pouvoir.

A l’exception d’un cessez-le-feu finalement obtenu dans la guerre de Gaza, mais sans plan crédible pour une vraie paix, et l’enlèvement d’un dictateur au Venezuela, on a vu le pire : les hommes masqués d’ICE raflant des familles d’immigrés… des violences… des morts…

L’homme de la Maison blanche – entre-temps repeinte en doré – veut aussi acheter le Groenland, envahir le Canada, détruire la presse américaine, assommer de taxes les autres pays, abandonner l’Europe…  

Il nous a plongés dans le désespoir en trahissant les Ukrainiens résistants après quatre ans de guerre, en voulant les forcer à capituler devant les envahisseurs russes et en embrassant sur la bouche, devant nos yeux, le criminel Poutine qu’il accueille en Alaska. 

Et il trahit les révoltés de l’Iran, en n’intervenant pas quand les mollahs tuent à bout portant toute une jeunesse par dizaines de milliers, quand ils kidnappent, torturent, violent et condamnent à la pendaison des garçons et des filles accusés d’avoir manifesté dans les rues.

Certes une série de frappes israélo-américaines avait détruit une partie de l’arsenal nucléaire mais il ne semblait pas se soucier de la survie de ce formidable mouvement d’insurrection populaire contre une république islamique qui enferme les Iraniens depuis 1979.

Nucléaire, nucléaire, nucléaire, répétait Donald Trump, envoyant ses émissaires négocier avec les envoyés des ayatollahs. Hier encore. Jusqu’à ce 28 février au matin, dans cette Floride où il passe son week-end, comme toujours, dans son palais de Mar-a-Lago – plus connu pour son golf que pour sa war room – et où un Trump, soudain rationnel, se tient debout devant un drapeau américain, coiffé d’une casquette de baseball où s’inscrit « USA » et annonce en direct au monde que la guerre contre l’Iran a commencé.

Et ce n’est pas une blague, les frappes ont été lancées, par les Israéliens en premier, suivis par les Américains. Avec un partage du boulot, semble-t-il, puisque les Américains frappent les infrastructures nucléaires, que les Israéliens visent à décapiter le régime en éliminant ses dirigeants et qu’ils déclarent, ensemble, vouloir tuer le guide suprême, l’ayatollah Khamenei, le président Pezeshkian, les chefs des Gardiens de la révolution…

« Rationnel », j’ose l’écrire. 

Dans un court discours, sans la logorrhée délirante de son discours sur l’état de l’Union, Trump refait précisément une histoire des relations avec l’Iran, des grands attentats terroristes organisés par la république islamique, incluant le massacre du 7 octobre 2023, les négociations interminables sur le nucléaire et il annonce fermement mais sans hurler : « Ce régime terroriste ne peut avoir une arme nucléaire. Ils menacent l’Amérique. On a essayé de négocier pendant des dizaines d’années. On en a assez. On va anéantir leur industrie nucléaire. L’Iran n’aura jamais l’arme nucléaire. Jamais. C’est un message très simple. »

On ne sait pas pourquoi, en pleine négociation sur le nucléaire, Trump a décidé qu’il en avait marre. Il a dit aux Iraniens : « ça suffit ». Aucune interprétation psychologique ou politique pour cette décision d’appuyer sur le bouton GO ! même si cela fait des semaines que les porte-avions se rapprochent de l’Iran. Un jour on nous expliquera les coulisses de cet étrange réveil…

Et, surprise, le président américain, dans cette nuit de Floride, sort de ses obsessions de la bombe, de l’uranium et des missiles. Il sort aussi de ses discours de menace et de haine et s’adresse aux Iraniens qui se battent contre la dictature des Mollahs. Il les admire, parle « du grand et fier peuple iranien » et se fait même tendre et protecteur : « Restez chez vous, dit-il aux manifestants, protégez-vous, des bombes vont tomber partout. »

Pendant des années ils avaient appelé à l’aide l’Amérique, en vain. Mais voilà presque un happy end hollywoodien : « Les Etats-Unis vous soutiennent avec une force écrasante… C’est l’heure de votre liberté, prenez le contrôle de votre gouvernement… C’est votre chance. »

Très De Gaulle, il lance un appel aux dirigeants et responsables de la république islamique, leur ordonnant de déposer les armes, en échange d’une amnistie générale. Sinon, il le leur fait savoir, ils mourront.

Je me prends à rêver qu’il envoie le même message à Vladimir Poutine.

Le nouveau Trump qui veut aider le peuple iranien à se libérer des tortionnaires, je dois le reconnaître, m’est sympathique. La guerre est lancée, les frappes visent des objectifs précis dans tout l’Iran mais les premières bavures – selon l’agence iranienne, une information non encore vérifiée, un missile aurait touché une école de filles faisant 85 morts – rappellent qu’une guerre est toujours moche. 

Il n’est que midi et j’entends les commentaires sur les ondes françaises – souvent chez des politiques qui n’avaient pas soutenu les Iraniennes quand elles enlevaient leurs voiles et risquaient la mort en chantant Femme Vie Liberté – expliquant que cela ne marchera pas, que la république islamiste ne tombera pas, que l’histoire prouve qu’on ne change pas un régime par des bombes… Ou, comme dit le président Macron – oubliant les centaines de jeunes condamnés à mort qui risquent d’être pendus – « l’escalade en cours est dangereuse pour tous et doit cesser. »

Que va-t-il se passer ? On ne le sait pas, mais oui, j’ose écrire que le président Trump n’est peut-être pas seulement le tyran fou qu’on a vu trahir, menacer, attaquer, mentir… un cauchemar, une sorte de Mélenchon qui serait à la tête de la plus grande puissance au monde.

Oserai-je ? Ce matin j’hésitais, quand j’ai reçu un message de mon amie iranienne, Natasha Tardif : « En Iran les gens klaxonnent de joie. C’est la seule population au monde qui demande qu’on bombarde son pays, tu vois à quel stade de désespoir ce régime nous a amenés…. Aujourd’hui ils dansent dans les rues. »

Annette Levy Willard

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