Depuis plus de trois ans, l’Ukraine résiste – et avec elle, l’idée même d’une Europe fondée sur le droit, la souveraineté, la liberté. Alors que les États-Unis se désengagent et que Moscou prépare une nouvelle offensive, l’heure ne doit plus rester aux demi-mesures diplomatiques. L’armée ukrainienne ne demande pas la compassion, mais des armes. L’Europe doit choisir entre préserver la paix ou l’illusion de la paix.

Depuis l’hiver 2022, voici trois ans déjà que l’Ukraine s’accroche. À Bakhmout hier, dans la boue de Pokrovsk aujourd’hui, dans les ruines de Tchassiv Yar ou les tranchées de Toretsk. Là, ce ne sont pas seulement des lignes de front qui résistent : ce sont les frontières morales de l’Europe. 

Chaque avancée russe n’est pas seulement militaire. Elle est existentielle. Ce qui se joue, ce n’est pas un conflit territorial, mais un affrontement entre deux visions du monde. D’un côté, une Europe de droit, de souveraineté, de libertés partagées. De l’autre, un impérialisme néo-mafieux du Kremlin qui brandit la violence comme légitimité et la force comme seul ordre.

La réélection de Donald Trump, en novembre 2024, a bouleversé le rapport de forces. À peine revenu à la Maison Blanche, il suspend l’aide militaire à l’Ukraine, la prive de renseignements cruciaux.

Le Financial Times note que sans relance des crédits votés par le Congrès, l’armée ukrainienne pourrait manquer de ressources dès l’été 2025.

À cette paralysie s’ajoute un discours belliqueux de l’administration Trump : menaces de quitter l’OTAN, reproches contre « l’ingratitude » ukrainienne, allusions à la nécessité de « punir » l’Europe pour ses « dettes ». Ce n’est plus de la diplomatie, c’est de la vengeance mesquine de comptoir. Trump et son entourage – une collection de courtisans ignares et cyniques – rivalise d’incompétence, de vénalité et de servilité devant Moscou. L’obsession du profit, l’ignorance des enjeux, la soumission à l’autoritarisme de Kremlin : tout converge pour que les États-Unis deviennent non plus un allié, mais un obstacle, voire un ennemi de l’Europe.

Pour Moscou, c’est une fenêtre historique. Poutine, lui, ne se trompe pas sur la nature du moment. Il y plonge avec méthode. Son discours devient plus cynique, plus méprisant. Le prétendu « cessez-le-feu » annoncé en fanfare par Trump n’était qu’un écran de fumée. Il a été violé quelques heures plus tard par les forces russes, dans l’indifférence crasse de Washington.

Le Kremlin crée et renforce ses alliances avec d’autres dictatures, plus promptes à l’aider que les Occidentaux l’Ukraine. Il déploie, bombarde, et surtout, teste. Il teste notre capacité de dire non.

Le président Zelensky, il y a quelques jours, sonne l’alarme : les mouvements de troupes russes s’intensifient à la frontière en direction de Kharkiv, Soumy et Zaporijjia. Les signes d’une ultime offensive russe s’accumulent.

Pourtant, dans plusieurs capitales occidentales, l’on continue de parler de paix. De cessez-le-feu éphémère.

Le Financial Times, citant les ministres de la Défense estonien et lituanien, souligne que « tout cessez-le-feu augmenterait considérablement la menace pour les pays baltes ».

La guerre, pour la Russie, est un état naturel. La paix, une pause stratégique.

L’histoire récente le prouve : la Russie utilise les trêves pour reconstituer ses forces et frapper plus fort. Ce fut le cas en Tchétchénie, en Géorgie, et déjà en Ukraine.

Pendant ce temps, les européens s’enlisent dans des « plateformes de coordination », dans l’illusion de futures « missions de paix » ou de « garanties de sécurité »… mais la guerre se joue aujourd’hui, pas dans cinq ans.

Les brigades ukrainiennes n’ont que faire des communiqués de presse : elles ont besoin d’artillerie, de munitions, de blindés et surtout d’aviation maintenant.

L’Europe commet une erreur stratégique majeure : elle regarde trop loin, et pas assez près.

Radoslaw Sikorski, le chef de la diplomatie polonaise a déclaré que « la plus grande et la meilleure garantie de sécurité européenne est l’armée ukrainienne, courageuse et bien équipée ». « C’est la plus grande armée d’Europe de notre côté… Elle a l’expérience de mener un nouveau type de guerre, impliquant des millions de drones », a-t-il ajouté.

Honnêtement, trente mille Européens ne changeront pas grand-chose, car en cas d’action militaire russe d’ampleur, il faudrait les évacuer immédiatement ou les sacrifier.

Ce qu’il faut, c’est de l’argent pour renforcer l’armée ukrainienne et son stock d’armes.

Plutôt que d’envoyer 30 000 soldats allemands et français, il serait plus utile de prévoir un appui aérien européen de plusieurs centaines d’avions.

Alors que l’Europe débat d’une future force commune ou d’un hypothétique corps expéditionnaire, une voix ukrainienne soulève une question essentielle : pourquoi ne pas financer ce qui existe déjà ?
Le colonel Andriy Biletsky, commandant de la 3e brigade d’assaut, propose la création d’une armée ukrainienne de 250 000 à 300 000 soldats, directement financée par l’Union européenne. « Ce serait la force de dissuasion la plus efficace et la plus rationnelle », explique-t-il.

Pourquoi investir dans des structures encore inexistantes, quand une armée expérimentée, en première ligne, peut être renforcée immédiatement ? (Euromaidan Press, 29 mars 2025).

Toutefois, dernièrement, des initiatives européennes salutaires se coordonnent.

La République tchèque a relancé, en mars, son initiative permettant la livraison d’1,5 million d’obus à Kyiv – hors des mécanismes de l’UE.

La France a annoncé une aide militaire supplémentaire de deux milliards d’euros.

La Norvège a augmenté sa promesse d’aide à l’Ukraine, passant de 3 à 7 milliards d’euros dans le cadre de Nansen Support Programme, un soutien militaire et humanitaire structuré sur cinq ans.

La Suède, le Danemark, les Pays-Bas ont multiplié les efforts, notamment sur les systèmes de défense aérienne et les munitions intelligentes.

Mais en face, la Russie réorganise sa production militaire et renforce ses alliances avec l’Iran, la Corée du Nord, la Chine.

Son choix stratégique désormais est la guerre totale. L’Europe, elle, ose à peine prononcer le mot.

Kyiv ne demande pas l’impossible.

L’Ukraine ne réclame ni hommes, ni grandes déclarations, ni conférences creuses.

Elle réclame ce que tout soldat attend : des armes, des munitions, de l’aviation.

Et du temps l’Ukraine n’en a plus.

À Kharkiv, les sirènes hurlent presque chaque nuit. À Zaporijjia, les infrastructures sont attaquées régulièrement. À Soumy, les groupes de reconnaissance russes sondent les défenses et pilonnent la ville en la transformant en un tas des ruines.

L’armée ukrainienne se bat, sous-équipée, contre un adversaire supérieur en nombre… et en alliances.

Forcer Kyiv à négocier aujourd’hui, sous les bombes, alors que l’ennemi persiste, serait une trahison.

Ce serait consacrer le droit du plus fort. Ce serait abandonner l’ordre européen, issu de 1945, fondé sur l’intangibilité des frontières.

Ce serait adresser au monde un signal fatal : que la démocratie est faible, et que l’agression paie.

Il ne s’agit plus simplement d’aider mon pays attaqué.

Il s’agit de ne pas se perdre soi-même.

La survie de l’Ukraine n’est pas une dette morale.

Elle est une nécessité stratégique.

Sa victoire est la condition de notre sécurité collective européenne.

Et l’Europe n’a plus le luxe du délai.

Elle doit décider de s’engager au côté de l’Ukraine jusqu’à la victoire definitive – maintenant.

Un commentaire

  1. Vous avez raison Mme Poedie, il y a longtemps que j’avais préconisé une attaque nucléaire massive sur la Russie mais personne ne m’a entendu et désormais votre beau pays va être dépecé.

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