Chère Valérie Pécresse, chers amis, je suis très ému d’être là ce soir, bouleversé que vous ayez organisé cet événement, avec toutes les grandes voix que nous venons d’entendre, et tellement heureux que ce soit à ce moment précis où, la nuit électronique continuant de tomber sur l’Iran, la vérité commence à apparaître. Le régime lui-même admettait hier 5 000 morts. Le Sunday Times avançait hier le chiffre de 16 500 morts. Iran Human Rights, l’ONG iranienne basée à Oslo, ainsi que des témoignages publiés ce matin dans le Times de Londres parlent de chiffres encore plus importants – sans compter le nombre de prisonniers exécutés à huis clos et parfois, disent certains témoins, torturés avant d’être exécutés. Jamais, au XXIe siècle, autant de femmes et d’hommes n’ont été tués en si peu de jours en Iran qui remporte le sinistre record du monde du massacre horaire depuis le Rwanda. Ajoutez à cela – vous le savez tous – les snipers qui, depuis les toits, visaient, visent et viseront encore demain à la tête, ainsi que les mitrailleuses montées sur des pickups et tirant dans le tas. Ajoutez le recrutement de mercenaires étrangers irakiens afin que la main des tueurs ne tremble pas. Ajoutez cette ignominie, à ma connaissance jamais vue, qu’est « le prix de la balle », c’est-à-dire le fait de demander aux épouses, aux parents, aux conjoints des morts de payer des sommes astronomiques, des milliers d’euros, pour récupérer le corps de leur défunt. Voilà la vérité. Et aucune diversion, aucune comédie arctique ou polaire ne fera oublier que ce massacre des innocents en Iran est, avec le bombardement des Ukrainiens, la grande tragédie d’aujourd’hui. 

Face à cette horreur, les États-Unis de Donald Trump ont une énorme responsabilité historique. On ne peut pas dire que le Groenland est un problème de sécurité pour les États-Unis et épargner un régime qui brave les États-Unis depuis quarante-sept ans, qui kidnappe ses ressortissants, qui les tue, et qui arme l’arc islamiste Hezbollah-Hamas-milices iraquiennes en toute impunité. On ne peut pas faire les deux à la fois. On ne peut pas insulter le Premier ministre du petit Danemark, le Premier ministre de l’encore plus petit Groenland, prendre le risque de faire éclater l’Union européenne et l’OTAN, et dire qu’on a « un grand respect » pour les mollahs qui auraient suspendu 800 exécutions – chiffre magique surgi dans la bouche de Donald Trump et qui n’a eu d’autre effet que de blanchir le reste des crimes du régime. Si tel était le cas et si les États-Unis persévéraient dans cette voie, ce serait pour la grande démocratie américaine une forfaiture sans précédent. Ce serait une erreur et une faute plus grande encore que celle de Barack Obama à l’époque où il avait fixé une ligne rouge à Bachar al-Assad – l’usage de gaz chimique contre sa propre population – et qui, une fois la ligne franchie, avait choisi de détourner les yeux et de laisser passer. Alors j’espère et je prie pour que nous nous trompions tous, pour que les États-Unis d’Amérique sachent que l’Histoire les regarde et qu’ils finissent par venir au secours du peuple iranien qui défend les mêmes valeurs qu’eux. 

Mais nous sommes aujourd’hui à Paris. Nous sommes en France et en Europe ; et je crois que l’Europe, elle non plus, ne peut pas se dérober à ce rendez-vous historique qui lui a été assigné. L’Europe peut, et elle doit, fermer toutes les ambassades, renvoyer tous les diplomates iraniens, qui n’ont plus le moindre droit ni la moindre légitimité de représenter leur peuple. L’Europe peut, et elle doit, se décider enfin à inscrire dans la liste des organisations terroristes le Corps des Gardiens de la révolution islamique. L’Europe peut, et elle doit, geler les avoirs des indignes dignitaires iraniens qui préparaient leurs arrières – non seulement au Venezuela, ou en Russie, mais aussi dans certains pays d’Europe. Ils doivent être traités comme on s’est enfin décidé à traiter les assassins russes ou ceux qui les défendaient. Ce grand marché et cette grande puissance économique qu’est l’Europe peut, et elle doit, commencer à traiter différemment les États, même les plus grands, qui soutiennent et qui parfois financent indirectement ce régime assassin. Les Iraniens étaient Charliequand une rédaction en France a été exécutée. Les femmes iraniennes portent aujourd’hui la grande révolution féministe à laquelle tant de femmes et tant d’hommes prétendent aspirer en Europe. Pourquoi tant de pusillanimité ? Pourquoi est-on si peu nombreux dans les rues de Paris, mais aussi de Rome, de Madrid, de Berlin ou de Londres à crier « Femme, Vie, Liberté » ? En vertu de quel calcul sordide les Insoumis et d’autres activistes à géométrie variable ont-ils tant de peine à se porter au secours de femmes et d’hommes qui défendent les valeurs de notre République – c’est-à-dire les Iraniens qui soutiennent les valeurs de la liberté, de l’égalité et de la fraternité ? Indignes sont les atermoiements, infames les leçons de politique et parfois de morale que certains se permettent de donner aux Iraniennes et aux Iraniens en lutte : « Attention, pas d’ingérence ! », « Attention à l’impérialisme ! », « Ne confondez pas une révolte contre la vie chère et une authentique révolution, ne mélangez pas tout ! », « Et puis franchement, Reza Pahlavi, est-ce que vous n’auriez pas mieux en magasin ? » C’est cette condescendance qu’on entend aujourd’hui, ce prétendu réalisme, cette sagesse cauteleuse. C’est, je crois, une autre façon, et la plus veule, de laisser mourir.

2 Commentaires

  1. Moi aussi je prie, chaque jour un Saint Rosaire, mais pour la conversion des pécheurs, mais pour l’éradication de qui l’on sait.

  2. Il ne serait pas juste d’affirmer que, sans les Américains, nous parlerions aujourd’hui l’allemand.
    Car il ne faudrait pas oublier qu’avant l’attaque de Pearl Harbor, nous, la Grande-Bretagne et la France du général de Gaulle, résistions vaillamment au Reich nazi.
    Indéniablement, mais… avec quels résultats ?
    La Seconde Guerre mondiale a engendré entre quarante et soixante millions de morts, à part plus ou moins égales de chaque côté de la ligne de démarcation entre le bien relatif et le mal radical. Qui se porte volontaire pour aller expliquer au Pentagone que le Lion rugissant était sur le point d’écraser ces satanées forces de l’Axe au moment même où l’Amérique n’aurait pas d’autre choix que de rentrer dans la danse macabre ?
    Nous n’avons rien à apprendre des États-Unis, dit le ministre des Affaires européennes. Il est vrai qu’un pays qui n’a ni le courage ni le discernement requis pour s’interposer, avec toute l’énergie que cela suppose, entre une Cour pénale internationale faillie et l’État éclaireur des Juifs que cette dernière accuse du même crime contre l’humanité dont lui seul est la cible de la part d’une association de malfaiteurs d’État et d’une majorité de Nations veules et parfois proactivement complices, j’entends par là un pays comme le nôtre, ou du moins un exécutif que guette un peu plus chaque jour l’état de mort cérébrale, n’est vraiment plus en situation d’apprendre quoi que ce soit de quiconque, fût-ce d’une première puissance mondiale vers laquelle fuient les meilleurs de ses cerveaux.
    Poutine est l’ennemi des libertés fondamentales que nous, le métapeuple européen, incarnions si bellement jusqu’à ce que nous nous caricaturions à grandes giclées de positive thinking. Il n’est pas inutile de secouer la statue de Pierre KGB le Grand, dans la mesure où nous impactent les déréglements de son horloge interne. De là à se convaincre que, sans l’esprit de sacrifice possédé sur les bords de l’armée soviétique, Nous serions parvenus à bouter hors de Nous-Même l’agent euphorisant du suprémacisme aryen…
    La Russie a puisé une bonne portion de son génie aux sources de l’Ukraine, mais aussi de la France et, de manière sans doute non négligeable, d’une Allemagne qui, dans les domaines intellectuels, artistiques et scientifiques, avait quelque peu participé à accroître le rayonnement mondial du vieux continent. Allons-nous pour autant en conclure que ces Russes qui, fort probablement, se plaisent à éblouir jusqu’à l’aveuglement de soi-même et d’autrui pour mieux tourner le dos à leurs propres ténèbres, n’ont jamais rien su produire de leurs mains ou par l’esprit qui leur est propre ? Quid de l’Académie des sciences de Saint-Pétersbourg, du Ballet du Bolchoï, du groupe des Cinq, du Conservatoire Tchaïkovski, des pères et mères de l’abstraction géométrique, du rayonnisme, du suprématisme ou du constructivisme, du système Stanislavski et de son influence sur la méthode que développerait, dès 1947, l’Actors Studio, en amont de nos vagues de renouvellement italienne et française, quid du premier franchissement d’un être humain au-delà de la stratosphère ou, dans un genre très différent, d’une Tsar Bomba ayant produit l’explosion la plus puissante de l’histoire ?
    La Russie nous emm…? Sans l’ombre d’un doute. Allons-nous régler les problèmes qu’elle nous pose par un grand nettoyage ethnoculturel ? Cela semble difficile à envisager. Comme à souhaiter, d’ailleurs ! Nous préférerions de loin que les Russes puissent poursuivre leurs cheminements pluriels vers le progrès de leur humanité et qu’ils retrouvent enfin un moyen de s’effuser qui profite à l’ensemble de notre espèce.
    Mais pour cela, il faudrait qu’ils le veuillent.
    Aussi nous efforcerons-nous, l’Ukraine en tête, de ne point perdre la volonté d’éveiller en eux le désir de s’universaliser sans jamais uniformiser.
    Dostoïevski nous démontra hélas que, si le génie a la faculté de côtoyer la perfection et l’abomination avec une même acuité conscientielle, ce qu’il adviendra chez le lecteur des effleurements furtifs auxquels s’adonne son âme damnatrice et animée par la force de résistance spirituelle d’un Père du désert qui, pour des raisons de gain de temps, s’apprête à franchir de lui-même le feu éternel de l’enfer par lequel ses pensées se dépouilleront de leurs formes transitoires pour tenter un saut de l’ange antigravitationnel vers le ciel empyréen, n’est pas son affaire.