Mesdames et Messieurs, qui êtes réunis à la Scala pour exprimer votre soutien à nos amis, à nos frères iraniens, je veux vous dire que je suis avec vous par la pensée. J’aurais voulu l’être physiquement ; malheureusement, je suis extrêmement pris par ailleurs et j’ai des ennuis de santé qui m’empêchent de beaucoup me déplacer. Vous le savez : je vis dans un pays de dictature très violente. Je l’observe depuis des années, je sais comment elle fonctionne, et toutes les douleurs qu’elle inflige aux uns et aux autres, au peuple, même aux enfants qui aujourd’hui fuient le pays par bateaux entiers, préférant mourir en Méditerranée, nourrir les poissons, plutôt que de rester en Algérie, végéter et se voir sans avenir. Je comprends donc parfaitement le combat des Iraniens. Je suis très heureux qu’il y ait eu ce déclic, que cette année le peuple iranien ait décidé de se soulever d’un bloc – car j’ai l’impression, qui se confirme de jour en jour, que c’est tout le peuple qui s’est élevé contre la tyrannie des mollahs.
Mais je sais aussi, chers amis, chers frères iraniens, que si l’on ne vous soutient pas, vous finirez par lâcher – et ce sera terrible, parce qu’à ce moment-là le retour de bâton sera meurtrier. Les mollahs ne vous épargneront rien, ils vous pourchasseront partout. Il est donc essentiel, maintenant que ce mouvement est lancé, de le faire aboutir rapidement, de faire tomber le régime. Il faut que tout le monde se tienne derrière vous, tous les Européens et la France en particulier. Cette terre de liberté, de combat pour la liberté, peut vous apporter beaucoup. Pour cela, il faut se mobiliser. Il faut que l’État en français se mobilise. Il faut aller chercher des soutiens partout, pas seulement en France, pas seulement en Europe, mais aussi aux États-Unis, en Amérique du Sud, en Afrique ; c’est un travail de chaque jour et qui concerne tout le monde : les États, les intellectuels et même les petites gens qui, à leur échelle, dans leur quartier, peuvent faire des choses et faire entendre leur voix. Je voudrais remercier et féliciter très chaleureusement Valérie Pécresse d’avoir pris cette initiative. Je crois que c’est la première en France. Je ne doute pas qu’elle va être suivie partout en France, dans toutes les villes. Valérie Pécresse est présidente d’une région qui a, je pense, une très grande influence politique de par sa population, de par les élites qui habitent dans cette région, qui occupent des positions officielles et qui peuvent apporter beaucoup. Mais il faut aussi aller vers les quartiers populaires. Il faut qu’il y ait une mobilisation vraiment générale. Si je peux me permettre de donner des conseils – et je ne devrais pas le faire parce qu’il s’agit d’une question de politique intérieure –, je voudrais ajouter qu’il faut que les Algériens – pardon, les Iraniens ! (voyez ce lapsus révélateur : j’ai dit les Algériens !) – que les Iraniens (mais cela vaut pour les Algériens) se dotent de cadres représentatifs qui les représentent tous. Il faut se garder de ceux qui vont chercher à diviser le mouvement populaire ; il faut rester unis. Le peuple iranien va être soumis à des pressions de part et d’autre. Le régime des mollahs n’est pas dénué de moyens ; il peut mobiliser beaucoup de monde pour contrecarrer le mouvement, pour le détourner de sa voie ; il peut utiliser des gens qui sont susceptibles d’avoir une certaine audience en Iran, mais qui ne représentent pas le peuple. Je pense notamment à l’héritier des Pahlavi, du Chah. C’est aux Iraniens de dire s’il peut les représenter, si demain il peut être l’homme du changement. L’Iran doit savoir qu’une fois que le régime des mollahs tombe, commencent les vrais problèmes : reconstruire l’unité du peuple, avoir un projet politique et social à long terme, se mobiliser et savoir mobiliser le monde. Le chemin est très long et compliqué. Pour ma part et pour ce que j’en sais, Valérie Pécresse et tous les gens qu’elle a pu ressembler, dont j’ai l’honneur de faire partie, resteront derrière vous et chercheront à mobiliser de plus en plus. Nous voudrions faire davantage mais pour le moment c’est tout ce que nous pouvons faire pour vous. Bon courage !
