Sitôt qu’elle plonge ses grands yeux noirs dans les vôtres, l’affaire est entendue. Vous êtes conquis. Démasqué. Dévoilé. Sitôt qu’elle vous adresse la parole, c’est terminé : votre carapace vole en éclats ! Personne ne résiste à Eva Bester, à sa douceur mélancolique, son spleen distingué, sa façon bien à elle de se noyer dans les mots, les vôtres surtout, jusqu’à l’abîme. Personne… Productrice et présentatrice de l’émission «Remède à la mélancolie», tous les dimanches à 10 heures sur France Inter, cette militante de l’humeur changeante, maussade, aussi grise que les grandes plages de la Mer du Nord s’est fait une spécialité de sonder les âmes et d’ausculter les cœurs. Chaque semaine, Eva Bester s’aventure. Elle raconte comment le tourment vient, comment la tristesse et la mélancolie s’entretiennent et peuvent disparaître (avec un peu d’entraînement, cela dit). Voilà du réconfort radiophonique. Un format moderne et intemporel. Du talent, disons-le franchement. On prédit à Eva Bester un avenir tout tracé. On lui espère de grands projets. Car de sa voix chaude encore un brin juvénile, la jeune femme a cette qualité unique : elle soulage et en soulageant peuple le quotidien de références raffinées, voire même consolatrices.

En l’écoutant dans le poste, on imagine les milles formes concrètes de cette voix douce et parfois taquine. Un mystère que les plus curieux résoudront en deux clics, pas plus. Mais l’essentiel est ailleurs. Et certainement dans la compilation de entretiens de dame Bester, publiés aux éditions Autrement. Ses Remèdes à la mélancolie sous-titrés «La consolation par les arts» forment un livre délicat, malin, agile, truffé de bons mots et de références. On y découvre le remède imparable de Daniel Pennac pour esquiver le spleen – la sieste ! – la nature étonnamment mélancolique d’un Vladimir Cosma que son œuvre camoufle par quelques astuces de solfège. Plus loin, Joan Sfar confesse «aimer pleurer», Adrien Bosc raconte qu’il écoute la musique de Paolo Conte, tandis qu’Agnès Desarthe et Christophe Bourseiller s’appliquent des doses régulières «d’onguents filmiques» comme les appellent Eva Bester. Pour se changer les idées, ils regardent The Big Lebowski, film mythique des frères Coen… Incomplète serait cette critique sans terminer par quelques mots à propos du court essai sur l’œuvre méconnue du peintre belge Léon Spilliaert que propose l’auteure à la fin du livre. Cela tient en une vingtaine de pages, pas plus, et c’est tout simplement brillant. «Plusieurs d’entre nous ressentent le monde comme un vaste hangar froid sans plafond et sujet à une pluie continue, écrit Bester. Quelques esprits singuliers – une dizaine par siècle – passent cet environnement existentiel crépusculaire au tamis de leur psyché, et en font de la beauté. En 1881, Ostende, port de pêche du littoral des Flandres dont le nom signifie en néerlandais “la fin de l’Est”, donne naissance à l’un d’eux : le peinte belge Léon Spilliaert. Nerveux et sujet à des maux d’estomac, cet élu va représenter la mélancolie, l’angoisse et la déréliction avec tant de grâce qu’on serait presque tentés, pour mieux savourer son œuvre, de les convier en soi délibérément au lieu de s’y soustraire». Et la spécialiste es affliction de poursuivre : «Quiconque a déjà ressenti la morsure du spleen ou de l’angoisse peut trouver une résonance esthétique à ses états d’âme dans l’une des visions du peintre. Du terrible, il fait de la beauté». C’est exactement le projet d’Eva Bester, un siècle plus tard.


Remèdes à la mélancolie, la consolation par les arts, d’Eva Bester. Éditions Autrement. 304 pages. 18,00€

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8 Commentaires

  1. La République d’EM a retiré les œillères qu’on avait mises aux chevaux de bataille des moteurs démocratiques, un siècle avant le déclenchement tonitruant de la course à l’armement. Son dégagisme républicain se teintait des déboires du petit génie empêché d’un gouvernement de l’ancien monde. Validé par une majorité d’électeurs français lors d’une élection présidentielle qui propulserait au second tour deux candidats hostiles au bipartisme, il est primordial que le dépassement du clivage gauche/droite fasse maintenant la démonstration de son efficience par un dénouement en forme de renouement. La confrontation des doxas mène à l’affrontement. Le candidat EM se faisait fort de séparer le bon grain de l’ivraie tandis qu’il secouait l’éventail de propositions transpartisanes qu’il aurait pu piocher, sans aucun tabou, dans les programmes imparfaits de ses adversaires. Devenu président d’une république abstentionniste et majoritairement antinationaliste, ce n’est plus le moment pour EM de relâcher la pression sur une nation qui ne s’est jamais tout à fait départie de sa République des partis. Il s’appliquera donc à ce que les représentants du peuple, EM compris, poursuivent leur mutation sur la voie de l’antidogmatisme. Le ministre EM peinait à faire comprendre à ses collègues que les solutions débordent souvent le cadre idéologique d’un seul camp, fût-il le sien propre. La doctrine est toujours valable.

  2. Rappel de noir : Si l’angoisse du grand remplacement pousse de toute évidence au crime contre l’humanité les souverainistes de tout poil, il serait déraisonnable que, défenseurs acharnés des droits universels de l’homme un et indivisible, nous nous laissons distraire par les sinistres manipulations de la pire des Europe jusqu’à en oublier de traiter la question du droit d’asile comme il se doit, telle un échec universaliste et non par un satisfecit chétivement humaniste.

  3. Rome ne se refera pas en un jour. La revitalisation des territoires prendra un bon décennat, or les Français sont impatients. Possible qu’ils acceptent de patienter sagement jusqu’au terme de cette grande opération de sauvetage du modèle républicain, mais il faudra auparavant qu’on leur ait rendu le goût de la sagesse. Il est deux mots dont l’association devrait hérisser une puissance économique ayant vocation à exporter les droits fondamentaux, deux items catégoriels dont le plus ruisselant de nos grands patrons ne sait plus faire l’économie : travailleur et pauvre. Le consentement à l’impôt est un pilier des États inabsolutistes. Le citoyen-contribuable est d’abord un homme universel. De l’humanité, il en a à revendre! Et Dieu sait si les hommes sont enclins à céder au vertige de l’omnipotence quand, bien qu’elle fût démesurée, leur ascension sociale les a laissés sur leur faim. La lettre de la loi garde trace des persécutions infligées aux humiliés du triolisme féodal. Sa racine est hypersensible. Réagissant au moindre coup porté contre le principe d’égalité politique. Rectifiant la mauvaise nature de l’homme, à son horizontale comme à sa verticale, et par mauvaise nature, j’entends le résistible penchant de l’animal pensant pour — tout ce qui constituera — le mal — qu’il infligera aux autres ainsi qu’à lui-même. Les corpus législatifs dont se dote un État de droit veillent à ce que les réglementations territoriales et nationales soient garantes de la paix civile en un espace de liberté relative. Là où les hommes sont libres et égaux en droit, ils consentent unanimement à réprimer toute volonté de puissance qui empiéterait sur les libertés individuelles de leurs concitoyens. Il n’a jamais été dit que le garant suprême de l’État de droit était le substitut d’un monarque absolu. On attendrait plutôt de lui qu’il possède les qualités d’un réconciliateur. Il est de la responsabilité d’un leader que nos valeurs propulsent de mettre tous les acteurs d’un conflit devant leurs responsabilités respectives : 1) le citoyen qui est en capacité d’apporter une large contribution financière à la chose publique; face à 2) celui qui se montrerait exemplaire en matière de philanthropie fiscale si on lui en donnait les moyens. Arrachons une baisse significative du salaire de la peur aux agents économiques qui, espérons-le, disposent d’une marge de manœuvre, dont nous ne sachons pas qu’elle soit de nature sacrificielle, pour nous sortir de cette nasse explosive. «L’État c’est nous», dit le roi d’une démocratie. Le pouvoir de s’acheter une vie digne est un droit fondamental en démocratie social-libérale. Nous, l’auto-entrepreneur des peuples, consentons à assurer, ensemble, les libertés interdépendantes présidant à notre dignité commune. Si, par malheur, une portion de la nation n’était plus en état de contribuer au bien commun, il nous appartiendrait de restaurer sa foi dans le droit à l’État.

  4. Les guerriers de l’âge de pierre utilisent des armes létales. Ce sont des Petit Poucet qui ont mangé un ogre. Ils égrènent dans leur course des crimes. Voilà pourquoi les avocats de la terreur se défausseront toujours de leurs flagrantes complicités sur le pendant idéal de tous les adoïsmes, ce fanfaron esprit de sérieux, avançant ses pions par petits arrangements avec le mythe de la juste rétribution des mérites, rouage d’un système inhumain qui, de par son zèle, son indifférence ou sa lâcheté, donne parfois l’impression de chercher son martyre. Mettons de côté le pas de côté. Le propre de tout régime instauré par un État de droit n’est-il pas d’inculquer aux consciences dont il préserve la liberté un profond respect de l’adversaire, dès lors que ce dernier a eu le courage de monter au créneau et de combattre, à la loyale, entre les cordes extensibles d’un ring démocratique? Il va sans dire que celui ou celle qui ne partage pas nos idées est censé(e) observer scrupuleusement les droits fondamentaux et ne pas feindre de les défendre pour les pourfendre sitôt élu(e). La ligne politique du vainqueur des élections présidentielle et/ou législative a dès lors la possibilité d’être combattue, débattue et battue, après, pendant comme avant son investiture, sans pour autant que sa légitimité soit contestable. Sous un régime de cet ordre, le principe de violence légitime ne saurait être tenu équivalent aux meurtres ou aux assassinats contre lesquels il est devenu l’unique et ultime rempart. Cette force de dissuasion aidera le peuple à contenir sa colère qui en ressortira nimbée d’une autorité naturelle, autrement plus productive qu’un engagement stérile dans l’impasse des violences. La République n’a pas les moyens de se payer le luxe d’une Drôle de guerre philosophique. Son président a réussi le casse du siècle? Cela n’autorise personne à s’inspirer de lui en réalisant son propre hold-up, hypocritement valdéiste, hyperconnecté au Gargantua qui le déconnecte, qui plus est à main armée, en d’autres termes, foiré d’avance.

  5. La déontologie des forces de l’ordre françaises, c’est la défense passive. Zéro (insurgé) mort face à l’Arc de Triomphe = profanation = dévastation. Zéro (insurgé) mort face au palais présidentiel =

  6. 0. Les appels du Rassemblement national, de La France insoumise ou du Parti communiste français à respecter le droit de manifester sont hors-sujet. Lorsqu’on demande à Éric Drouet pour quelle raison il ne fait pas une demande d’autorisation de manifestation, il répond qu’il ne s’agit pas d’une manifestation.
    0. Le dégagisme radical doublé d’un forcement du portail de l’Élysée ne présage pas une collation avec Manu Ier, mais une décollation en bonne et due forme de la République. L’instrumentalisateur des pauvres ne reconnaît pas la légitimité des élus. Il ne marchera pas vers le Marcheur sans s’être armé d’une pique.

  7. Les Français moyens et laborieux soutiennent très largement les victimes d’un système économique ayant pour conséquence une baisse constante du pouvoir d’achat des classes moyennes et laborieuses. Leur niveau de vie les indigne en ce qu’il les frappe d’une forme d’indignité nationale qu’ils jugent ne pas mériter. Leur déclassement, en effet, les expose à des outrages, petits ou grands, toujours énormes de leur point de vue, globalement quotidiens : ceci explique cela. Les Français en éprouvent le symptôme telle une corde sensible ou une onde sympathique. Cela ne nous dit pas s’ils s’accordent à confirmer le diagnostic qu’on leur camoufle sous la formule informulable de civilite aiguë. Les uns portent plainte pour maltraitance, les autres l’enregistrent. À quel moment furent-ils invités à se prononcer sur le traitement qu’ils préconisent? La nation réclame un arrêt immédiat des violences physiques et psychiques qu’on inflige aux plus faibles de sa communauté. Les insurgés apolitiques ont besoin d’une responsabilité individuée, d’un face à face à la loyale, à l’échelle de leur souffrance individuelle, d’une cause de leur inflammation possible à circonscrire, d’un front assez large pour encaisser la convergence des buts. Macron leur tombera dessus à point nommé. Sauf qu’encore une fois, nous ignorons la position des Français sur la demande de destitution du président de la République, de dissolution de l’Assemblée nationale, de création d’une Assemblée citoyenne se substituant au Parlement. Nous ne savons rien, en somme, du soutien dont la France galvanise quelques centaines de milliers de travailleurs pauvres que certains récupérateurs préfèrent nommer «les gens» sans préciser que leur incapacité à les faire entrer dans une catégorie sociale ou politique leur interdit a priori d’extraire de leur groupe en fusion des généralités. Il n’y a pas les Français, mais des Français, qui proposent des solutions. Vient ensuite une émanation de leur corpus relativement idéologique, laquelle émanation dispose de leurs propositions, parfois inconciliables. Celle-ci est-elle condamnée à gouverner contre le peuple? Il y a le précédent Mitterrand, l’abolitionnisme en avance d’une génération. Une autre époque. Un autre chef, rival n° 1 du fondateur de la Ve République, nonobstant la hantise des forces de l’esprit qui les réunissaient. Une certaine capacité à venir rassurer leurs compatriotes d’un «Je vous ai compris» qui, sur le moment, éclairé d’un parfait dosage de compassion et de sévérité, sonnait furieusement juste.

  8. La sonnerie aux morts du quatrième acte avait retenti à travers le smartflingue telle une prophétie autoréalisatrice. Quand les lanceurs d’alerte se transforment en lanceurs d’assaut, l’urgence est à les avertir du caractère irréversible de leur mutation. L’ordre des justes induit un dispositif omnilatéral d’assistance à peuple en danger. Soumis aux impératifs d’une mondialisation économique sur laquelle les reconstructeurs de l’après-guerre avaient parié pour moduler l’amplitude des crises inéluctables, épargnant de la sorte aux astres hominiens le désastre de trop, le chef d’un État-nation ne peut en aucun cas s’arroger le pouvoir absolutiste de piloter radio éteinte une arche que ses prédécesseurs avaient léguée, non sans avoir pris soin d’en morceler la combinaison historiale, à leurs grands descendants. C’est bien pourtant ce que les régicides paradoxaux attendent du Père intemporel de la nation auquel ils ordonnent d’exaucer leurs vœux ainsi qu’un être de Sa nature est censé le faire : instantanément. Sur l’autoroute à double sens de la prospérité, les grands groupes oscillent entre vice et vertu. Abusent-ils de la paralysie d’une main d’œuvre enclavée, assujettie aux obsessions d’un sombre bénéficiaire du principe de souveraineté des États, privée des droits fondamentaux dont un universitaire occidental aurait tendance à inculquer la dimension universelle aux futures élites impossibles à mondialiser? Usent-ils plutôt de l’envergure transnationale que leur confère le système qu’ils confortent pour arracher aux cryptoféodaux un espace de dérogation au non-droit international pouvant, dans une certaine mesure, concourir à l’abolition de l’esclavage moderne? Le mythe du ruissellement voudrait que la contribution fiscale des GAFA soit, pour partie, destinée à récupérer à la petite cuiller ces objets civilisationnels désidentifiés qui sont allés s’enfouir dans les trous noirs postcoloniaux d’une Europe qui, malgré sa reconstruction, peine à cicatriser. Autant de populations ayant vocation à faire peuple malgré elles, que l’on sommera de proclamer l’indépendance de leurs soit-disant nations, dont on préservera l’intégrité territoriale d’un patchwork grossier que les géonusiens ne se risqueront jamais à détricoter. La montgolfière sociale est lestée par le chômage de masse. Toutes les familles sont touchées, entravées, meurtries de culpabilité envers la progéniture qu’elles ont jetée aux limbes. «Et si la réponse aux persécutions moyenâgeuses des empires industriels et financiers se trouvait dans l’édification d’une forteresse protectionniste?» Les divagations anticapitalistes découlent d’une forme d’étourdissement continu causée par le mouvement brownien du libéralisme. Le progrès se comporte comme un paquebot coulant à pic. Pressé de lever l’ancre, ce dernier n’a pas pris le temps de mesurer, non point le degré de confiance des passagers dans l’équipage, mais celui des naufragés potentiels dans les forces du vide. Le nivellement par le haut de la population mondiale procédera de l’universalisation de l’État de droit. Il nous faudra cesser, dans le quart d’heure qui vient, d’engraisser les tyrans telluriques. Donner de l’eau de vie éternelle au moulin des vanités pseudo-célestes. Une entité génomique intellectivée, infraconsciente des structures mentales propres à son espèce, veillera à ce que son esprit, avant de s’avancer sur un pronostic concernant la cohésion d’ensemble qui conviendrait à l’exercice des fonctions vitales de son abstraction, ait consulté le siège de la conscience qui l’englobe.

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