Ces derniers temps, l’espoir vibrait encore dans les soulèvements en Iran. Des franges entières et très diverses de la population, opposées au régime, osaient risquer leur vie pour faire tomber la mollarchie, comme c’était déjà le cas lors du mouvement Femme, vie, liberté en 2022. Les déclarations de Donald Trump laissaient imaginer qu’une pression étrangère pourrait accélérer l’effondrement du système, ce que beaucoup continuent à souhaiter.
Mais une fois de plus, la seule réponse apportée par le régime islamique face aux soulèvements de son peuple, c’est la violence. Les mollahs ont coupé les Iraniens d’Internet pour mieux sévir, en toute impunité. Et cette terreur entraîne malheureusement un bilan humain épouvantable : près de 16 000 morts dénombrés d’après l’ONG Iran Human Rights, peut-être davantage. Comme cela a été beaucoup répété, le gouvernement iranien n’a plus qu’une seule arme à sa disposition : l’oppression, pour faire taire les élans de liberté.
Mais qui sont exactement ces Iraniens qui se soulèvent ?
Si l’Iran fait fréquemment la Une de l’actualité internationale, son peuple reste souvent mal connu.
L’Iran est d’abord un pays jeune : l’âge médian y est de 32 ans en 2025 selon les statistiques officielles (à titre comparatif, en France, l’âge médian est de 42 ans). C’est cette jeunesse, dynamique, énergique, qui porte l’élan de la révolte aujourd’hui, car elle a l’avenir devant elle et si peu de perspectives.
La population iranienne est aussi à 75% urbaine. L’image d’une capitale téhéranaise peuplée d’étudiants dynamiques, opposée à des masses rurales traditionnelles et peu instruites, est assez fausse même si elle continue à circuler. En réalité, les Iraniens de 2026 vivent majoritairement en ville.
Autre caractéristique de l’Iran, qui singularise ce pays des autres de la région, c’est sa natalité : les Iraniennes font très peu d’enfants. La fécondité est passée de 3,6 enfants par femme dans les années 1980, à seulement 1,6 enfants en 2025, soit un chiffre proche de celui des pays européens. A titre comparatif, le voisin irakien maintient son taux au-dessus de trois.
Cette natalité faible et cette transition démographique accélérée s’expliquent notamment par l’éducation des femmes iraniennes : c’est l’un des paradoxes du pays. Si le régime fait régner la charia et limite le droit des femmes dans beaucoup de domaines, leur impose leur voile et contraint leur liberté, les mollahs ont aussi le but de former le plus grand nombre d’ingénieurs possibles pour servir ses objectifs nucléaires. Il y a aujourd’hui 47% de femmes dans les universités iraniennes.
Or, si le pays fabrique des générations de personnes diplômées et compétentes, c’est une absence totale de débouchés qui attend les jeunes Iraniens. En effet, ce ne sont pas seulement les droits humains qui sont méprisés en Iran, mais aussi l’économie qui est à bout de souffle, en raison des sanctions internationales, de l’inflation galopante. Et surtout, des priorités budgétaires du gouvernement, tournées vers le financement de ses réseaux militaires dans la région. En conséquence, le pays comptabilise massivement des diplômés de l’université au chômage à la suite de leurs études.
D’où la tentation obsessionnelle de l’exil et ce phénomène de fuite des cerveaux dans l’Iran contemporain, qui nourrit une diaspora iranienne à haut niveau d’instruction, très mobilisée sur le plan politique. Une diaspora qui soutient la voix des Iraniens de l’intérieur, dénonce les mollahs et cherche inlassablement à sensibiliser l’opinion, tout en déplorant son impuissance depuis l’exil.
Aujourd’hui, tout montre que ce régime d’un autre temps ne correspond plus à la réalité sociale du pays. Et c’est précisément pour cela que la peur et la terreur imposées par le régime ne suffiront pas : un peuple jeune, éduqué, ambitieux, qui n’a plus rien à perdre ne s’arrêtera pas.
