«J’ai vu passer, à Erbil, le mauvais esprit du monde» – c’est par cette phrase que Bernard Henri Lévy, dans son tout dernier ouvrage L’Empire et les cinq rois (Grasset), clôt son Prologue avant d’ouvrir à une réflexion puissante et originale, philosophique et politique, historique mais aussi poétique, sur notre époque, sur les dangers et les risques de notre actualité géopolitique ainsi que sur la possibilité d’un «nouveau départ» qu’il est, peut-être, permis d’espérer depuis notre situation européenne et mondiale. Loin cependant de se perdre dans une rhétorique alarmiste ou catastrophiste, Bernard Henri Lévy situe son analyse tout d’abord sur la nécessité de comprendre à la fois le lieu et les dynamiques d’une mutation profonde dans l’ordre géopolitique. Le lieu, c’est celui de la bataille de Kirkouk – cet événement historique qui, tout en étant ignoré, négligé, et par conséquent oublié de tous et par tous, vient redéfinir les contours d’un «vaste rééquilibrage» des régimes d’autorité mondiaux. Or ce «vaste rééquilibrage» ne crée rien de moins que des dynamiques nouvelles, et ainsi une situation mondiale inédite : en effet, et Bernard Henri Lévy le marque avec force et justesse, cet événement historique inscrit une césure radicale à même ce que Hegel nommait «la marche du sens de l’Histoire universelle.» Césure à partir de laquelle ce n’est pas ou plus la «raison dans l’histoire» qui s’incarne, mais depuis laquelle sourdent des puissances brutalement adverses et où s’affrontent de manière toujours plus incontrôlée cinq royaumes hégémoniques, chacun cherchant à imposer son pouvoir dans un monde et une histoire où l’Empire se serait définitivement absenté. Les cinq rois – la Turquie, la Chine, la Russie, l’Iran, l’Arabie Saoudite – s’engagent ainsi, depuis la bataille de Kirkouk qui en aura été le révélateur exemplaire, dans un conflit mondial sans précédent : car ce monde, qui voit naître rien de plus que leurs hégémonies et n’annonce rien de moins qu’une offensive sans retenue entre elles – une offensive capable d’emporter l’ordre mondial dans une spirale nihiliste sans fond – souffre désormais de ne plus avoir de point de référence stable, l’Empire – dont les Etats Unis représentent une forme particulière et particulièrement différente de l’idée classique et traditionnelle de l’Imperium – capable d’assurer un certain «vivre ensemble» travaillé par la liberté et la justice.

Nous aborderons certaines des questions principales de cet essai qui, à travers d’une part, une allégorie biblique et d’autre part, la situation kurde, se propose de questionner la configuration contemporaine des civilisations mondiales, et la place de l’Occident par rapport aux cinq royaumes que sont l’Arabie Saoudite, la Turquie, l’Iran, la Chine et la Russie. En outre, une critique géo-philosophique de l’Amérique est-elle possible ailleurs que dans l’espace de l’antiaméricanisme ? Comment appréhender le phénomène Trump sans tomber dans l’écueil de la légèreté de l’analyse et sans comprendre ce phénomène à la seule lumière de sa démesure médiatique ? Comment parler des GAFA ? Des nouvelles techniques qui nous arraisonnent tous ? Se pourraient-ils, comme le soutient Bernard-Henri Lévy, que ces nouvelles techniques aient introduit un nouveau régime – celui de la «scopocratie» ? Entre l’Empire et les cinq rois, entre l’indifférence et le cynisme, que peut faire l’Europe ? Et aussi, au nom de quels principes choisir l’Occident ? Et quel Occident ? Pour aujourd’hui et pour demain ?

 

Séminaire René Cassin avec Bernard-Henri Lévy.
Séminaire René Cassin avec Bernard-Henri Lévy.

Discussion avec Bernard-Henri Lévy autour de «L’Empire et les cinq rois» (Grasset)

Jeudi 19 avril de 19h30 à 22h,
Maison de l’Amérique latine
217 Boulevard Saint-Germain
75007 Paris

Suivie d’une discussion avec les philosophes et membres du «Séminaire René Cassin», Joseph Cohen, Nathan Naccache et Raphael Zagury-Orly.

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3 Commentaires

  1. Bachar sait qu’il n’a pas à craindre la fessée onusienne quand il songe à gazer ses opposants. Alors évidemment, il en remet une couche. Et notre index mime le bâton, tandis que nos sourcils se dressent. Or sommes-nous assurés du fait que si l’hyperpuissance américaine parvenait à se reprendre et rossait comme il le mérite le massacreur en boucle, ce dernier n’y prendrait pas goût? Nous n’attraperons jamais Poutine par le colbac à trente mille mètres d’altitude. Nous ne lui botterons pas d’avantage le cul dix mille mètres plus bas en pointant d’une voix blanche le terminal de Chérémétiévo. Nous ne le ferons pas, car il tomberait de beaucoup trop haut pour ne pas exposer au sol, et nous ne sommes pas des assassins. Notre hantise de voler bas nous empêche d’avancer nos pions. Nous faisons de nos martyrs des héros avant d’enlacer les salauds qui attribuent à leurs bourreaux le statut de martyrs. Je ne marche pas.

    • La déclaration d’un Guide suprême des Aryens aux abois, suite à l’interposition des Forces armées franco-anglo-américaines entre la banalisation du mal et sa nécessaire stigmatisation, confirme notre intuition sur l’urgence de revoir en détail les clauses du mortifère accord de Vienne. À supposer qu’on ne choisisse pas l’ennemi avec lequel on cherche à rétablir la paix, cela ne signifie pas qu’on doive lui complaire en vue d’y parvenir. «Le Pacifisme, disait Orwell, est objectivement pro-fasciste. Le dire n’est que faire preuve de sens commun élémentaire. Si vous entravez l’effort de guerre d’un côté, vous aidez automatiquement celui de l’autre camp.» Obama fut élu sur un projet pacifiste. Il n’avait pas les moyens de contenir l’arrogance du Kremlin, que ce fût à Boucherh, à Homs ou à Sébastopol. Autres temps, autres mœurs. Le moment est venu de basculer dans l’autre camp.

    • Il est impératif que les États fascistes comprennent bien que rien n’arrêtera les garants du respect de la Déclaration universelle face aux menaces existentielles patentes que leurs avancées considérables en matière de technologies civiles et militaires leur permettent d’appréhender. Le veto du Conseil de sécurité a considérablement perdu de sa superbe depuis qu’on l’a vu couvrir les exactions conçues, puis accomplies par les Contre-Lumières. Ma foi! le camp des Libres aura, quoi qu’il arrive, raison du camp de la mort. Son positionnement est même déjà crucial quant à la suite de l’événement, et, disons-le sans ménagements, le plus infime soupçon d’égarement sera désormais sanctionné car, depuis aujourd’hui, la République en marche ne peut pas ne pas être consciente de la grave erreur qu’elle commettrait en laissant seul son actuel président chevaucher la raison sur l’échiquier démocratique. Le chef de la gauche de gouvernement l’a bien capté. Grâce à lui, on ne pourra pas penser que le Président et-de-gauche-et-de-droite était l’unique leader de gauche à ne pas s’être abusé lui-même, et ce au mépris des règles les moins inclusives du droit international, quand l’heure de vérité avait, une fois de plus, tenté de défiler en douce. On n’a pas encore dit à la droite républicaine si le chef de sa famille politique allait s’appeler ou non Emmanuel Macron. La décision lui appartient.

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