La guerre contre le peuple kurde et ses velléités d’indépendance est décidément un des passe-temps favoris chez les despotes du Proche-Orient.

Après Kirkouk et son pétrole, arrachés à Erbil par l’Irak il y a un an avec l’aide des milices iraniennes pour crime de referendum sur l’indépendance du Kurdistan, après la province d’Afrin en Syrie envahie par l’armée turque au printemps dernier pour faire pièce chez leurs frères de Syrie à la résistance séculaire des Kurdes de Turquie contre Ankara, c’est au tour, une nouvelle fois, des Kurdes iraniens de subir de plein fouet la répression du régime des Ayatollahs de Téhéran.

Cette répression par l’Iran qui dure depuis la chute de la république kurde de Mahabad au lendemain de la seconde guerre mondiale, a connu un pic la semaine dernière avec l’exécution de trois indépendantistes kurdes, suivie du bombardement par missiles du quartier général du Parti Démocratique Kurde d’Iran de l’autre côté de la frontière, au Kurdistan indépendant, qui a décimé sa direction.

Zaniar Moradi, Lohman Moradi, Ramin Hossein Panahi ont été exécutés à la prison de Raja’i Shar dans la banlieue de Téhéran ce 8 septembre sous le chef de «terrorisme» après avoir été torturés pour leur extorquer des aveux ad hoc et au terme d’un procès auquel n’ont pu assister ni leurs avocats ni leurs familles. Ces assassinats après une parodie de justice ont eu lieu en dépit d’une large protestation contre les sentences de mort et les appels des experts de l’ONU ainsi que d’autres institutions, comme le dénonce Amnesty International dans un communiqué intitulé Outrage. Oui, outrage au Droit, outrage à la justice, outrage au droit à sa culture d’une population de onze millions de Kurdes aux trois quarts sunnites dans un Iran perse et chiite, sous occupation militaire constante dans leurs montagnes de l’Est de l’Iran, asphyxiés économiquement, privés de leur identité.

Téhéran a surenchéri le même jour, par le bombardement aux missiles du quartier général du Parti démocratique kurde d’Iran, situé de l’autre côté de la frontière au Kurdistan libre d’Erbil.

Ibrahim Zewayi, Karan Mahdavi, Rahman Pirohi, Nasrin Haddad, Hashem Azizi, Soheyla Qaderi, tous dirigeants du PDKI, ont été tués sur le coup. Nous les avions rencontrés en mars 2015, Bernard-Henri Lévy, Aziz Othman et moi, lors de la préparation de Peshmerga, à Koya sur cette frontière avec l’Iran, dans ces mêmes bâtiments que les missiles des Pasdarans, les Gardiens de la Révolution, ont pulvérisés il y a deux jours sans autre avertissement. Voilà comment le régime de Téhéran, le Shah puis les Ayatollahs, règle depuis plus d’un demi-siècle «la question kurde» en Iran. Hors de question d’accorder la moindre autonomie aux Kurdes iraniens sous la botte, oubliés de tous, qui désespèrent, reclus dans leurs montagnes, que le monde civilisé s’intéresse à eux.

Mais abandonnés une fois de plus à leur sort. Une fois de plus ? Ou une fois pour toutes.

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